Rentrée littéraire. Linea negra, Sophie Adriansen

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Linea Nigra, Sophie Adriansen

Fleuve éditions, août 2017

Rentrée littéraire

 

La grossesse, ce miracle et ce mystère… Un roman indiciblement touchant sur une triple naissance : celle de l’enfant à venir, de la femme bientôt maman et des futurs parents. Mais pas seulement : un livre édifiant sur l’accompagnement de la mère en France aujourd’hui.

Quand Stéphanie, peu de temps après sa rencontre merveilleuse avec Luc, apprend qu’elle est enceinte, c’est l’euphorie. « L’idée de cette vie qui germe en moi me galvanise. J’ai la certitude que je peux tout. » Elle qui jusqu’alors a toujours été terrifiée par l’accouchement, se dit qu’elle fera face. Mais cette belle conviction est de plus en plus mise à mal au fil des mois. Et si cette grossesse avait des dommages collatéraux ? Saura-t-elle gérer les transformations à venir, dans son corps, dans sa vie, voire dans son couple ? Saura-t-elle assumer les lourdes responsabilités qui l’attendent ? Devenir mère, c’est tellement plus que de mettre au monde un enfant ! Et le doute de ronger ses belles certitudes.

Son corps se transforme, avec tous les bouleversements et questionnements que cela implique : « Je ne sais pas si je dois cohabiter avec un nouveau corps ou habiter un nouveau corps mais une chose est sûre : le bouleversement est inédit, soudain et on attend de moi de faire comme si de rien n’était. » Comment vivre avec cette nouvelle enveloppe ?

Désireuse de ne pas surmédicaliser à outrance son accouchement, elle s’informe sur les modes d’accouchement, les conséquences des césariennes, de l’épisiotomie, le systématisme du recours à la péridurale, les effets de l’ocytocine de synthèse. Ce qu’elle découvre sur les violences obstétricales faites aux femmes encore aujourd’hui en France est édifiant. Et de choisir d’accoucher dans une maison de naissance.  Mais, aussi bien préparée soit-elle, son accouchement ne se déroule pas comme elle l’avait imaginé, souhaité, rêvé…

Sophie Adriansen nous offre un roman bouleversant. Un hymne à la vie et à l’amour. Celui d’une femme pour son enfant à naître, puis pour son bébé. Celui d’une mère en devenir pour son conjoint. Grâce à une construction fragmentée judicieuse, qui insuffle du rythme à l’histoire, tels les battements du cœur du bébé qu’elle porte, l’héroïne nous entraine dans cette formidable mais aussi si remuante expérience qu’est la maternité. L’occasion pour l’auteur, de dresser un état des lieux très instructif de la maternité et du combat des femmes à disposer librement de leur corps. Un coup de cœur !

 

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Rentrée littéraire : Mon père, ma mère et Sheila, de Eric Romand (Stock)

Mon père, ma mère et Sheila, Eric Romand

Editions Stock, aout 2017

Rentrée littéraire

Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire.

L’auteur nous entraîne sur les pas de son enfance, à bord de la Renault 12 de son père, dans les années 70-80. Une famille modeste dans laquelle il essaye non sans difficulté de se faire une place, entre les disputes de ses parents, l’adultère de son père, la tristesse de sa mère. Il nous offre des instantanées de vie, et plus encore. Ce sont des images, des parfums, des musiques, des ambiances, distillés sous la forme de paragraphes aussi courts que percutants, de mots aussi acérés que les lames d’un rasoir.

