Les 4 prochains livres sur le blog!

La semaine prochaine, ce ne seront pas trois mais quatre livres de la rentrée littéraire 2022 que je vous proposerai de découvrir. Et je vais vous faire voyager ! Elle n’est pas belle la vie? 😉

On commencera la semaine avec un gros coup de cœur paru aux éditions Héloïse d’Ormesson : Et mes jours seront comme tes nuits, de Maëlle Guillaud. Quand l’homme que vous aimez a trahi votre confiance et que vous tombez des nues, alors que se multipliaient les signes autour de vous, à qui en vouloir ? A l’autre ? A soi, de n’avoir pas cru aux signes ? Un roman indiciblement émouvant. Un cri d’amour.

Mercredi, place aux petits (et ça rime) ! Il sera question des animaux avec ce livre illustré absolument passionnant, paru aux éditions Usborne : Mon livre de faits étonnants sur les animaux. Les enfants à partir de 6 ans vont apprendre plein de choses passionnantes et inouïes sur les animaux du monde entier. Savez-vous quel rôle jouent les rayures du zèbre? Auriez-vous deviné que les fourmis sont proportionnellement plus fortes que les gorilles, car elles soulèvent 20 fois leur poids contre 4 fois leur poids pour les gorilles?

Après Tanger lundi, je vous emmènerai au Cameroun jeudi , avec Les impatientes, de Djaili Amadou Amal, paru aux éditions J’ai lu. Couronné par le Prix Goncourt des lycéens en 2020, ce roman sur la condition des femmes au Cameroun est extrêmement courageux, édifiant, militant. Un roman bouleversant, qui immerge le lecteur dans la société peule et musulmane camerounaise, où aucun droit n’est reconnu aux femmes. Des devoirs si.

Toujours en Afrique et toujours au format poche, mais cette fois aux éditions Pocket, je clôturerai la semaine littéraire avec Puissions-nous vivre longtemps, de Imbolo Mbue. Après « Voici venir les rêveurs », Imbolo Mbue nous revient avec un roman magnifique, fort. Quand les multinationales exploitent les terres des peuples d’Afrique et détruisent tout, y compris les vies humaines. Le roman d’une jeune génération qui a décidé de ne plus subir.

En espérant que ce menu littéraire vous aura mis l’eau à la bouche, je vous souhaite une très bon dimanche et vous donne rendez-vous la semaine prochaine sur le blog !

Constance Debré : Nom

Nom Constance Debré

C’est le troisième livre de Constance Debré, laquelle s’est imposée pour ses phrases coupées au sabre, la puissance de ses propos, les lignes qu’elle fait bouger. Cette fois, l’auteure s’interroge sur l’essence de notre identité : le nom.

Un livre qui bouscule et déplace les lignes

Alors que son père vit ses derniers instants et qu’elle est à son chevet, Constance Debré nous interroge sur l’importance du nom de famille. A fortiori un nom aussi connu que le sien avec des hommes politiques illustres, dont un premier ministre, un reporter de guerre Prix Albert Londres (père de Constance), des médecins renommés. Ces dernières années, Constance s’est dépouillée de tout pour ne garder que l’essentiel. De façon radicale. Elle a rendu sa robe d’avocate, s’est séparée de son mari, a quitté son appartement, a coupé les ponts avec beaucoup, s’est débarrassée du matériel.

« Marcher vers le vide, voilà, c’est ça ce qu’il faut faire, se débarrasser de tout, de tout ce qu’on a, de tout ce qu’on connaît, et aller vers ce qu’on ne sait pas. Sinon on ne vit pas. (…) Être libre, c’est le vide ce n’est que ce rapport avec le vide. »

Mais dans ce dénuement extrême, il y a une chose qui la suit, un héritage lourd : son nom. « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Le nom est l’essence de notre identité ». Avant même de la connaître, avant même qu’elle ne se présente, son nom charrie dans son sillage l’héritage de sa famille, leurs empreintes dans l’histoire politique, médicale et autre. Ce nom qui est le nôtre, qui nous désigne, désigne en réalité notre famille. Et d’arriver à ce constat sidérant de vérité : « Notre identité c’est les autres ».

