Rentrée littéraire : Mademoiselle, à la folie! de Pascale Lécosse. Coup de coeur!

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Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Editions de La Martinière, août 2017

Rentrée littéraire

 

Un premier roman sensible, plein de verve, dont les personnages, indiciblement attachants, vous hanteront longtemps. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire.

C’est le goût de l’effort qui, associé au talent, a hissé Catherine Delcour au sommet de la gloire. Actrice adulée, au théâtre comme au cinéma, elle a eu pour partenaire les plus grands acteurs. A 48 ans, la vie lui réserve pourtant un scénario qu’elle n’avait pas envisagé. Un scénario dans lequel la maladie tient le premier rôle.

Heureusement, en coulisses, Mina Flamand veille. Cette femme, qui partage la vie de l’actrice depuis 15 ans, est bien davantage que son assistante. Avec amour, abnégation, patience et dévouement, elle protège Catherine, l’entoure comme s’il s’était agi de sa propre mère. Quitte à sacrifier sa propre vie privée pour elle.

Nul ne doit apprendre que Catherine est diminuée. Et pourtant, le mal n’entend pas faire de la simple figuration. Il progresse et l’actrice en est consciente : « J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. Les mots me quittent un peu plus chaque jour sans que je puisse les retenir ».

Comment jouer le rôle le plus difficile de sa vie, celui qu’on n’a pas choisi, celui qui ne vous fait pas oublier votre texte mais pire, les noms des êtres chers et toutes ces choses qui font votre identité ? Comment accepter l’impuissance et garder l’espoir d’un clap de fin heureux ?

Un roman absolument bouleversant, juste, d’une sensibilité à fleur de plume, qui traite la maladie sous un angle original. Et évite avec brio l’écueil du pathos. A lire !

 

Pamela, Stéphanie des Horts (Albin Michel)

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Pamela, Stéphanie des Horts

Albin Michel, janvier 2017

Rentrée littéraire

Le roman vrai d’une femme amoureuse de l’amour.

« Mon destin passe par les hommes. Je les aime brillants et décoratifs. (…) Je veux des hommes et de l’argent, je veux la célébrité aussi. Je veux l’excellence. Et le plaisir ! » Qui est donc cette femme qui, du haut de ses 18 ans tout juste, ose tenir de tels propos ? Pamela Digby, issue d’une famille d’aristocrates désargentés. Et de mettre ses propos en application dès ses dix-neuf ans en parvenant à épouser le fils de Winston Churchill.

Effroyablement magnétique, Pamela ne s’en tient cependant pas là. Lasse de son bon à rien de mari, elle devient la maîtresse de Gianni Agnelli, d’Élie de Rothschild et du prince play-boy Ali Khan. Mais entretient aussi des liaisons avec le légendaire reporter Edward R. Murrow et avec le célèbre armateur Stávros Niárchos. Elle épousera William « Leland » Hayward, producteur de Broadway, et W. Averell Harriman, gouverneur de New York.

Scandaleuse ? Intrigante ? Courtisane ? Pamela n’a que faire des critiques à son sujet. Rien ni personne ne peut la faire dévier de la route qu’elle s’est tracée.

Cette faculté à se fondre dans chaque situation nouvelle à l’image d’un caméléon, mais aussi à flairer à chaque fois l’homme de la situation, lui ouvre les portes d’un monde auquel peu de gens ont eu accès au cours de la seconde moitié du XXe siècle, un monde où elle a fréquenté quelques-uns des hommes les plus puissants de son époque dans des domaines aussi variés que la politique, la diplomatie, le gotha, les affaires ou le show-biz. « J’aime le pouvoir et l’argent, les affaires de cour et leurs arcanes, j’aime le gotha, la politique, la diplomatie, rien ne m’effraie quand un homme me serre dans ses bras. Je connais ses faiblesses et lui les miennes. Nous avançons de concert, invincibles. J’acquiers ma propre gloire en me mirant dans le reflet de sa célébrité. »

Stéphanie des Horts nous offre une plongée fascinante dans la vie de Pamela, de sa rencontre avec Churchill à sa mort dans la piscine du Ritz à Paris, alors qu’elle était ambassadrice des États-Unis. Une femme à l’existence flamboyante et au destin exceptionnel.

Au jour le jour, Paul Vacca (Editions Belfond)

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Au jour le jour, Paul Vacca

Editions Belfond, janvier 2017

Rentrée littéraire.

Au jour le jour entraîne le lecteur dans la fascinante épopée littéraire que fut la rédaction des Mystères de Paris, plongeant l’écrivain dans un virevoltant mélange de faits réels et de fiction, au cœur d’une captivante mise en abyme dans un Paris envoûtant…

Issue d’une lignée de chirurgiens, le jeune Eugène Sue se dirige tout naturellement vers des études de médecine. Mais cet élève médiocre et turbulent, ce dandy coureur de jupons, n’y trouve pas son compte. Et de tout abandonner. « J’ai décidé de vivre. (…) Vivre, c’est ne pas se laisser dicter sa vie précisément. Vivre c’est trouver sa propre voie. Ne pas faire de plans. Ne pas entrer nécessairement dans la carrière. C’est vivre au jour le jour, cueillir ce que chaque journée est en mesure d’apporter de nouveau. En profiter chaque jour comme si c’était le dernier. » Quitte à s’opposer aux foudres paternelles.

