Glissez Sophie Van der Linden dans votre poche! Un bijou

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La fabrique du monde, de Sophie Van der Linden

Editions Folio, août 2014

Mei, jeune paysanne chinoise de 17 ans, n’a pas eu le privilège de naître garçon. Contrairement à son frère qui va à l’université, elle se pliera donc à la décision parentale d’aller travailler à l’usine, quantité négligeable et négligée. Alors Mei imagine la ville qui l’attend, la chambre qui sera sienne, l’usage qu’elle pourra faire de son salaire notamment en aidant ses proches.  Mais la réalité est tout autre.  Cadences inhumaines, travail pénible, tâches répétitives, contremaître draconien, promiscuité, inconfort, Mei travaille beaucoup, dort peu, mange à peine et vit à plein temps au sein de l’usine textile, univers ô combien limité pour la jeune fille. Toutefois, si Mei met son énergie et sa dextérité au service de l’entreprise, pieds et poings liés à la rentabilité qu’on exige d’elle pour honorer les commandes des clients européens, son esprit se rebelle, s’évade à la faveur des trop rares heures de repos. Car Mei a ceci de particulier qu’elle a reçu des bribes d’éducation de sa grand-mère, laquelle lui a enseigné la lecture et lui a ouvert par ce biais une fenêtre sur le monde, sur la vie, sur l’imaginaire. Entre réalité et rêverie, c’est la fabrique de son monde, à laquelle Mei assiste : éveil à la vie, à l’amour, aux autres. Un apprentissage dense, aussi transcendant que violent, aussi merveilleux qu’infernal. Mei parviendra t-elle à tutoyer ses rêves, à élargir son horizon?

Dans ce roman court, au style magnifiquement ciselé, dans lequel chaque phrase sonne comme un vers de haïku, Sophie Van der Linden nous plonge dans le quotidien de la jeune Meï avec une force émotionnelle rare. De lecteur, on devient témoin, totalement immergé dans l’encre des pages, le coeur battant au diapason de celui de l’héroïne.  Un bijou de pure émotion.  A lire absolument!

Extrait :  » Quand j’étais petite, elle m’a appris à lire, avait toujours une histoire à me raconter, et me lisait consciencieusement chaque soir un chapitre du roman qu’elle m’a donné ensuite.C’est la seule chose que je tiens d’elle, et c’est aussi le seul livre que j’ai vraiment lu. Mais cela m’a suffi. Ma grand-mère et ce livre m’ont tout appris de la vie. Sans elle, je n’aurais jamais rien su de l’amour, de la tendresse, de la bienveillance. »

Un énorme coup de coeur!

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L’écrivain national, de Serge Joncour : coup de coeur de la rentrée littéraire!!!

L’écrivain national, de Serge Joncour

Éditions Flammarion, août 2014

Ce séjour à l’initiative d’un libraire promettait d’être au calme. Quand le narrateur, écrivain de profession, est invité dans une région forestière du centre de la France, en tant qu’auteur en résidence, il imagine passer un mois paisible, attendu par la population du village avec curiosité et bienveillance. Une promesse pour le moins non tenue.

Car dès l’arrivée à la gare, il découvre un village en ébullition. La lecture du journal local lui révèle en effet qu’un vieil homme argenté a disparu sans laisser de traces; un couple de jeunes étrangers est soupçonné du crime. Mais plus encore que ce supposé meurtre, c’est la photographie de la présumée suspecte, prénommée Dora, qui l’interpelle, le fascine, le harponne. Capturé dans le lasso de son regard, il ressent le besoin impérieux de la rencontrer. Or mettre son nez dans ce fait divers n’est pas franchement ce pour quoi on l’a invité. Sans compter les risques qu’il prend. Mais le magnétisme de ces yeux est plus fort que tout. Coûte que coûte il approchera celle dont il est intimement convaincu de l’innocence. Quitte, par ses investigations et sa curiosité, à susciter la défiance voire le courroux des villageois. Car dans ce patelin, on n’aime pas trop qu’un étranger fouille dans ce qui ne le regarde pas, à fortiori si cet étranger est un écrivain, lequel serait bien capable ensuite d’éventer les secrets de chacun dans un livre. Et les ennuis de commencer…

L’écrivain national est une intrigue subtile et intense mâtinée d’amour et d’humour. Ou quand un auteur s’approche d’un peu trop près d’un autre auteur, de faits divers cette fois…

Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste tenir un ouvrage entre ses mains et en caresser les pages du regard. Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste être captivé par une intrigue et être attaché aux personnages. Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste plonger au coeur de l’humain et succomber à son irrésistible humour. Lire Serge Joncour, c’est bien plus que cela. C’est une immersion en trois dimensions, c’est voir, sentir, ressentir, toucher, frémir, trembler, frissonner, respirer, suffoquer, pleurer, rire, sourire, applaudir au diapason des personnages. Lire Serge Joncour, vous l’aurez compris, c’est VIVRE l’histoire qu’il nous offre. Un talent d’écriture rare.

Un GROS coup de cœur de cette rentrée littéraire !

P.104 : Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous de n’être que soi.

P.247 : Prendre une bouche, c’est quitter le monde par l’issue la plus haute, c’est se soustraire à cette réalité qui tout autour de soi sombre dans le commun, embrasser une bouche, c’est plonger dans ce vertige sublime dont on ne sait pas s’il nous emporte pour une seconde ou pour une vie (…).

P.296 : Tomber amoureux, c’est voir l’autre comme un mystère dont on ne supporte pas d’être exclu, c’est redouter de ne pas l’atteindre, ne plus penser qu’à une chose : le revoir, le côtoyer.

P. 390 : Qu’il est bon de retrouver le goût de l’autre, qu’il est fort de flotter dans l’éternel présent d’un début de rencontre, sans futur ni questions, qu’il y ait des lendemains ou pas, après tout qu’importe, un amour même impossible c’est déjà de l’amour, c’est déjà aimer, profondément aimer, quitte à en prolonger le vertige le plus longtemps possible.

On ne voyait que le bonheur, de Grégoire Delacourt (éditions JC Lattès)

On ne voyait que le bonheur, de Grégoire Delacourt

Éditions JC Lattès, aout 2014

Rentrée littéraire

 

Peut-on aimer sans avoir été aimé? Peut-on réussir sa vie quand on a grandi dans le chaos?…

 

Ça avait la saveur, la couleur, le parfum du bonheur. Mais ça n’en était qu’un pâle ersatz. Une famille, un travail, des enfants, en réalité juste des clichés capturés dans le lasso d’un objectif photographique. Clichés de ce que doivent être les ingrédients d’une vie heureuse. Car si une photographie, à l’image du soleil, fait tout voir, elle ne se laisse pas regarder.

A l’aube du décès de son père, Antoine, quadra expert en assurances, refuse pourtant cette cécité feinte. Il rembobine le film de sa vie et force lui est de constater que le bonheur qui l’a jalonnée ne fut qu’une éphémère illusion. Des parents incapables de lui témoigner leur amour, un couple parental broyé par la perte d’un de ses enfants, comment lui, Antoine, peut-il construire du solide sur des bases aussi friables? Comment peut-il réussir sa vie de famille, sa vie amoureuse, sa vie tout court, quand autour de lui, ce ne furent que déchirements, incompréhension, effondrement? Comment s’aimer quand celle et ceux qui vous ont conçu, porté, ne vous ont pas renvoyé une image aimable (au sens digne d’amour) de vous? Peut-on seulement donner ce que l’on n’a pas reçu?…

Térébrants questionnements.

Lui qui passe son temps à gérer froidement des dossiers d’indemnisation, qui calcule sans état d’âme ce que sa compagnie remboursera à minima aux victimes, tente alors de chiffrer ce que vaut sa vie. Vaste question. La valeur est-elle le prix à payer pour obtenir quelque chose (pour autant qu’il s’achète, ce qui n’est pas le cas de l’amour) ou le coût en termes d’efforts, de patience, pour accéder à ce que l’on désire?

Dans ce roman, Grégoire Delacourt nous peint le portrait d’un homme sous la forme d’un triptyque bouleversant : l’enfance sans l’amour de sa mère ni le courage de son père, handicap affectif qui va conditionner sa vie adulte et le conduire à commettre l’irréparable; la tentative de reconstruction loin du drame, au Mexique; et enfin, l’irréparable pourtant en partie réparé grâce au pardon. Un roman qui prend à la gorge, secoue, malmène. Une histoire qui, aussi singulière soit-elle, recelle en elle une universalité qui touchera chaque lecteur : peut-on faire des ses cicatrices d’enfance des balafres réussies? Y a t-il une possibilité de mettre fin à la répétition des schémas parentaux? Peut-on apprendre à s’aimer et donc ensuite à aimer, quand on a grandi sans amour?