Transformer le réel

Constance Debré signe ici son troisième livre, Nom aux éditions Flammarion. Et force est de reconnaître qu’en trois livres, elle a su imposer son style cash et la puissance de ses propos sur la scène littéraire. Aucun de ses livres, aucune de ses phrases, aucun de ses mots n’est gratuit. Non, ses écrits ont pour mission de nous bousculer, de nous interpeller, de nous faire nous demander si le regard que nous portons sur la vie ne mérite pas de changer d’angle. Car d’un côté il y a les faits, incontestables, implacables. Et de l’autre, la représentation que nous en faisons. Or c’est cette représentation que Constance Debré entend remettre en question.  Pourquoi accepter que ce nom, qui parle en réalité de nos pères, nos mères, du passé, définisse notre identité dans nos sociétés actuelles ? Ne pourrait-on pas refuser cet héritage ?

Un livre qui bouscule et fait réfléchir.

Les livres de Constance Debré

Retrouvez ici, les deux précédents ouvrages de Constance Debré chroniqués les années passées. Il vous suffit de cliquer sur le titre pour accéder à la chronique :

Informations pratiques

Constance Debré : Nom- Editions Flammarion, février 2022 – 19 € – 169 pages

Eric Genetet : On pourrait croire que ce sont des larmes

On pourrait croire que ce sont des larmes

Un roman très touchant sur un homme hanté par son passé, étouffé par les secrets de famille, auquel la découverte de la vérité va apporter l’élan nécessaire à son envol. A sa renaissance.

Dépasser son passé

Quand Julien reçoit un appel lui annonçant la disparition de sa mère, il sait qu’il n’a pas d’autre choix que de quitter immédiatement Paris pour se rendre sur place, à Argelès, afin de la rechercher. Argelès, ce coin des Pyrénées-Orientales où sa mère, alors âgée de 77 ans, a décidé de venir s’établir quelques mois auparavant. Mais surtout, Argelès, une ville dans laquelle il n’avait plus remis les pieds depuis trente ans, tant elle évoque des souvenirs douloureux, ceux de vacances joyeuses enfant jusqu’à ses douze ans, celle de jours heureux auprès d’un père tant aimé avant le séisme de son départ. De son abandon.

Repartir dans le sud de la France, c’est donc se confronter à ce passé qu’il ne parvient pas à dépasser. C’est se faire du souci pour cette mère peu démonstrative à son endroit, pour laquelle il s’est déjà tant voire trop soucié enfant.

Et quand il arrive à destination, quelles ne sont pas sa surprise et sa colère de découvrir que sa mère est tout bonnement chez elle! Ce stratagème visait seulement à faire venir son fils. Car elle veut lui parler. Plus exactement, elle veut qu’il lise le livre qu’elle a écrit et dans lequel elle a couché des révélations trop difficiles à verbaliser. L’occasion de faire la paix entre la mère et le fils, mais aussi et surtout avec eux-mêmes et avec leur passé ?

Renaitre et avancer

Eric Genetet nous revient avec un sixième roman, aux éditions Héloïse d’Ormesson : On pourrait croire que ce sont des larmes. On retrouve dès les premières pages cette sensibilité d’écriture si belle, cette exploration si fine et si juste des sentiments. Comment avancer quand on est menotté à son passé, quand les secrets de famille ne vous livrent aucune clé pour vous libérer ? Comment croire en l’amour quand le passé vous a montré que s’attacher est s’exposer au risque de souffrir, au risque d’être abandonné ? Alors Julien fait comme la chanson de Gainsbourg, il fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve quand les sentiments deviennent forts et l’attachement proche. Mais faut-il se résigner à ce que l’avenir ne soit qu’une inlassable répétition du passé ? Peut-on se libérer de ses pensées et croyances limitantes et avancer enfin, confiant en soi et en la vie ? Ce roman accompagne le personnage sur ce beau et émouvant chemin de la renaissance.

