Glissez Véronique de Bure dans votre poche!

Un amour retrouvé éditions J'ai lu

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé, paru aux éditions J’ai lu en ce mois de mai.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions J’ai Lu, mai 2022 – 7,90€- 320 pages

Agnès Ledig : Marie d’en haut

Marie d'en haut L

Les éditions J’ai lu republient le premier roman d’Agnès Ledig, Marie d’en haut. Un roman lumineux, viscéralement humain, impossible à oublier.

La vie à la ferme

Marie est un petit bout de femme qui n’a peur de rien. Dans sa ferme isolée sur les hauteurs des montagnes ariégeoises, elle élève seule sa fille Suzie et s’occupe de ses bêtes. Elle sait pouvoir compter sur le sage Antoine, un voisin proche aussi bien géographiquement qu’affectivement. Comme un frère pour Marie. Le témoin de ses joies et de ses peines, le pilier sur lequel elle peut s’appuyer en cas de besoin. Et inversement.

Quand dans le village débarque un gendarme fraichement muté, l’accueil de Marie est plutôt glacial. Il faut dire que ledit gendarme, Olivier, est un être solitaire et assez antipathique de son propre aveu, qui n’a pour seul compagnon que son bloc à dessin sur lequel il aime croquer tout ce qu’il voit. Mais sous cette carapace froide se cache un être sensible qui se protège.

Lors d’une enquête de routine, Olivier est amené à interroger Marie. Une intrusion dans sa vie que Marie prend mal. Mais les premières impressions sont-elles toujours les bonnes ou gagne-t-on à faire davantage connaissance, à gratter le vernis des apparences pour découvrir l’âme des êtres ? Et qui est cet Antoine pour Marie ? Juste un voisin, un frère, un amant ?

Un roman viscéralement humain

On ne présente plus Agnès Ledig, auteure de nombreux romans à succès dont Juste avant le bonheur, Pars avec lui, ou encore Dans le murmure des feuilles qui dansent, pour ne citer que ces titres. Le tout premier livre avec lequel Agnès Ledig a mis la plume à l’encrier est Marie d’En haut. Un titre que les éditions J’ai lu remettent à l’honneur en ce mois de mai, pour le plus grand bonheur de celles et ceux qui l’avaient manqué dix ans plus tôt. Un livre qui a été le coup de cœur des lectrices du prix Femme Actuelle. Pour cette réédition, l’auteure s’est replongée dans son texte, l’a médité, poli, et nous livre ici les nouvelles couleurs de Marie.

C’est un roman sur la croisée des chemins, sur ces trajectoires de vie qui vous font rencontrer un jour des êtres auxquels vous pouvez apporter un soutien, de la lumière, de l’affection, de l’amour, et qui sont de même une source inépuisable de bonheur pour vous. C’est la maladie qui frappe, l’homophobie qui exclut, les blessures qui enferment. Mais aussi l’amitié qui éclaire, l’amour qui transcende, la nature qui ressource, la vie qui reprend ses droits, le bonheur simple et puissant d’être entouré. Ce roman est bouleversant, viscéralement humain, vivant. Impossible d’oublier ses personnages. Impossible de croiser une ferme isolée sans penser à Marie, Antoine, Olivier et Suzie.

A lire absolument !

Informations pratiques

Agnès Ledig, Marie d’en haut- Editions J’ai Lu, mai 2022- 7,50€- 316 pages

Douglas Kennedy, Les hommes ont peur de la lumière

Les hommes ont peur de la lumière

Un roman noir d’une brûlante actualité, sur les divisions qui opposent la société américaine en termes d’avortement. Une chronique sociale brillante et un suspense haletant.