Les phrases claquent comme des coups de fouets, témoignent des chagrins, des regrets, de la douleur du manque. Mais les cicatrices, bien que toujours présentes, sont atténuées par le baume lénifiant de l’humour. C’est l’époque des mange-disques, des minivélos, des sous-pulls en nylon, de Guy Lux et de Nounours, Pimprenelle et Nicolas. C’est un temps où l’homosexualité naissante de l’auteur n’est pas bien tolérée dans la société et encore moins chez ses parents. « Mon père m’appelait Riquette en singeant mes attitudes, le petit doigt en l’air. Chacune de ses imitations me paralysait de honte et m’obligeait à me maîtriser jusqu’à ce que ni mouvement de tête, ni geste de la main ne lui fournissent l’occasion de m’affubler de ce surnom. »

Heureusement, il y a le doux cocon qu’est l’épicerie de ses grands-parents.  Et il y a Sheila, ses combinaisons lamées, ses danses parfaitement chorégraphiées, son sourire lumineux, sa joie de vivre, pour permettre au petit garçon de s’évader. Il rêve de lui ressembler, s’envole sur les titres de ses chansons, l’imite devant le miroir avec pour micro le rasoir électrique du grand-père. Des parenthèses chantées et enchantées.

Avec ce premier roman, Eric Romand nous offre un texte court mais d’une intensité rare, d’une sensibilité à fleur de plume. Un album de famille composé d’images brutes, authentiques, saisissantes. Un livre marquant. Un auteur à suivre.

Rentrée littéraire : Demain sera tendre, Pauline Perrignon

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Demain sera tendre, Pauline Perrignon

Editions Stock, août 2017

Rentrée littéraire

 Ce texte repose sur une belle alchimie : il expose avec franchise, humour et douceur le regard d’une fille sur son père parti trop tôt. Un premier roman touchant.

Pour l’auteur, demain sera surtout un avenir sans son père, un homme aimant, trop tôt décédé. Dernière enfant d’une fratrie de quatre filles, elle n’a pas eu le temps de le connaître suffisamment. Un manque térébrant qu’elle tente de palier en allant à la rencontre de ceux qui l’ont côtoyé aux diverses périodes de sa vie, de ses études à l’ESJ de Lille, à ses articles pour Le Matin, en passant par le service de presse de la CFDT. Une vie marquée par quatre maîtres-mots- liberté, amour, révolution, bonheur, lesquels sont aujourd’hui inscrits dans son propre ADN.

Touche par touche, au gré des informations recueillies et des souvenirs partagés, l’auteur peint le portrait de cet homme tendre et entêté, protecteur envers ses proches. Un homme aux convictions politiques bien affirmées, assoiffé de justice et de liberté, mais aussi fin mélomane. Deux années ont passé depuis son décès, mais le vide laissé par son absence est toujours aussi lancinant.

Avec Demain sera tendre, Pauline Perrignon met des mots sur ses maux et redonne vie à cet homme dans un vibrant hommage.

Rentrée littéraire. Gabriële, Anne et Claire Berest

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Gabriële, Anne et Claire Berest

Editions stock, août 2017

Rentrée littéraire

L’arrière-grand-père d’Anne et Claire Berest n’est autre que Francis Picabia, célèbre peintre de la première moitié du 20ème siècle. Mais qui était Gabriële, sa femme ? Et les deux sœurs de décider d’aller à la rencontre de celle qui demeure à leurs yeux une inconnue. Le portrait fascinant d’une femme hors-normes, à l’intelligence supérieure et d’une liberté totale pour son époque.

 

Gabriële Buffet a 27 ans quand elle rencontre Francis Picabia. Lui est un peintre déjà très connu, ses expositions sont un triomphe. Mais il ne trouve plus de satisfactions dans son travail, sent qu’il a besoin de donner une autre direction à sa peinture, sans identifier laquelle. Gabriële sera sa boussole. Elle est « une femme très cultivée et d’une indépendance d’esprit remarquable : par sa manière de penser et d’agir, elle était très en avance sur son époque et son milieu. » Celle qui avait juré fidélité absolue à la musique et s’y est investie totalement au point d’être la première femme admise comme compositeur à la Schola Cantorum, après ses études au conservatoire national de Paris, met fin à sa carrière lors de sa rencontre avec le peintre. Mais une fin assumée, choisie, car cette femme libre n’aurait en aucun cas subi pareille décision.