Autres livres d’Eric Genetet

Retrouvez ici les chroniques des livres que j’ai consacrées aux précédents romans d’Eric Genetet. Pour chaque livre, il vous suffit de cliquer sur le titre :

Informations pratiques

Eric Genetet, On pourrait croire que ce sont des larmes- Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 20226 16€- 160 pages

Amélie Cordonnier : Pas ce soir

Pas ce soir
Copyright photo Karine Fléjo

Que se passe t-il dans la tête d’un homme qui n’est plus désiré par son épouse? Peut-on prévenir l’obsolescence de l’amour et du désir dans un couple? Un roman brillant, percutant.

L’obsolescence programmée de l’amour conjugal

Il l’avait croisée dans le métro parisien 20 ans plus tôt et n’avait eu qu’une obsession : la retrouver. Il avait alors passé une annonce dans Libération et, par chance , elle l’avait lue. Ils ne se sont dès lors plus quittés, ont eu deux filles qui, devenues grandes, viennent de quitter le domicile familial. Ils se retrouvent désormais tous les deux.

Mais la réalité est tout autre : ils se perdent tous les deux. Du moins lui la perd. Il le sent. Il le voit. Et quand Isabelle lui annonce qu’elle va désormais dormir dans la chambre de leur fille cadette, tout en lui adressant un sourire et un jovial « bonne nuit », il a le sentiment d’une deuxième condamnation à mort. Celle de leur couple. Après celle du désir d’isabelle pour lui.

Est-ce qu’en amour il existe une obsolescence programmée?

Entre eux, tout s’est délité de façon presque imperceptible. L’étiolement de leurs échanges, tandis qu’Isabelle préfère à présent se plonger dans un roman ou scroller son écran de téléphone, plutôt que de lui parler. L’espacement puis l’arrêt de leurs rapports intimes depuis plusieurs mois, alors que lui est rongé par la frustration, obsédé par ce corps qu’il n’a plus le droit même d’effleurer.

Une asymétrie dans les sentiments, dans le désir, qui est devenue cruelle pour lui. Le tue à petit feu. Ne plus exister dans le regard de celle qu’il aime lui donne le sentiment de ne plus exister tout court. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de reconquérir sa femme. Utopie ou touchante initiative? La distance imposée par Isabelle est-elle de sa faute à lui, ou la conjonction de plusieurs facteurs? L’amour et le désir peuvent-ils survivre à l’épreuve du temps?

La tyrannie du désir dans le couple

Je vous avais parlé avec admiration des deux précédents romans d’Amélie Cordonnier, Un loup quelque part (chronique ICI) et Trancher (chronique LA). Il me tardait donc de découvrir un nouvel opus signé de sa brillante plume. C’est le cas en cette rentrée littéraire 2022Amélie Cordonnier nous revient avec Pas ce soir, aux éditions Flammarion. Après la violence conjugale, l’instinct maternel, la romancière aborde avec brio la question du désir dans le couple et plus précisément la souffrance térébrante qui résulte pour l’un de la perte du désir de l’autre. Car la violence n’est pas que physique, elle peut être morale : quand l’Autre dit vous aimer, demeure sous votre toit, mais ne vous adresse quasiment plus la parole, refuse que vous le touchiez, n’éprouve plus le moindre désir pour vous, fait chambre à part, cette transparence soudaine, ce rejet sont cruels.

Dans un style très direct, incisif, Amélie Cordonnier se glisse dans la tête d’un quinquagénaire blessé dans sa chair et dans son âme, prêt à tout pour celle qu’il continue à considérer comme la femme de sa vie. L’analyse psychologique est d’une finesse chirurgicale, le vocabulaire très cash, la puissance évocatrice redoutable.