Pro et anti-avortement

Après un diplôme d’ingénieur en électricité et une carrière de 30 ans dans la vente, Brendan s’est retrouvé sans emploi. Avec une famille à charge, il n’a pas eu d’autre choix que d’accepter le premier job venu, celui de chauffeur chez Uber. Un travail très peu payé, des horaires à rallonge, la crainte à tout moment qu’une plainte d’un client ne fasse perdre sa place. Autrement dit, un cauchemar. Alors, pour contrebalancer le fait d’être broyé par le système Uber, Brendan s’amuse à deviner la vie de ses passagers au cours des quelques minutes qu’il passe en leur compagnie. Comme cette cliente prénommée Elise, qu’il dépose devant un centre d’IVG. Anciennement professeure d’université, elle est aujourd’hui une doula, offre un soutien physique et émotionnel aux femmes en détresse au cours de leur avortement.

Mais à peine a-t-il déposé Elise devant cet établissement qu’il est témoin d’un drame : un homme à moto lance un cocktail molotov, avant de prendre la fuite.

Pour Brendan, c’est la sidération. Et le court-circuit entre vie professionnelle et vie privée : son couple va mal depuis que sa femme est devenue une activiste pro-vie, engagée dans une association farouchement opposée à l’avortement. Le motard pourrait-il être quelqu’un de cette association ? Et Elise, a-t-elle survécu à l’attentat perpétré par ces intégristes religieux ? Pour Brendan et Elise, ceci n’est que le premier acte d’une cavalcade ans répit.

Une peinture de la société américaine d’aujourd’hui

C’est un roman passionnant, indiciblement réaliste et actuel, que nous offre Douglas Kennedy avec Les hommes ont peur de la lumière, paru aux éditions Belfond. Une analyse brillante d’un des sujets qui divise la société américaine aujourd’hui : le droit à l’avortement. Mais pas seulement. Avec beaucoup de finesse et d’intelligence, l’auteur américain fait un portrait sans concession de la société américaine et de ses dangereux dérapages : la société Uber aux pratiques inacceptables pour ses employés, la remise en cause actuelle de l’arrêt Roe vs Wade de la Cour suprême des Etats-Unis, qui, depuis janvier 1973, garantissait à toute femme le droit à l’avortement dans tous les Etats-Unis, ou encore les prédateurs sexuels et leur impunité mais aussi la violence des pratiques policières.

C’est avec une tension narrative permanente que le lecteur se trouve embarqué aux côtés de Brendan et d’Elise dans une aventure aux rebondissements multiples, sur fond de puritanisme exacerbé. Un roman passionnant.

Informations pratiques

Les hommes ont peur de la lumière, Douglas Kennedy- éditions Belfond, mai 2022- 264 pages – 22€

D’audace et de liberté, Akli Tadjer

Après D’amour et de guerre, Akli Tadjer nous offre une suite à sa fresque historique fascinante et émouvante. Entre le Paris de l’après seconde guerre mondiale et une Algérie qui rêve d’indépendance. Magnifique.

Survivre à la seconde guerre

Adam, jeune berger algérien, a été arraché à son pays et à la femme qu’il aimait, prénommée Zina, appelé à combattre en tant que soldat colonial auprès des soldats français de souche. De la guerre il n’a vu que des atrocités, mais a tenu tout ce temps debout grâce à la colonne vertébrale qu’est son amour pour Zina. Or à la fin du conflit, il a appris avec douleur qu’elle a été contrainte d’en épouser un autre. Adam réalise que la guerre a non seulement tué des êtres, elle a aussi tué ses rêves de jeunesse. De chagrin, il a quitté sa Kabylie natale et est retourné à Paris, où depuis il dirige une tannerie aux côtés d’Elvire, une femme juive dont le père a disparu pendant la guerre.