Dix-neuf euros. Ce n’est pas ce que vaut la vie d’Antoine. C’est le mini prix à payer pour un maximum d’émotions. Un minuscule prix pour un grand bonheur de lecture.

Coup de cœur de la rentrée littéraire!

P.134 : Se sauver ne sauve jamais rien.

P.218 : Comprendre, c’est faire un pas de géant vers l’autre. C’est le début du pardon.

Une vie à soi, de Laurence Tardieu (Flammarion)

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Une vie à soi, Laurence Tardieu

Éditions Flammarion aout 2014

Un roman qui entrelace souvenirs, évocations, scènes d’hier et d’aujourd’hui, rêves et fragments biographiques, pour devenir le roman d’une rencontre et d’une quête, celle d’une vie enfin retrouvée…

Il y a des rencontres qui bouleversent une vie. On ouvre une porte et on sait qu’on ne reviendra plus jamais en arrière. Quand, un après-midi d’automne, Laurence T., alors à l’aube de la quarantaine, pousse la porte du musée du Jeu de paume, mue par l’envie de fouler à nouveau ce lieu qui était sien enfant, elle n’imagine pas un instant qu’une autre porte, ô combien troublante, va s’ouvrir en elle. Face aux photographies de Diane Arbus, c’est en effet le choc. Cette photographe américaine met un point d’honneur à saisir les êtres et les choses tels qu’ils sont, à rechercher en toutes circonstances l’authenticité, la pureté, la vérité. Capturer l’essence des êtres dans le lasso de son objectif. Ne faire aucune concession aux faux-semblants. Être et non paraître. Voilà qui parle à Laurence, sujette alors à un mal de vivre profond, en pleine quête de sens.

Saisie par la beauté des clichés, Laurence quitte l’exposition transportée. Et de désirer en connaître davantage sur cette photographe. Et d’acheter des ouvrages qui lui sont consacrés. C’est alors une véritable déflagration qu’elle ressent. Car ce n’est pas seulement le talent de l’artiste qui la saisit, mais aussi et surtout la similarité de leurs vies respectives, de leurs manques, de leurs blessures, de leurs rêves, de leurs besoins d’authenticité. Je est une autre. Je est Diane. Sa jumelle, son double, son reflet dans le miroir.

A la lumière du travail et des choix de vie de Diane Arbus, le passé de Laurence s’éclaire, les pièces du puzzle s’assemblent. Les sensations et les émotions dont elle était coupée depuis des années affluent en force. Dans leur sillage, un amour nouveau et ô combien bouleversant pour cette vie qui pulse en elle.

Avec Une vie à soi, Laurence Tardieu nous offre un roman bouleversant, celui d’une femme qui renaît à la vie, cette vie qu’elle se réapproprie enfin… Poignant.

L’Histoire d’un amour, de Catherine Locandro (éditions Héloïse d’Ormesson)

L’Histoire d’un amour, de Catherine Locandro

Éditions Héloïse d’Ormesson, aout 2014

Après L’enfant de Calabre, Catherine Locandro revient avec délicatesse et émotion sur la question de la perte amoureuse et du poids des secrets.

Luca est un homme réservé. Un professeur de philosophie sans histoires. Mais pas sans Histoire. Car depuis vingt ans, il veille précieusement sur son secret. Un secret qui aujourd’hui lui explose soudain au visage au détour d’un article de presse.

Rien ne l’avait préparé à cela. Pas plus la révélation dans la presse de sa liaison amoureuse avec la diva au regard voilé d’une lumineuse tristesse, que la rencontre en 1967 avec cette femme alors adulée du public et des médias, Dalida. « Garder le secret, c’était garder la Chanteuse, maintenir ce lien si particulier. » En ce jour de novembre 1995, le frère de la défunte chanteuse, héritier de ses carnets, notes et lettres, en livre le contenu en pâture au public. Et le secret de ne plus en être un…

Luca se remémore alors cette fulgurante passion, rouvre le livre de son amour caché et tourne les pages de sa mémoire. Lui, le petit livreur de douze ans son cadet, qui avait dû quitter l’école tôt pour subvenir aux besoins de la famille, n’avait pas imaginé que son rôle de figurant dans une émission de télé dont Dalida était l’invitée, allait bouleverser sa vie. Et pourtant, cette rencontre donna le  « la » d’une relation amoureuse aussi passionnée que tourmentée. En France, en Italie, nos deux amants se retrouvent au gré des désirs de la chanteuse, dans la plus grande discrétion. Une passion clandestine qui, par les mensonges coupables que sa préservation nécessite, coupe Luca de sa famille, des siens. Le prix de leur bonheur tous deux.