Un roman percutant et une auteure décidément à suivre !

Informations pratiques

Amélie Cordonnier, Pas ce soir -éditions Flammarion, janvier 2022 – 250 pages – 19€

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine

le guerrier de porcelaine

Le roman le plus intime de Mathias Malzieu, lequel retrace l’enfance de son père, Mainou, à la fin de la de la deuxième guerre mondiale, en territoire occupé. Un livre d’une grande poésie, d’une indicible sensibilité, écrit à hauteur d’enfant.

Juin 1944, Montpellier. La grand-mère de Mathias Malzieu, mère de Mainou, décède en couches. Le bébé, une petite fille qui devait se prénommer Mireille, n’a pas non plus survécu. Tandis que son père est rappelé pour combattre, Mainou, alors âgé de neuf ans, est emmené chez sa grand-mère maternelle, au delà de la ligne de démarcation, caché dans une charrette de foin. C’est réfugié dans une ferme du Bas-Rhin, en territoire occupé, avec sa grand-mère, son oncle Emile et sa tante Louise, que Mainou va tenter de faire le deuil et de surmonter le vide de l’absence de père.

Il va aussi expérimenter la peur, quand les bombes sifflent, que les meubles tremblent, que le jardin se jonche de cratères d’obus et qu’il faut se réfugier en urgence à la cave. Heureusement, il y a l’oncle Emile et son amoureuse aux grenadines, Sonya, l’amie juive de sa maman planquée au grenier et ses poèmes, l’amour des siens et la belle relation qu’il entretient avec la cigogne qu’il a vue naître et qu’il a baptisée Marlène Dietrich. Mais aussi et surtout, il y a le formidable pouvoir de l’écriture, de l’imaginaire, qui lui permet de tenir, tandis que chaque jour il communique par écrit avec sa défunte mère, évoque avec elle en détail ses journées.

Cette maudite guerre prendra-t-elle fin un jour comme le lui a dit son oncle Emile? Pourra-t-il sortir librement dans la forêt, faire du vélo jusqu’au village sans crainte d’être arrêté? Et surtout, son père sortira-t-il indemne de ses combats et viendra-t-il le rechercher?

La guerre vue par un enfant

En cette rentrée littéraire 2022, c’est un livre plein de sensibilité, de tendresse, d’humour, que nous offre Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel avec Le guerrier de porcelaine. L’auteur réussi à se glisser dans la tête d’un enfant de neuf ans avec une justesse sidérante. Et touchante. Il nous restitue admirablement bien la candeur, la douceur, l’émerveillement et les questionnements de l’enfance. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour le petit Mainou, sa cigogne Marlène Dietrich et son hérisson Jean Gabin. Impossible de refermer le livre et de l’oublier. Dans chaque livre, il y a dans l’écriture et dans le regard de Mathias Malzieu une poésie qui fleure bon l’enfance, avant que les années parfois n’érodent notre capacité à nous émerveiller de tout, à nous intéresser à tout, à nous réjouir du plus infime bonheur du quotidien. Il y a cette fraicheur et cette beauté réconfortantes qui sont une signature de l’auteur, qu’il est bon de retrouver de livre en livre, comme des étoles de mots dans lesquelles on aime s’envelopper l’hiver venu.

Informations pratiques

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine- éditions Albin Michel, janvier 2022 – 19,90€ -296 pages

Thomas Gunzig : « J’avais envie d’un livre qui réconcilie les gens avec les nuances »

L’année 2022 commence très bien, puisqu’elle nous offre le nouveau roman de Thomas Gunzig, paru aux éditions du Diable Vauvert : Le sang des bêtes. Rencontre avec l’auteur.