Une guerre qui n’a pas seulement redessiné la carte géographique, mais qui a aussi redessiné les esprits. Les soldats coloniaux, comme Adam, ont pris conscience qu’ils pouvaient mettre autant de ferveur et d’énergie à défendre leur cause, celle de l’Algérie, qu’ils en ont mis dans cette guerre à défendre une liberté qui n’était pas la leur. Alors Adam décide de passer à l’action, de devenir non plus spectateur mais acteur de l’Histoire. A cette fin, chaque dimanche, à la tannerie, il organise des débats pour voir comment il serait possible de penser à une Algérie sociale, démocratique et plurielle. Mais ces réunions ne sont pas du goût des autorités françaises… Quant à Elvire, éprise d’Adam, son cœur se met à vibrer quand elle apprend que son père a survécu à la rafle et est réfugié en Israël, un état où il souhaite qu’elle le rejoigne…

D’audace et de liberté

Avec D’audace et de liberté, paru en ce mois de mai aux éditions Les escales, Akli Tadjer nous offre une suite à la hauteur du magnifique premier tome de cette fresque historique : D’amour et de guerre. Le pari était difficile, tant le premier tome était fascinant, émouvant, passionné (retrouvez la chronique du premier tome en cliquant ici : D’amour et de guerre). Difficile mais réussi haut la plume !

Dans cette fresque historique, Akli Tadjer nous place dans la peau d’un soldat colonial, un jeune berger d’un village de Kabylie, dont les rêves ont été anéantis par la seconde guerre mondiale. Mais si elle a tué ses rêves, la guerre n’a pas tué en lui tout espoir de faire changer les choses. Au contraire, elle les a nourris. Depuis la France, il sent murir en lui des rêves de liberté pour son pays. Une liberté qui nécessite beaucoup d’audace. Mais Adam est un homme de courage et de convictions. Un homme debout.

C’est un roman d’une intensité émotionnelle et d’une tension narrative exceptionnelles. On ne peut qu’être touché par ces personnages dont la petite histoire est emportée par les tourbillons de la grande Histoire. Akli Tadjer sait donner tant de chair à ses personnages, les rendre à ce point vivants, que le lecteur vit à leurs côtés, tremble avec eux, se réjouit, se désole au diapason des personnages. Soyez prévenus, vous n’aurez plus envie de lâcher ce livre, de quitter Adam et les autres. Et cela tombe bien, car un troisième tome est en préparation !

Vous pouvez tout à fait lire ce roman si vous n’avez pas lu D’amour et de guerre, car l’auteur fait les rappels nécessaires à la compréhension de l’histoire. Mais. Mais il serait dommage de ne pas prendre la pleine mesure de ce livre en passant à côté du premier tome, aussi vibrant et puissant que le deuxième. Surtout qu’il est désormais disponible aux éditions Pocket. Alors un conseil : ne vous faites pas juste un mais deux plaisirs, lisez les deux ! Vous m’en remercierez ! 😉

Informations pratiques

D’audace et de liberté, Akli Tadjer – éditions Les Escales, mai 2022 – 20€ – 288 pages

D’amour et de guerre, Akli Tadjer

La seconde guerre mondiale vécue par un soldat colonial. Un roman envoûtant, une histoire d’amour vibrante, où le meilleur de l’homme côtoie le pire.

La seconde guerre mondiale vue par un soldat colonial

Nous sommes en 1942, dans les montagnes kabyles. Du haut de ses 20 ans, Adam, jeune berger algérien, a des rêves plein la tête. Il est fou amoureux de Zina avec laquelle il envisage de se marier. Pour abriter leur amour, il construit lui-même leur maison. Mais une lettre du ministère de la Défense nationale va faire exploser en vol tous ses projets : tout comme son père en 14/18, Adam est réquisitionné. Or il s’était juré sur le lit de mort de son père de ne jamais combattre, traumatisé par le spectacle de la déchéance de son père, rentré brisé intérieurement du front, amputé d’un pied, hanté jour et nuit par les horreurs auxquelles il a assisté. Fidèle à sa promesse de ne jamais tomber pour la France, il décide de fuir et d’emmener Zina avec lui.

Mais les gendarmes les rattrapent. Zina est renvoyée chez son père. Adam est enrôlé de force pour défendre l’honneur de la France envers laquelle son peuple est censé avoir une dette. Lui qui pensait avoir connu l’enfer avec la colonisation, va découvrir le véritable enfer avec la guerre : « La guerre tue les rêves de jeunesse. »

Adam va-t-il survivre aux combats, à l’internement en stalag ? Son amour avec la belle Zina survivra-t-il à la guerre et à l’éloignement ?