Construite pour élaborer et défendre des idées, elle se révèle être le double féminin de Picabia. Et devient sa muse. Plus encore : elle accepte ses jours de solitude, les infidélités de son mari, ses extravagances, son penchant pour l’opium, pour le seul goût de l’art. Pour se mettre non au service de son mari, mais bien davantage : au service d’une révolution artistique. Elle aura une influence libératrice et capitale sur les artistes de son époque. Aimée de Marcel Duchamp, elle forme avec Picabia et lui, un trio sensuel ambigu. Proches d’Appolinaire, de Tristan Tzara, d’Arthur Cravan, de Marie Laurencin ou encore de Picasso, le couple Picabia entend mettre à mal l’art ancien être à l’origine d’un renouveau de la vie artistique.

C’est un portrait passionnant que dressent de cette femme et de ce couple les deux auteurs. « Des monstres de génie, monstres dans ce que cela sous-entend originellement d’absence de normes, d’êtres venus d’ailleurs. » Mais pas seulement. Ce livre, très documenté, offre de surcroît une très belle peinture de ce que fut le foisonnement artistique de ce début du XXème siècle.

 

 

Rentrée littéraire. Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher (Quidam) : magnifique…

 

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher

Quidam éditeur, août 2017

Rentrée littéraire

Erwan Larher assistait au concert des Eagles of death metal au Bataclan. L’auteur, qui aime dire et questionner le monde du bout de sa plume, se retrouve au cœur d’une histoire d’horreur. Sauf que ce n’est pas un roman. Sauf qu’il en est un des personnages. Et qu’il en ignore la fin.

« Tu étais au mauvais endroit au mauvais moment, tu es un miraculé, pas une victime. » Cette phrase à elle seule donne le ton du livre : pas d’histoire larmoyante ni de voyeurisme malsain ici. Pas de rancune ni de règlement de compte non plus. Non, ce livre est tellement plus noble, tellement au-delà d’un simple témoignage ! Car Erwan Larher ne cherche pas écrire sur lui, sur sa malheureuse présence au Bataclan le fameux 13 novembre 2015. Il écrit autour. « Ecrire parce que tu n’as pas le choix, porté par une force qui te dépasse ; autour parce que tu es romancier et non chroniqueur, parce que tu ne peux façonner un texte qu’en appétant faire littérature. »

Ni témoignage ni récit donc mais une œuvre littéraire à part entière. Outre ce talent extraordinaire de passeur d’émotions, qui vous fait passer du rire aux larmes, trembler, sourire, frémir, l’auteur vous offre un texte dont le style aérien, fluide, travaillé, est un oxygène salvateur pour cette plongée dans l’horreur. Sous la baguette de chef d’orchestre de sa plume, il mêle avec une incroyable dextérité ses impressions à celles de ses proches, amis et connaissances, élargit le regard, questionne, plaisante même. Il donne le ton, rythme, harmonise l’ensemble des voix et nous livre un texte ô combien vibrant. Un texte viscéralement humain. Juste magnifique.

Après avoir lu ce livre, vous aurez envie d’aimer davantage, de célébrer la vie dans ses bonheurs les plus infimes. Une claque magistrale. Un hymne à la vie.

 

Rentrée littéraire – Cet autre amour, Dominique Dyens (Robert Laffont)

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Cet autre amour, Dominique Dyens

Editions Robert Laffont, août 2017

Rentrée littéraire 

C’est le récit à la fois pudique et cru d’un amour hors du commun. Un vibrant hommage à la fascinante aventure affective et intellectuelle qu’est la psychanalyse. Troublant de justesse. Fascinant.

Quand son mari, son pilier, cet homme qui jusqu’alors lui était toujours paru inébranlable, s’écroule sous ses yeux, la narratrice sent ses propres fondations et repères s’effondrer. L’espace de quelques longues minutes, elle le croit mort. Plus de peur que de mal cependant, son mari se remettra complètement de ce malaise.