Dans votre roman il y a un personnage inclassable : une femme vache

Il y a des étiquettes pour tout. Les hétéros sont comme ça. Les couples homos sont comme ci. Les parents sont comme cela. Etc. On met tout le monde dans des cases. Alors j’ai eu envie de rajouter un degré en plus : que fait-on avec quelqu’un qui est humain mais qui n’est pas humain ? Et j’ai pensé à la femme vache. Je vais vous dire exactement la petite réflexion qui était à la base de cela :  je me suis dit que tout ça venait probablement du fait des réseaux sociaux, qui fonctionnent avec des algorithmes. Ils aiment bien savoir exactement ce que tu aimes pour pouvoir te proposer des publicités ciblées. Et donc on a tendance à fonctionner exactement comme les algorithmes veulent qu’on fonctionne, c’est-à-dire de manière numérique. Or l’être humain est analogique, il est insaisissable, il évolue en permanence. Il n’est pas figé dans une catégorie ou une façon de faire ou d’être. J’avais donc envie d’un livre qui réconcilie les gens avec les nuances. Car on n’est que de la nuance.

Quel a été le point de départ du roman ?

J’avais envie de raconter quelque chose sur le body-building, sur la façon de transformer son corps. Quand j’étais petit garçon, je me trouvais très petit est très maigre et j’avais beaucoup de complexes. Et je me disais : « je vais changer ça avec le sport ». 

J’avais aussi envie d’aborder l’idée du corps des juifs. Historiquement il y a toujours une représentation caricaturale du juif comme étant petit, faible, malingre. C’est quelque chose que j’ai ressenti fortement.

Enfin, je voulais aussi écrire sur un roman sur un couple qui vieillit. Pour un couple qui s’aime profondément, qui est vraiment amoureux, que devient le désir au bout de 20 ans ou 30 ans ? Quand on se marie avant 25 ans on ne pense pas à cela. Tu habites avec cette personne, tu fais des enfants avec cette personne, tu la connais par cœur. Elle devient quelqu’un de ta famille. Comme ta mère ou ta sœur. Et tu n’as pas envie de coucher avec ta sœur ou ta mère. Or l’injonction de la société, c’est qu’un couple qui va bien qui s’aime, alors il a toujours autant de désir après 20 ans de vie commune et souhaite toujours autant faire l’amour. Sinon c’est le signe qu’il ne va pas bien. Je voulais aborder cela.

J’avais donc envie de faire un roman avec tous ces personnages, c’est-à-dire des personnages qui sont comme tout le monde : des personnages qui n’entrent pas dans les cases.

Vous avez un humour absolument jubilatoire

Je trouve que la vie est déjà super dure, donc je préfère raconter des histoires sans être dur avec le lecteur. C’est d’ailleurs un point qui a changé chez moi. A mes débuts en écriture, j’étais plus trash, mais j’ai changé en vieillissant, en ayant eu des enfants. J’ai davantage envie de choses chaleureuses, avec de la tendresse, même si on reste parfois dans des thématiques un peu sombres. Je ne veux pas que mes livres soient des épreuves pour les lecteurs. La seule chose dont les gens se souviennent plusieurs années après avoir lu ton livre, ce n’est pas le scenario ni le nom des personnages, mais les émotions qui les ont traversées. Donc j’essaye de donner des émotions à mes lecteurs, de les faire rire, de les faire pleurer.

Les 3 prochains livres sur le blog!

La semaine prochaine, je vous présenterai trois livres qui font l’actualité de cette rentrée littéraire 2022, aussi bien en littérature adulte quen littérature jeunesse.

Au programme en littérature adulte

Nous commencerons la semaine avec l’excellent Thomas Gunzig, qui publie Le sang des bêtes aux Diable Vauvert. Après Feel Good, Thomas Gunzig publie Le sang des bêtes, au Diable Vauvert éditions. Thomas Gunzig, c’est l’art d’aborder des sujets profonds, graves, avec le recul de l’humour. C’est un regard de lynx sur notre société, sur le culte du corps et des apparences, sur la dictature du désir dans le couple et l’injonction à être heureux, sur le respect faussé de l’homme pour une nature qu’il détruit autant qu’il dit vénérer.