Un roman historique et une histoire d’amour fascinants

En ce mois de mai, les éditions Pocket publient le premier tome de la trilogie dAkli Tadjer : D’amour et de guerre. Un roman impossible à lâcher, où l’histoire d’un berger, de sa bien-aimée Zina, de ses copains Tarik et Samuel, de l’instituteur Mr Grandjean, va rejoindre la grande Histoire. Si nombreux sont les livres à évoquer la seconde guerre mondiale, peu de romans choisissent de l’évoquer du point de vue d’un soldat colonial. Comment peut-il faire sien le combat pour défendre la liberté de la France, alors que lui-même n’est pas libre dans son propre pays ? Comment accepter de se sacrifier pour un pays qui ne lui donne pas les mêmes moyens ni ne le traite pareillement que les autres combattants, français de souche ? Et que reçoivent-il comme reconnaissance en retour de leur fidélité et de leurs sacrifices à la France ? Rien.

Avec une écriture d’une grande sensibilité, une humanité qui transparait dans chaque page, Akli Tadjer nous embarque dans son histoire. Et nous invite à réfléchir, en nous glissant dans la peau d’un homme dont le pays est colonisé, sur les sacrifices énormes consentis par ces soldats coloniaux. Et plus largement, sur les ravages de la guerre. Pas d’apitoiement ni de misérabilisme ici : les personnages d’Akli Tadger sont des battants, des personnes avec des idéaux, bons ou mauvais, mais bien décidés à les atteindre. Des êtres indiciblement attachants.

On ressort bouleversé, transporté, ému, chahuté de ce roman, impatient de découvrir la suite, D’audace et de liberté, qui vient de paraitre aux éditions Les escales fin mai 2022.

A découvrir absolument !

Informations pratiques

D’amour et de guerre, Akli Tadjer – éditions Pocket, mai 2022 – 335 pages – 7,70 €

Ce livre fait partie de la sélection du Grand prix des lecteurs 2022

Partir vivre à la campagne

Jeanne les eaux vives

Un roman sur le retour aux sources, à l’essentiel. Ou quand une jeune mère récemment divorcée décide de quitter la ville avec son enfant, pour s’installer à la campagne où elle ne connait personne. Pure folie ou choix salvateur?

Quitter la ville

Jeanne, parisienne, est illustratrice de livres pour enfants. Ces derniers temps, elle perd pied. Son mari, l’homme avec lequel elle se voyait vivre toute sa vie, l’a quittée pour une autre femme, la laissant seule avec leur fille de 8 ans, Emma. Une fille dont il ne s’occupe guère, se rangeant aux désirs de sa nouvelle compagne, laquelle trouve les enfants encombrants. Orpheline et désormais en plein divorce, Jeanne sent la solitude l’étreindre. Seule reste Sophie, sa meilleure amie et confidente.

Quand Sophie l’exhorte à réagir, à se chercher un nouvel appartement dans un autre quartier, Jeanne éprouve soudain une envie plus radicale encore : ne pas seulement changer d’arrondissement parisien mais carrément quitter Paris. Pour la campagne de la Creuse.

Tant qu’à changer de vie, elle veut tout réapprendre, découvrir d’autres modes de vie, d’autres gens, un autre milieu.

Sophie est perplexe : Jeanne n’y va-t-elle pas un peu fort ? Changer tous ses repères, quitter la ville, ne sera-t-il pas au contraire source d’une solitude plus grande encore ? Mais Jeanne s’arc-boute à sa décision et entraine sa fille Emma dans cette nouvelle vie. Cette vie à la campagne répondra-telle à toutes ses attentes ?