Mais pas elle.

Car cette terreur éprouvée à la crainte de le perdre continue, telle une armée de termites, à la ronger intérieurement. Affaiblie, elle se laisse convaincre, sans trop de motivation toutefois, de consulter un psy. Et d’imaginer obtenir une ordonnance de pilules pour le bonheur avant de lui dire au revoir.

Contre toute attente, ces séances lui deviennent importantes, essentielles même. Tandis qu’en elle naissent des sentiments troublants, qu’elle ne gère pas plus qu’elle ne les comprend. Serait-ce de l’amour qu’elle éprouve envers cet homme qui l’écoute ? Comment est-ce possible, alors qu’elle est si heureuse en couple ? Eprouver est-ce tromper ? Un amour aussi obsessionnel qu’interdit et par la nature même de la relation patient-psy et par la fidélité qu’elle a toujours observée.

Avec ce roman, Dominique Dyens réalise un tour de force : mettre des mots sur l’indicible. Car qu’y a-t-il de plus laborieux que d’exprimer cette relation si particulière, si insaisissable, si intime, si unique, qu’est le transfert en psychanalyse ?  Comment rendre compte de cette relation amoureuse aussi euphorisante à certains moments, que douloureuse à d’autres ? Une aventure intellectuelle et humaine qui vous tiendra en haleine du début à la fin. Une histoire d’amour aussi intense que particulière.

Coup de cœur !

Rentrée littéraire : coup de coeur pour Les crayons de couleur, de Jean-Gabriel Causse (Flammarion)

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Les crayons de couleur, Jean-Gabriel Causse

Flammarion, septembre 2017.

Rentrée littéraire 2017 

Il y a 3 ans, je vous avais parlé du précédent ouvrage de Jean-Gabriel Causse, designer coloriste de profession : Le pouvoir des couleurs (éditions du Palio). Un ouvrage fascinant. L’auteur nous revient cette année avec son thème de prédilection – les couleurs, mais sous forme de roman cette fois. Un coup de coeur !

Imaginez que toutes les couleurs disparaissent…

Cette journée s’annonçait comme les autres, quand soudain, toutes les couleurs s’évanouissent. Tout n’est plus qu’un camaïeu de gris. Au sein de la population, c’est la panique. Bien que vénérant ces dernières années le noir, le blanc et le gris, que ce soit dans la mode, l’industrie, ou l’habitat, à la perspective de ne pas retrouver les couleurs les individus se sentent envahis d’une indicible angoisse. Et font grise mine.

Spécialistes et scientifiques sont mobilisés. Charlotte Da Fonseca, docteur en neurosciences et spécialiste des couleurs, se voit confier une émission quotidienne sur France Inter. Les auditeurs veulent savoir, comprendre, réagir. La population est-elle touchée d’achromatopsie ?

Dessiner avec le cœur

C’est alors qu’un miracle opère. Quand la fille de Charlotte, Louise, dessine, la couleur du crayon qu’elle utilise redevient visible pour tout un chacun. Mais cela n’est possible qu’avec certains crayons fortement dosés en pigments, les crayons Gaston Cluzel dernière génération. Une denrée rare. Et un pouvoir qui suscite l’intérêt de beaucoup, dont la mafia chinoise…Car les couleurs ont des pouvoirs et non les moindres : elles modifient nos perceptions et nos comportements. Le temps est compté. L’heure grave.

 

Ce roman qui revêt toutes les couleurs des émotions, est un vrai coup de cœur. Les personnages sont indiciblement attachants, l’intrigue haletante, l’humour et la tendresse omniprésents. Un roman Feel good qui vous fera non seulement échapper à la grisaille de la rentrée, mais vous enseignera aussi le fascinant pouvoir des couleurs.

Un roman qui va colorer votre vie !