Jeudi, ce sera au tour du roman de Louise Mey, La deuxième femme, paru aux éditions Pocket, d’être à l’honneur. Un thriller psychologique magistralement mené, qui nous plonge dans le mécanisme de l’emprise et de la violence conjugale. Comment se sortir du piège d’une relation toxique ?

Au programme en littérature jeunesse

Et nous n’oublierons pas les enfants avec ce magnifique livre paru aux éditions Usborne : Explore l’Egypte ancienne. Un livre à rabats et découpes judicieuses pour découvrir comment vivaient les égyptiens dans l’antiquité. Leurs dieux, leurs habitations, leur mode de vie, leurs temples, leurs tombeaux et leurs trésors, vous saurez tout!

Les 3 prochains livres sur le Blog!

L’année 2022 commence comme s’est terminée l’année 2021 : avec de belles découvertes littéraires! Et en cette rentrée 20022 ce sont plus de 545 livres qui vont arriver sur les étals de votre librairie préférée.

Pour commencer l’année, je vous ferai découvrir deux livres absolument bouleversants de la rentrée littéraire 2022. Des livres qui marqueront une empreinte indélébiles dans votre esprit :

  • D’une aube à l’Autre, Laurence Tardieu, éditions Stock : Laurence Tardieu nous livre son combat intime et celui de toute sa famille, lors des 158 jours d’hospitalisation de son fils Adam auquel on a découvert une leucémie. Sans voyeurisme malsain, en évitant avec brio l’écueil du pathos, elle revient sur le séisme qui les a secoués, ses trois enfants, son conjoint et elle. La romancière parvient à faire naître de ce champ de ruines de sa vie d’avant, un espoir, une détermination et un amour de la vie d’une force rare, qui crève les pages.
  • Voyage au bout de l’enfance, Rachid Benzine, éditions du Seuil : Quand un petit garçon plein de vie de la banlieue parisienne voit sa vie basculer dans l’horreur parce que ses parents ont décidé de rejoindre la Syrie et de faire le Djihad. Un livre poignant. Un personnage inoubliable.

Et bien sûr, l’année 2022 fera la part belle à la littérature jeunesse aussi, avec mercredi prochain, ce livre magnifique élaboré en partenariat avec le zoo de Beauval : Tous les animaux, aux éditions Nathan. Ce petit nouveau de l’excellente collection Questions-réponses des éditions Nathan a tout pour séduire les amoureux des animaux et les petits curieux. En partenariat avec le Zoo de Beauval, les éditions Nathan se proposent de répondre à une foule de questions sur tous types d’animaux : 60 mammifères, 23 oiseaux, 17 amphibiens et reptiles, 20 animaux aquatiques, 20 invertébrés. De quoi devenir incollable sur la faune!

Rien ne t’appartient, Natacha Appanah

Rien ne t'appartient Appanah

Deuil et résurgence du passé

Depuis le décès de son mari Emmanuel trois mois auparavant, un homme auprès duquel elle a vécu un amour merveilleux pendant plus de 15 ans, Tara se sent couler. Certes, il y a les vagues de chagrin liées à la disparition qui la submergent. Certes, elle boit la tasse car il y a l’éloignement de son beau-fils dont elle avait espéré un rapprochement en pareilles circonstances.

Mais pas seulement.

Car Emmanuel était le seul à pouvoir la préserver de sa vie passée. Tel un barrage qui retenait le tsunami dévastateur de ses premières années de vie. Avec son décès, le barrage a cédé. Le passé qu’elle pensait dépassé n’est plus dans son dos. Il lui fait face. Et dans ses flots, une jeune fille prénommée Vijaya, ce qui signifie Victoire. Qui est cette fillette joyeuse, qui aimait rire, danser s’amuser et se croyait libre comme un oiseau ? Quel est son lien avec Tara ? De quel enfer Emmanuel a-t-il sauvé sa femme ?

Une enfance volée

Avec Rien ne t’appartient, paru aux éditions Galimard, je retrouve cette écriture très serrée, d’une puissance évocatrice rare, qui m’avait tant séduite dans Tropique de la violence ou Le ciel par-dessus le toit. Concise, avec des mots qui frappent comme des uppercuts, la romancière nous plonge dans l’enfance de l’héroïne, celle d’une fillette dont les parents ont disparu dans des circonstances dramatiques, prélude à une enfance chaotique, violente, infiniment traumatisante. Une enfance en enfer.

De ce pays dont elle est rescapée et qui n’est jamais nommé, elle garde le constat terrible que naître fille est une malédiction. Qui plus est grandir et devenir une « fille gâchée » parce qu’on se croyait libre d’aimer et de désirer. Libre de posséder son corps. Mais rien ne lui appartient en réalité, c’est ce qu’on s’est acharné à lui faire entrer dans la tête, jusqu’à ce qu’Emmanuel arrive en sauveur. Et lui rende sa liberté, celle d’exister, d’aimer et d’être aimée, de désirer, de rêver. D’être et d’être acceptée comme telle.

Un roman très fort, un portrait de femme infiniment touchant. Magnifique.

Informations pratiques

Rien ne t’appartient, Natacha Appanah – éditions Gallimard, août 2021 – 158 pages – 16,90€

Delta Blues, Julien Delmaire

delta blues

Un roman ou plutôt un voyage sensoriel au cœur du Mississipi des années 30. Envoutant.

L’enfer sur terre

Nous sommes dans le delta du Mississipi, berceau du blues, dans les années 30. Un état où naitre noir est un véritable fléau. Les bus, les soins, l’électricité sont réservés aux blancs. Les hommes encagoulés du Klu Klux Klan font régner la terreur. Et comme si cela ne suffisait pas, à la dureté du quotidien de la population noire s’ajoute cette année-là une terrible sécheresse. Alors certains, comme Dora, vendent leur corps pour nourrir leur enfant. D’autres, comme Bobby, jouent de la guitare dans les bars.

Mais dans cet enfer, il y a une lueur d’espoir, celle de l’indéfectible amour qui lie Betty et Steve. Tous deux sont jeunes, noirs et pauvres. Mais riches des sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Betty est blanchisseuse, nièce de la sorcière vaudou Saphira.  Une vieille femme qui intercède auprès des dieux pour influer sur le destin des êtres et qui réalise des potions pour soigner ses pairs.

Mais alors que les exécutions sommaires du KKK se multiplient, que les récoltes sont menacées par l’absence de pluie, que des meurtres sont perpétrés la nuit, Betty et Steve se pensent invincibles, portés par leur amour. Raison ou illusion ?

Et puis, il y a la musique. Partout. Tout le temps. Le blues qui console, berce, bat au rythme des récoltes dans les plantations, joué sur les guitares et les harmonicas.

Une immersion totale dans le Mississipi des années 30

Avec Delta Blues, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Grasset, Julien Delmaire nous offre une véritable immersion dans le Mississipi des années 30. Ce n’est pas juste un voyage à travers les mots, à travers le temps et l’espace, c’est un concentré d’émotions, de perceptions, de parfums, de sons, de saveurs, de visions. On vit plus qu’on ne lit au diapason des personnages. Témoin et non juste lecteur, coupé du monde qui nous entoure le temps de la lecture.

L’écriture, très poétique, très mélodieuse est une partition sensorielle sur laquelle s’inscrivent les destins chahutés de cette population noire, mais aussi des métis, des Indiens, des blancs. Une galerie de personnages très riches qui chacun apportent une note différente de la vie d’alors. Un blues de 500 pages envoutant comme les sortilèges de Saphira, qui donne furieusement envie, la lecture terminée, de se plonger dans le blues de Robert Johnson, Willie Brown ou encore Sonny Boy.

Informations pratiques

Delta Blues, Julien Delmaire – rentrée littéraire – éditions Grasset, août 2021 – 500 pages