Vivre à a campagne

Avec Jeanne les eaux vives, paru en ce mois de mars aux éditions J’ai Lu, Jeanine Berducat nous offre un roman d’une grande tendresse et d’une grande humanité. Une forme de retour aux sources, aux choses simples de la vie, à l’humain. En s’installant à la campagne, Jeanne va découvrir une vie faite de petits bonheurs simples comme l’écoute du chant de la rivière proche, le ramassage des œufs frais, la caresse du soleil, la traite des vaches. Les gens du coin sont de condition modeste, mais généreux et près à s’entraider. L’occasion pour l’enfant et sa mère de nouer des nouveaux liens, de vivre à un autre rythme, de rencontrer l’amitié et même l’amour.

Une ode aux petits bonheurs, au respect de la nature, à la solidarité, à tout ce qui fait la beauté de la vie, à tout ce qui fait sa valeur.

« Le monde a été fait pour les hommes, pour qu’ils y soient heureux et le fassent prospérer. Au lieu de cela, ils l’ont malmené, ont introduit mille maux dont ils souffrent aujourd’hui. Leur désir de toujours posséder plus, de soumettre la nature à leur force, à leur génie, les conduit peu à peu à leur propre perte. »

Informations pratiques

Jeanne des eaux vives, Jeanine Berducat- éditions J’ai Lu, avril 2022- 7,20€ – 254 pages

Solène Bakowski : Il faut beaucoup aimer les gens

Il faut beaucoup aimer les gens Bakowski

Un roman d’une grande humanité, sur les liens invisibles qui relient les êtres, sur le hasard des rencontres qui n’en est pas un. Touchant, addictif, lumineux.

Réparer les vivants

En 2000, alors âgé de 11 ans, Eddy tombe sur le cadavre d’une SDF dans la rue. En attendant les secours, agenouillé près du corps, il se saisit des effets personnels de la défunte, un porte-monnaie et des Photomaton, sans trop savoir pourquoi. Puis il cache son coupable butin derrière une plainte, dans l’appartement de son père.

Vingt ans plus tard, au décès de son père, il vide l’appartement de ce dernier et se souvient de la cachette de son enfance. Il récupère, honteux, les objets de la SDF. Et se promet alors de reconstituer le puzzle de la vie de cette inconnue enterrée sous X, de lui rendre l’histoire qui lui a été confisquée. Pour cela il dispose de peu d’éléments : des photos de la défunte avec une adolescente au dos desquelles est inscrit « Vagalome 1996 ».

Pendant ce temps, comme chaque nuit depuis des années, sous le surnom de Luciole, une femme console les âmes en peine dans son émission de radio. Une émission qu’Eddy a découverte lors de son séjour en prison. Une voix de velours, porteuse d’espoir, qui l’a soutenu. Et qu’il continue de suivre à présent qu’il s’est réinséré comme veilleur de nuit.

L’heure est venue de réparer, d’aller vers la lumière. Muni d’un magnétophone antédiluvien pour enregistrer tous les témoignages, Eddy recherche alors les personnes qui, de près ou de loin, auraient pu croiser l’inconnue.

Un roman lumineux

Avec Il faut beaucoup aimer les gens, paru aux éditions Plon en ce mois de mai, Solène Bakowski nous offre un roman lumineux, d’une grande humanité. Elle sait donner tant de chair à ses personnages, tant de densité, elle sait les rendre tellement vivants, qu’ils crèvent les pages. Impossible de lâcher le roman, de ne pas être happé et ému par le sort de ces êtres cabossés par la vie, qui, bien que dénués de tout, ont un jour tendu la main à l’autre. Eddy, homme solitaire, se métamorphose au cours de l’enquête, se surprend à oser aller vers les autres, à tisser des liens là où seul l’écho de la solitude jusqu’alors lui répondait. En voulant retracer la vie de la défunte, c’est à la vie qu’il nait lui-même vraiment. En donnant vie à cette inconnue au fil des renseignements qu’il glane sur elle, il redonne des couleurs à la vie des témoins.

C’est tendre, émouvant, lumineux. Un roman qui fait du bien, qui réchauffe comme la caresse du soleil sur le visage.

Autres livres chroniqués de Solène Bakowski

Retrouvez en cliquant sur leur titre, les autres romans de Solène Bakowski chroniqués sur le blog :

Informations pratiques

Solène Bakowski : Il faut beaucoup aimer les gens- éditions Plon, mai 2022 – 365 pages – 18€

Le corps, ça sert à quoi?

Le corps ça sert à quoi

Un album jeunesse aux pages joyeusement colorées et vernies, pour apprendre aux enfants à apprivoiser leur corps, à s’accepter et à le considérer comme un outil précieux.

Apprivoiser et prendre soin de son corps

Kalou est une craquante petite koala. Elle est impatiente à l’idée de partir en colonie de vacances au bord de la mer. Mais avant, elle doit passer une visite médicale et force est de constater que depuis la dernière fois elle a bien grandi. Mais pourquoi le corps change t-il tout le temps se demande Kalou? Sans compter qu’elle a du mal à accepter son reflet, trouve les autres toujours mieux qu’elle.

Mais à l’occasion de ses vacances, elle va se rendre compte que grâce à ce corps, elle peut participer à plein d’activités, nager, courir, sauter, sentir, entendre, voir! Et si elle acceptait enfin son corps et apprenait à l’aimer ?

L’enfant et son image

La collection « ça sert à quoi?« , aux éditions Fleurus, s’enrichit d’un nouveau titre consacré au corps. L’occasion pour le petit de réaliser combien ce corps est précieux, tout ce qu’il peut faire grâce à lui. Et ceci est bien plus important que l’apparence! Ou quand l’enfant devient ami avec son corps, respecte ses besoins, s’accepte et cesse de se sentir en infériorité et complexé par rapport aux autres.

Le petit format du livre , ses pages vernies, les illustrations tendres et joyeuses de Nesk, l’histoire très vivante écrite par Sophie Bellier, font de cet ouvrage un livre à mettre entre toutes les petites mains!

Informations pratiques

Le corps, ça sert à quoi? de Sophie Bellier (texte) et Nesk (illustrations)- Collection « ça sert à quoi? »- éditions Fleurus, avril 2022- 4,95€

Roman historique : Le cercle de la rose blanche

le cercle de la rose lanche

Un roman historique fascinant inspiré du groupe de résistance au régime nazi, appelé La rose blanche. Immersion au sein d’un groupe d’étudiants munichois en 1942.

Résistance au régime nazi

Quand Natalya était âgée de 7 ans, sa famille a fui la Russie et Staline pour s’installer en Allemagne, plus précisément à Munich. Mais la paix n’a été que transitoire. La seconde guerre mondiale éclate et Natalya voit peu à peu ses amies juives disparaitre. Décidée à devenir infirmière bénévole, Natalya découvre combien la Croix rouge allemande est une branche puissante du régime nazi. On attend d’elle qu’elle adopte les enseignements du Reich au sujet de la suprématie arienne et qu’elle suive aveuglément Hitler. Des injonctions que Natalya choisit d’ignorer, animée par le besoin impérieux d’être libre. Un esprit de rébellion naissant.

Quand elle part en mission en Russie, elle assiste horrifiée à l’exécution en masse de femmes et d’enfants juifs, ainsi que de prisonniers soviétiques. Marquée à jamais. Puis, de retour à Munich, son père est emprisonné pour oser lire des auteurs interdits. Pour la jeune infirmière, c’est le point de non-retour : elle est décidée à combattre Hitler et ses idées monstrueuses. Elle rejoint alors un groupe d’étudiants résistants, au sein de la rose blanche.

Commencent des missions hautement risquées, comme le rédaction et l’impression de tracts, l’inscription de slogan anti-hitlériens sur les façades. Cette poignée d’étudiants parviendra-t-elle à faire basculer l’opinion publique allemande ? Natalya et ses amis échapperont-ils à la gestapo lancée à leurs trousses ?