Mais dans ce journal, il découvre n’être pas le seul à avoir souffert du poids du secret. Dalida portait elle aussi un fardeau douloureux qu’elle lui avait caché…

La révélation de son secret mettra t-il fin aux assauts de sa mémoire? Luca pourra t-il enfin cesser d’être le jeu de cette passion dévorante, paralysante, obsédante? Pourra t-il, délesté de ce poids, tourner enfin la page et redevenir acteur de sa vie?

Avec L’histoire d’un amour, Catherine Locandro nous offre un roman sensible, juste, émouvant, servi par une plume incisive. A lire!

L’incertitude de l’aube, de Sophie Van der Linden (Buchet Chastel)

L’incertitude de l’aube, de Sophie Van der Linden

Éditions Buchet-Chastel, aout 2014

 

Roman poétique et grave, L’Incertitude de l’aube est un hommage à l’enfance.

2004. Beslan, Ossétie du nord. Ce mercredi, Anushka se réveille le cœur en joie. C’est le jour de la rentrée, la fête de l’école, un évènement! Sa mère, enceinte, l’a confiée à son grand-père. C’est donc ce dernier qu’elle presse de l’apprêter pour l’accompagner avec sa meilleure amie Miléna. Mais à peine arrivée dans la cour, elle entend des bruits d’explosion. Affolement général, cris, cohue. Dans la panique, elle perd de vue son grand-père.

A peine le temps de comprendre ce qui lui arrive et elle se retrouve avec des centaines d’enfants et d’adultes, prise en otage par des terroristes séparatistes tchétchènes armés. Entassés dans le gymnase, sans sanitaires, sans nourriture, sans eau, les heures s’écoulent, de plus en plus difficiles, inhumaines.

Pour survivre à l’atrocité, à la peur, aux êtres qui agonisent autour d’elle, pour tenter de tromper sa faim et sa soif, Anushka s’évade dans l’imaginaire. Progressivement, elle perd contact avec la réalité qui l’entoure et se réfugie dans son monde phantasmatique, un monde qui lui donne du répit vis à vis de ce qui la blesse, la rend triste et malheureuse. Cette échappée est sa seule consolation. Plus de douleurs, plus d’humiliations, plus de peur, plus de pleurs. Juste cette pensée magique…

Dix ans après, Sophie Van der Linden, dont j’avais plébiscité ici le premier roman, La fabrique du monde (Buchet Chastel 2013) revient sur la terrible prise d’otages de Beslan qui a fait près de 400 morts. Pour cela, elle se glisse avec brio dans la tête d’une enfant et nous fait partager ses peurs, ses mécanismes de défense, son magnifique courage face à l’adversité.

Un roman grave sur l’univers de l’enfance, rédigé par la plume sensible et juste de Sophie Van der Linden.

Lecture sur papier ou liseuse électronique : qu’en dit votre cerveau?

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Les amateurs de livres n’ont jamais eu autant de choix, non seulement en termes d’ouvrages et de contenus, mais aussi en matière de formats. Aujourd’hui, tous les livres, journaux et magazines sont disponibles pour un prix abordable sur les tablettes, liseuses électroniques, et même les smartphones.

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Selon une étude de l’institut Pew, la moitié de la population des États-Unis possède un e-reader ou une tablette. Entre 2011 et 2013, la proportion de la population qui a lu un « ebook » est passée de 17% à 28%. Au Royaume-Uni, 1 livre sur 4 acheté en 2013 l’a été sous sur un format électronique. Cependant, on peut se demander si leur lecture est équivalente sous ces différents formats? Selon la neuroscientifique Susan Greenfield, cet essor de la « culture de l’écran », comme elle l’appelle, a des implications majeures pour notre cerveau. Le Financial Times propose un bref aperçu des connaissances scientifiques en la matière: