Les lois de la gravité, de Jean Teulé (éditions Pocket)

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Les lois de la gravité, Jean Teulé
Editions Pocket 2008


Cela aurait pu être le crime parfait. « 
Dossier clos. Affaire classée. Nos condoléances, madame. » Or en ce dimanche soir, une jeune femme entre dans un commissariat, dévorée de remords. Au lieutenant Pontoise de permanence, elle avoue avoir maquillé le crime de son mari en suicide. Et dans trois heures, soit dix ans jour pour jour après l’avoir occis, il y aura prescription.

Commence alors le compte à rebours…mais pas dans le sens attendu : là est le tour de force de Jean Teulé.

Car si dans le décor minimaliste de ce petit commissariat normand, la procédure à suivre pour chacun des deux protagonistes semble écrite, rien n’en prend la voie. La situation est pour le moins insolite : la coupable veut être arrêtée, le policier s’y refuse. Elle n’a plus de temps à perdre. Lui fait tout pour en gagner.
Pour cette femme, le poids de la culpabilité est la pire des peines, la condamnation à perpétuité de son âme, d’autant que ses enfants, témoins de la scène, la tyrannisent au quotidien en placardant partout des photos du défunt. Il y a urgence à se libérer de cet incommensurable fardeau par l’aveu.

Or il y a urgence à patienter pour le policier. Patienter jusqu’aux douze coups de minuit, afin que celle qui s’est protégée et a protégé ses enfants de son mari physiquement et psychologiquement violent, ne soit ni jugée ni emprisonnée. Son acte n’est à ses yeux que légitime défense, le terme enfin mis à un enfer conjugal.  

Et un bras de fer captivant de s’engager dont on ignore l’issue.

 

Un huis clos éprouvant, dense, à la tension permanente, qui se garde à vue de la première à la dernière ligne, rendant le lecteur prisonnier du récit. Car il est une peine à laquelle il est merveilleux d’être condamné : lire ce roman mené de haute plume par Jean Teulé, multirécidiviste dans le talent, dans l’art de décrypter l’humanité bancale, ses multiples visages, ses emballements.

Bibliographie de l’auteur :

Romans :
Mangez-le si vous voulez, Editions Julliard 2009
Le Montespan, Editions Julliard 2008
Le magasin des suicides, Editions Pocket 2008
Rainbow pour Rimbaud, Editions Julliard 2002
Darling, Editions Julliard 1999
Les lois de la gravité, Editions Pocket 2008
Je, François Villon, Editions Pocket 2007
O Verlaine, Editions Julliard 2004
Balade pour un père oublié, Editions Pocket 2009
Bord cadre, Editions Julliard 1999
Longues peines, Editions Julliard 2001
Les lois de la gravité, Editions Julliard 2003
L’oeil de Pâques, Editions Julliard 1999

Jean Teulé est aussi l’auteur de nombreuses bandes dessinées.

Informations pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 144
ISBN : 978-2-266-17926-3

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Une année étrangère, de Brigitte Giraud (éditions Stock)

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Une année étrangère, Brigitte Giraud
Editions Stock 2009

Dans les années 80, Laura, 17 ans, part comme jeune fille au pair pendant six mois en Allemagne. Elle est reçue par les Bergen, couple avec deux enfants. Une famille germanique que tout semble opposer à la sienne, tant le déroulé de leur vie est en apparence paisible, lent, lisse. Illusion qui se dissipera toutefois. Par ailleurs, très rapidement, on réalise que l’apprentissage de la langue n’est pas le réel motif de sa venue. Car Laura fuit… Elle ne supporte plus l’étau de sa famille détruite par la mort de son jeune frère Léo, mort dont chacun de surcroît rejette la faute sur l’autre. Elle a quitté sa famille en lambeaux pour essayer de faire peau et âme neuves en débarquant dans un pays étranger, là où tous les repères sont nouveaux (langue, environnement, famille), là où tout est à construire. Là où elle espère se reconstruire. « Depuis l’accident de Léo, je ne parviens plus à me sentir exister. Mon corps s’est comme rétracté et mes sens ont reflué si loin que la fille que je suis devenue est une autre, dont les gestes trahissent le désordre qui l’a gagnée. » Mais les 1000 kilomètres qui la séparent du foyer natal suffiront-ils à mettre de la distance avec son indicible douleur ou emporte t-on ses démons avec soi, nichés au creux de notre âme ? L’incommensurable chagrin qui la ronge et sur lequel elle achoppe à mettre des mots restera t-il bloqué à la frontière ? Dans la routine de ce nouveau quotidien, sans parvenir à trouver vraiment sa place, entre tenue de la maison et accompagnement des enfants, elle essaye de s’oublier, d’oublier tout court. Et le personnage de Laura, vulnérable et imprévisible, sauvage et transparent, fort et fragile à la fois, de nous bouleverser.

Avec une acuité absolument remarquable, un style très épuré, Brigitte Giraud nous peint point par point, telle une toile de Seurat, la lente double métamorphose qui opère. Celle d’une jeune fille qui passe de l’adolescence à l’âge adulte. Celle du deuil d’un petit frère tant aimé.

Avec une lenteur et une économie de moyens extrêmes, on s’enfonce dans le roman à l’atmosphère étrange et mystérieuse, la respiration coupée, conscients sans pouvoir les identifier, que d’autres blessures et danger menacent.

Un roman d’une rare intensité dont la douce violence nous enveloppe dès les premières pages pour ne plus nous quitter, y compris la couverture refermée…

 

 Citation p131: « Je me demande ce qui est pire : mourir peut-être bientôt en souriant ou vivre encore sans jamais plus pouvoir sourire ? »


La part belle, de Marie Claude Gay

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La part belle, Marie-Claude Gay
Editions J.C. Lattès 2009

 

Marie d’Artefeuille, sémillante quinquagénaire va croiser la route de Louis, homme marié, dont elle tombe amoureuse. Or Louis, comme ses précédents amours, a tout du Don Juan. Il recherche et vit dans le plaisir et la jouissance de l’instant présent, faisant fi des contraintes et de toute règle, qu’elle soit sociale, morale ou religieuse. Bien que consciente que cet homme est un jouisseur et un libertin, potentiellement égoïste et destructeur, Marie lui succombera. Elle sait qu’il ne peut lui offrir ce qu’elle recherche dans une relation, à savoir un amour absolu, inconditionnel, insatiable. Et pourtant, elle est prête à tout donner en l’échange de quelques miettes d’affection, de reconnaissance, de tendresse. Prête à se sacrifier dans l’espoir d’être aimée. Pourquoi tant d’abnégation ? Pourquoi aller au devant de nouvelles souffrances avec Louis ? Pourquoi cette attirance, cette étrange fascination pour des hommes prédateurs, véritables tyrans psychologiques ?

Avec une acuité particulièrement exacerbée, Marie-Claude Gay dissèque l’âme humaine, tant masculine que féminine, dans sa quête de l’Autre, ses attentes, ses désillusions. Une analyse d’une justesse troublante qui amènera l’héroïne à saisir les raisons de sa victimisation, à cerner ces failles dans son enfance qui ont fait d’elle aujourd’hui une proie idéale.
Comprendre pour ne plus subir.


Si le thème abordé est intéressant et la psychologie des personnages brillamment traitée, il est à déplorer d’une part les longueurs de ce roman, lesquelles brisent le rythme et rendent la lecture relativement fastidieuse, et d’autre part, les innombrables clichés. Une impression très partagée donc…
 

Quatrième de couverture :

Au cours de la tempête de janvier 2009 dans le Sud-Ouest, Marie d’Artefeuille, professeur de dessin aux Beaux-Arts de Toulouse, rencontre Louis Morteau, notaire à Besançon. Elle tombe amoureuse de cet homme marié et tente d’analyser pour quelle raison elle fait toujours le même choix qui la plonge dans la solitude. Car Louis, après une cour en règle, finit par la quitter sur un malentendu, la laissant une fois de plus désespérée. Dans son introspection pour comprendre ses faillites amoureuses qui la poussent à séduire des hommes non libres, Marie revient sur sa petite enfance en Algérie, dépourvue de ten dresse maternelle, ponctuée par la violence physique d’un père toujours présent en toile de fond, et sur ses différentes amours déçues.

Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 18.50€
Nombre de pages : 333
ISBN : 9782709633239