Rentrée littéraire : Le procès du cochon, Oscar Coop-Phane (Grasset)

img_7523

Le procès du cochon, Oscar Coop-Phane

Editions Grasset, janvier 2019

Rentrée littéraire

Un roman étrange, qui nous entraîne entre le 12ème et le 18ème siècle au théâtre de l’absurde : le procès d’un cochon, meurtrier d’un bébé. D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane fouille les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaîtra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Après une marche pénible en pleine campagne et une nuit perturbée par l’orage, il était arrivé aux abords d’une jolie maisonnette blanche, avec sur le devant, posé sur la pelouse, un bébé dans un panier en osier.

Il s’est alors approché et n’a pas pu résister à l’appel de cette chair dodue, avant de retourner sous un arbre se repaître de ses agapes.

Un repos de courte durée. Les hommes sont à ses trousses, assoiffés de vengeance.

Et d’être arrêté.

Sauf que le coupable n’est pas un être humain mais un animal. Plus exactement, un cochon. Qu’à cela ne tienne, il aura un procès, comme tout meurtrier. Ainsi en était-il jusqu’à la fin du 18ème siècle.

Sous la forme d’une pièce de théâtre en quatre actes (le crime, le procès, l’attente, le supplice), Oscar Coop-Phane nous fait vivre le procès de l’animal, coupable non doté de parole. Comment comprendre ce qui a motivé son crime, s’il ne peut l’expliquer à la cour ? Car pour juger, pour émettre une sentence, il faut comprendre, savoir quelles sont les motivations du tueur, au risque sinon, de juger de façon arbitraire et d’être aussi criminels que celui que l’on juge. Une réflexion très contemporaine sur la justice, les notions de responsabilité et de culpabilité, l’empathie, le danger des émotions qui prennent le pas sur la raison. Un roman hors du commun.

Celle qui marche la nuit, Delphine Bertholon : une lecture en apnée!

Celle qui marche dans la nuit, Delphine Bertholon

Editions Albin Michel jeunesse, février 2019

Mise en garde : vous ne pourrez plus reposer le livre une fois commencé. Un thriller addictif, qui séduira les ados comme les adultes.

Quand Malo, 15 ans, apprend qu’il va devoir quitter Paris et ses copains, pour suivre son père, sa belle-mère et sa petite sœur Jeanne dans le sud, c’est tout sauf une bonne nouvelle. Aller s’enterrer au fin fond de la campagne pour un Parigot pure souche, cela promet un mortel ennui. Et quand ils arrivent dans cette vaste propriété des pins, sa première impression le conforte dans sa malchance : le lieu est sinistre, digne d’un roman de Stephen King. Et pompon sur la Garonne, il pleut.

Et il n’y a pas que cette baraque biscornue, au bout d’une allée cahoteuse et boueuse, qui rappelle l’atmosphère angoissante du maître de l’horreur. Voilà que Jeanne, 5 ans, se réveille désormais la nuit en poussant des hurlements, figée, le regard vide, avant d’éclater dans d’interminables sanglots. Et de se confier à Malo : la nuit, une amie étrange, prénommée Pauline, vient la voir.

Sauf qu’il n’existe pas de Pauline dans l’entourage actuel de Jeanne, pas plus qu’il n’y en a eu du temps où ils vivaient à Paris. Alors, qui est Pauline ? Une amie imaginaire ? Ou est-ce le déménagement qui a déboussolé Jeanne et lui fait dire n’importe quoi ? Et si Pauline existait vraiment ? Car Malo est lui aussi le témoin de phénomènes étranges…

Delphine Bertholon a l’art de prendre le lecteur par la main et de l’emmener dans son univers. Moi qui ne suis pas particulièrement attirée par les romans pour ados, ai été complètement happée par ce roman : car Delphine Bertholon réussit le tour de force de construire un roman intergénérationnel, qui épouse les codes des ados (langage, passions, préoccupations), mais parle aussi aux adultes. Le lecteur est pris en otage par l’intrigue, happé par la tension permanente. Il se laisse embarquer par les personnages de Malo et de Jeanne, si attachants, par la crédibilité des situations, la justesse du ton, l’atmosphère inquiétante à souhait. Et se lance dans une lecture en apnée de la première à la dernière page. Impossible de deviner la chute.

Celle qui marche la nuit va vous faire lire la nuit, tant vous serez impatients de connaître le dénouement !

Un gros coup de coeur.

La rentrée littéraire 2019 aux Editions Stock : des livres prometteurs

Ce mardi 29 janvier, dans le décor magnifique du Musée Gustave Moreau, les éditions Stock, en présence des auteurs, dévoilaient leur rentrée littéraire d’hiver.

50799510_10217848717471064_2783230088747941888_n.jpg

Avant de revenir sur chaque livre par le biais de chroniques qui s’égrèneront au fil des semaines, je vous propose un aperçu de ce qui vous attend en librairie. Des univers riches, variés, des auteurs connus ou primo-romanciers, vos bonheurs seront multiples. ❤

  • Raphaëlle Liebaert, nous a présenté Trouble, de l’écrivain Jeroen Olyslaegers, paru dans la collection La Cosmopolite. Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

img_7917

  • Laurence Tardieu est venue nous parler de ce roman qu’elle a pris un plaisir fou à écrire : Nous aurons été vivants, paru dans la collection La bleue.  Un hymne à la vie que je suis en train de lire avec émotion.

img_7918

  • Julien Blanc-Gras, quant à lui , nous offre une chronique de la paternité, avec Comme à la guerre, paru dans la collection La Bleue. Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

img_7919

  • Dominique de Saint-Pern nous a parlé d’Edmonde, son roman à paraître fin février dans la collection La bleue. Elle y retrace la métamorphose d’Edmonde Charles-Roux en femme libre. Une fresque fascinante.

img_7920

  • Paula Jacques a choisi une héroïne sans principe ni morale, Louison Desmarais, dans son nouveau roman paru dans la collection La bleuePlutôt la fin du monde qu’une écorchure à mon doigt. Un roman captivant et délicieusement irrévérencieux.

img_7921

  • Louis-Henri de la Rochefoucauld, critique musical, évoque son roman désopilant, faussement initiatique, La prophétie de John Lennon. « Le christianisme s’en ira. Je n’ai pas besoin de débattre de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. » Ainsi parlait Lennon en 1966. Avait-il raison?

img_7925

  • Après Trois jours à Oran, roman qui évoquait sa relation avec son père, Anne Plantagenet évoque son grand-père italien et sa relation avec sa mère dans D’origine italienne à paraître fin février.

img_7926

  • Théodore Bourdeau, avec beaucoup d’humilité, présente son premier roman paru dans la collection Arpège, Les petits garçons. Un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.

img_7927

  • Caroline Caugant creuse la puissance familiale dans Les heures solaires, paru dans la collection Arpège. Et de nous interroger : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

img_7922

  • Agathe Ruga, primo-romancière, présente Sous le soleil de mes cheveux blonds, à paraître fin février dans la collection Arpège. Un roman, qui a séduit la directrice littéraire, Caroline Laurent : « Ce roman a un vrai ton, une maîtrise narrative. On dévore le livre, on a envie d’avoir la conclusion de cette histoire d’amour très romanesque. C’est un premier roman très réussi. »

img_7924

Une mention spéciale à Valentine Layet-le Mauff qui a organisé la présentation dans ce lieu magique.

 

 

Eric Dupond-Moretti au théâtre de la Madeleine : MAGISTRAL!

piece.1537185150.jpg

Eric Dupond-Moretti à la barre, au Théâtre de la Madeleine 

Co-écrit avec Hadrien RACCAH
Mise en scène Philippe LELLOUCHE

Un spectacle à voir absolument. Intense, brillant, passionnant.

Eric Dupond-Moretti est un avocat connu et reconnu. Un ténor du barreau qui se dit « condamné à plaider ».  Un homme entier, viscéralement humain, libre, passionné et passionnant, qui défend corps et âme ses valeurs. « On ne fait pas ce métier du bout des dents ou du bout des pieds, c’est un sacerdoce. »

 

Sur scène, Eric Dupond-Moretti revient sur son parcours, sur ses origines italiennes, sur ce qui a donné naissance à sa vocation (l’affaire Christian Ranucci), sur ce métier qui consiste à donner la parole à ceux qui ne l’ont pas. Il évoque des sujets qui lui sont chers, comme le rôle de l’avocat, l’évolution de la justice, l’impact du terrorisme sur nos vies, mais aussi l’émergence des réseaux sociaux qui s’érigent désormais en tribunaux. Il convainc. Avec force.

img_7777

Brillant, charismatique, passionné, en quelques mots il dynamite les préjugés, pulvérise les apparences, détruit les clichés. Il interpelle le public, l’invite à ouvrir son regard, sème le doute sur ses certitudes. On sort de la salle secoué, percuté par ses mots, par sa force de conviction, son éloquence. Et sa pertinence.

Au tribunal de ma conscience, je reconnais Monsieur Eric Dupond-Moretti coupable d’un grand talent.

 

Informations pratiques : 

Dates : Du 22 janvier au 24 février
Du mardi au samedi à 21h
samedi et dimanche 16h30

Lieu : Théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène
75008 Paris

Site du théâtre pour réserver vos placeshttps://www.theatre-madeleine.com/page/reserver-location

Rentrée littéraire : Rompre, Yann Moix

9782246863571-001-T.jpeg

Rompre, Yann Moix

Editions Grasset, janvier 2019

Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve…

J’ai lu ce livre bien avant que ne naisse cette polémique au sujet d’une interview de Yann Moix dans les médias. Une polémique qui a fait écran au livre, ce qui est bien dommage. Car cet ouvrage est tout sauf provocateur. Je l’ai trouvé au contraire très intéressant, sincère et touchant.

Dans Rompre, Yann Moix met en scène une interview fictive entre lui et une personne venue à sa rencontre à la terrasse d’un café. L’occasion de répondre aux questions qu’il aimerait qu’on lui pose sur l’amour, ou plus exactement sur son incapacité à aimer.

Car à chaque fois que s’ébauche dans la lumière une histoire d’amour entre lui et une femme, se tisse dans l’ombre la trame d’une rupture. Une rupture dont il souffrira terriblement, mais qu’il provoque malgré lui. Malgré tout. Autant qu’il la redoute.

« Le scénario est inlassablement le même : je rencontre une femme, elle me plaît, j’en tombe amoureux. Dès lors un monstre s’insinue en moi, et pénètre dans le couple. Cette insidieuse créature, surgie de mes enfers, entend dévorer la moindre parcelle de bonheur qui viendrait à poindre. (…) C’est alors que tout se détraque ; chez moi la fin se déclenche dès le début. La mort de l’amour commence à l’instant où il naît. »

Comme si le présent n’était que répétition inéluctable du passé. Celle d’une enfance aux couleurs non pas d’un paradis perdu mais d’un « enfer perpétuellement retrouvé ». Avec beaucoup de sincérité, l’auteur se livre sur son caractère destructeur, pour lui-même autant que pour celles qui l’ont aimé. Comment aimer une femme quand on ne s’aime pas soi-même ? Comment se défaire des schémas du passé ? Comment concilier liberté et vie en couple ?

Dans une langue riche en aphorismes et en formules inédites, qui font mouche à chaque fois, Yann Moix, en fleurettiste du verbe, nous offre de très belles réflexions philosophiques sur l’amour, sur la solitude, la jalousie, la liberté. Un livre aussi brillamment mené que sensible. Même si je ne partage pas le pessimisme de l’auteur, considérant qu’une enfance brisée brise toute chance d’une vie adulte heureuse, j’ai trouvé son analyse et les questions qu’il soulève pertinentes et très intéressantes.

Extrait : « Ce qui fait du mal dans une rupture, ce n’est pas l’absence d’une présence, mais la présence d’une absence. »

« Aimer, c’est rechercher une présence ; être en couple, c’est rechercher une compagnie. »