Et c’est un évènement inattendu qui va donner naissance à sa vocation d’écrivain. Assistant à une pièce de théâtre avec son meilleur ami, il tombe en effet sous le charme de l’actrice. Mais malgré ses ruses, impossible de l’approcher. Impossible ? Pas pour Eugène Sue. Il lui écrit frénétiquement une pièce dans laquelle il lui réserve le premier rôle. Et de venir lui présenter sa création dans sa loge.

C’est une révélation. « Sa rédaction donna l’occasion à Eugène de ressentir une nouvelle forme de plaisir. (…) En se jetant dans l’écriture, il avait perçu une dimension physique, une forme de vertige délicieux (…). Une impression enivrante, comparable à ce qu’il éprouvait lorsqu’il portait l’un de ses pur-sang au galop, l’avait saisi. »

Dans le même temps, l’avènement des feuilletons dans les journaux s’avère être pour lui une providence. « Ecrire et séduire au jour le jour, pour quelqu’un qui voulait vivre et jouir au jour le jour, n’était-ce pas l’occupation rêvée ? » Son succès alla grandissant. Mais pas son inspiration. Il décida alors d’aller la chercher auprès du peuple, loin des quartiers riches de son quotidien. Pour se documenter, il se déguise et visite les bas-fonds de la capitale dans ses recoins les plus sordides. Ce qui ne l’empêche pas de retourner vivre en son palais chaque soir. Le génie de Sue est de ne pas juger, simplement plaquer sur le papier la réalité la plus crue, aborder tous les problèmes de l’époque, la condition de l’homme, de la femme, de l’enfant, les ouvriers, les prostituées, la vie dans les prisons, etc. Il parle simplement des classes les plus déshéritées. Il fait prendre aux gens du peuple conscience de leur véritable condition. Les mystères de Paris sont nés. Un succès retentissant.

Paul Vacca se révèle être un excellent conteur. Dès les premières pages du livre, le lecteur effectue un voyage dans le temps, totalement immergé dans le Paris de la fin du 19ème. Pour un peu on s’attendrait à croiser un carrosse tant il nous semble percevoir le bruit de sabots des chevaux. L’occasion aussi pour l’auteur, à travers cette mise en abyme de l’écriture, de souligner l’étonnant pouvoir de la littérature à changer nos vies et à réinventer le monde.

 

 

Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin : d’une déchirante beauté

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Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin

Editions Stock, janvier 2017

Rentrée littéraire

Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!

Le parfum de l’Hellébore, Cathy Bonidan

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Le parfum de l’Hellébore, Cathy Bonidan

Editions de la Martinière, janvier 2017

Rentrée littéraire

Dans ce roman lumineux et plein d’espérance, les destins de chacun vont se croiser, entre légèreté et mélancolie.  Un premier roman très réussi.

Ce devait être au départ une punition. Quand Anne, 18 ans, est emmenée chez son oncle à Paris pour mettre fin à ses frasques adolescentes, ses parents n’imaginent pas un instant qu’ils lui font en réalité un cadeau. Son oncle l’emmène en effet chaque jour avec lui dans le centre psychiatrique qu’il dirige. Or pour Anne, la confrontation avec ces adolescents en souffrance est une révélation. Elle qui jusqu’alors n’accordait aucune importance aux études, ne pensait qu’à s’amuser, avait une vision simpliste des « fous », trouve soudain un sens à sa vie, un intérêt croissant pour ces êtres englués dans leur pathologie. Et tout particulièrement pour deux d’entre eux : Béatrice, une jeune fille anorexique. Et Gilles, un jeune autiste.

Comment leur venir en aide ? Faut-il forcément avoir pour ce faire le bagage scientifique des pédopsychiatres ? Serge, le jardinier taiseux du centre, semble parvenir à faire des miracles avec les patients, alors qu’il n’a aucune compétence médicale. Quel est donc son secret ?

Anne observe, écoute, se documente. Et confie ses découvertes, ses doutes, ses joies et ses peines dans de longues lettres rédigées à sa meilleure amie Lizzie. Quels enseignements tirer de ses observations, tandis qu’elle n’a aucune légitimité en ce domaine ?

Parviendra-t-elle à aider Béatrice à vaincre sa phobie des aliments ? Pourra t-elle éviter l’asile au petit Gilles ? La psychiatrie infantile se révèlera-t-elle être vraiment sa voie ?

C’est un roman extrêmement touchant que nous offre Cathy Bonidan. A travers le destin croisé de personnages indiciblement attachants, le lecteur assiste à la naissance d’une vocation, à la métamorphose d’un regard sur ces êtres en marge de la société. Un roman très bien écrit, qui se lit d’une traite et ne laisse pas indemne.

A lire !

La téméraire, Marine Westphal

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La téméraire, Marine Westphal

Editions Stock, janvier 2017

Rentrée littéraire

La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Sali et Bartoloméo avaient tout pour être heureux. Deux enfants attachants, un amour sur lequel les années n’avaient aucune emprise. Un bonheur simple et puissant.

Jusqu’à ce jour qui fit tout basculer.

Bartoloméo est en effet victime d’un AVC. « Dans sa tête, la catastrophe prend forme. Un débris graisseux se détache d’une artère et remonte la paroi carotidienne. Il est embarqué, prêt à hanter son cœur qui continue vaillamment de pomper, envoyer, recevoir. » Le robuste gaillard y survit mais à quel prix. ?… S’il peut désormais respirer sans assistance, il demeure à l’état végétatif. Pas même capable de battre des cils. Rapatrié chez lui, la pièce à vivre de la maison est transformée en salle de soins. Et Sali en ange gardien de ses jours et de ses nuits.

Mais comment accepter de voir cet homme, autrefois pilier de la famille, dépérir à ce point ? Quelle est sa place : à côté de lui ou avec lui ? Comment l’accompagner ? Comment aider les enfants à surmonter ce drame ?

« Car il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre. Elle n’avait jamais été patiente. »

Sali prend alors une décision. Elle seule connaît parfaitement son mari. Elle seule sait ce qu’il aurait souhaité. Ce qu’il aimerait qu’elle fasse. Et elle va le faire. Sans en informer le corps médical ni ses enfants, elle entreprend de mener à bien la mission qu’elle s’est fixée. La plus dure mission de son existence. Mue par son indéfectible amour pour Bartoloméo. Et ce, quitte à aller à l’encontre de la morale collective.

Marine Westphal, infirmière de profession, connaît bien son sujet. Sans entrer dans des détails trop médicaux, elle entraine le lecteur dans le quotidien des proches d’une victime d’un AVC. Comment se comporter face à la déchéance d’un proche ? Comment l’accompagner au mieux ? L’euthanasie est-elle envisageable? Avec un style très imagé et très bien maîtrisé, des formules inédites, Marine Westphal nous plonge au cœur de la tourmente. Et nous secoue fortement.

Un livre sombre, premier roman de l’auteur, à saluer.

Qu’il emporte mon secret, Sylvie le Bihan (Le Seuil) : bouleversant

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Qu’il emporte mon secret, Sylvie le Bihan

Editions du Seuil, janvier 2017

Rentrée littéraire

Deux nuits ont bouleversé la vie d’Hélène à 30 ans d’intervalle. La troisième, à la veille d’un procès, sera peut-être enfin celle de la vérité… Alternant le présent et le passé, Sylvie Le Bihan construit avec brio un roman à tiroirs où le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la fin. Bouleversant.

Décembre 2015. Dans sa chambre d’hôtel, à deux jours du procès auquel elle comparaîtra comme témoin, Hélène éprouve le besoin de mettre enfin des mots sur ses maux. Impossible de continuer à fuir, à se mentir, à mentir à tous. Depuis une certaine nuit de juillet 1984, âgée alors de 16 ans, elle s’est efforcée de tout oublier. Oublier son agression, sa honte, sa douleur, ces heures où sa vie a basculé dans l’horreur. Faire comme si ce drame ne l’avait qu’effleurée, telle une balle qui aurait manqué sa cible et juste ricoché. Poursuivre sa trajectoire, celle d’avant le drame. Paraître, à défaut d’être. Mais a t-elle eu d’autre choix ?

L’oubli est une stratégie de survie, un processus sélectif et dynamique, un choix imposé d’obscurité sur une partie de sa mémoire. (P.12)

Cependant ses souvenirs vont être brutalement ravivés tandis qu’elle anime un atelier d’écriture dans une prison. Et c’est le texte rédigé par l’un des détenus qui va dynamiter les verrous de sa mémoire…

Alors, à quelques heures du procès, de cette atroce confrontation avec son passé, elle décide de rédiger une longue lettre à son jeune amant Léo, de faire de lui le dépositaire de son terrible secret…

C’est un roman absolument magnifique que nous livre Sylvie le Bihan. De la haute couture. Avec une plume sensible, qui habille sur mesure le corps des émotions, un style d’une extrême fluidité, une tension permanente, elle entraine le lecteur dans les méandres de la mémoire d’Hélène, victime d’un viol 30 ans plus tôt. Pas de voyeurisme malsain ni de sensationnalisme ici, mais une analyse psychologique d’une grande finesse et d’une extrême justesse sur les traumatismes avec lesquels d’aucuns s’efforcent de (sur)vivre. Envers et contre tout.

Une réussite. A lire absolument !

P. 118 : L’homme est ce qu’il croit. Je suis persuadée que ce sont nos croyances qui attirent nos expériences.