Un roman historique addictif

Avec Le cercle de la rose blanche, paru chez City éditions en ce mois de mai, V.S. Alexander revient sur une page importante de l’histoire : la formation du groupe de résistance au régime nazi, la rose blanche, en 1942, à Munich, berceau du national-socialisme. Ce groupe force l’admiration par le courage de ses membres : des étudiants et amis, qui, par le biais de tracts, de slogans tagués sur les murs, s’opposent aux doctrines hitlériennes. Les résistants appellent à une prise de conscience collective et invitent la jeunesse du pays à se mobiliser.

Natalya est un de ces membres. Un beau personnage féminin, fougueux, passionné, avec des convictions fortes, qu’elle défend envers et contre tout. Mais à qui faire confiance en ces temps de délation, de suspicion, d’exécutions arbitraires ? Un roman au suspense permanent, véritable page-turner, qui de surcroit informe sur cette page trop peu connue de l’Histoire.

V.S Alexander est l’auteur de romans historiques mettant en scène des personnages féminins de caractère aux destins particuliers, avec notamment son best-seller A la table d’Hitler, publié en 2011.

Informations pratiques

Le cercle de la rose blanche, V.S. Alexander – City éditions, mai 2022 – 413 pages – 20,90€

Rencontre avec Akli Tadjer

Cette semaine, Akli Tadjer fait l’objet d’une double actualité : la parution de son roman « D’amour et de guerre », aux éditions Pocket. Et sa suite « D’audace et de liberté », aux éditions Les escales. Rencontre avec un homme aussi chaleureux que talentueux.

Des personnages qui sont parties prenantes de l’Histoire

Akli Tadjer : Ce qui m intéresse, c’est de raconter l’histoire des gens que l’on croise dans la rue et qui s’inscrit dans la grande  machine de l’Histoire. . Soit ils font avec, sont passifs, soit ils se transcendent et décident d’être acteurs de l’Histoire. L’intérêt du romancier, c’est de rendre tous ses personnages acteurs de l’Histoire, qu’ils soient bons ou mauvais, mais qu’ils soient investis.

Votre ambition à travers D’amour et de guerre

Mon ambition, c’ est de raconter la période de la guerre 39-45, mais du point de vue d’un soldat colonial. Il y a beaucoup d’ouvrages, de romans sur la seconde guerre mondiale, mais ils sont peu nombreux à adopter cet angle de vue. Le regard est ici différent : ces soldats vont défendre une liberté qui n’est pas la leur et qu’ils n’ont pas davantage chez eux comme ils sont colonisés. En plus, ils combattent, avec des moyens qui ne sont pas ceux des soldats français (vieilles armes, équipements hors d’âge…).

Ces deux guerres mondiales ont eu un impact important et particulier sur les soldats coloniaux, comme le montre ce roman D’amour et de guerre

Au sortir de seconde guerre mondiale, le monde n’était plus pareil. A la fois car la géographie avait changé, mais aussi et surtout, parce que le regard de ceux qui ont combattu avait changé. Les soldats coloniaux sont revenus avec un autre état d’esprit.

…, avec l’idée qu’ils pouvaient prendre leur destin en main, combattre pour défendre leur propre cause aussi.  

Oui, en l’espace de quelques mois, quelques années, ils ont pris 20 ans, ils ont vécu 50 vies.

De guerre, certes, mais d’amour aussi

Oui, il est aussi question d une histoire d amour

..un peu impossible

Oui,  car ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, c’est d’un intérêt limité (rires).

Vos personnages féminins sont libres et modernes

Oui, surtout dans le tome deux D’audace et de liberté (éditions les escales, mai 2022). Ce sont les audacieuses du roman. .

Dans le tome deux de votre trilogie, les personnages deviennent acteurs de l’Histoire, alors que dans le premier tome, ils subissent cette dernière

Oui, Adam cesse de subir dès la fin du premier tome, quand il s’évade du Frontstalag . Il croyait jusque là que la colonisation c’était l’enfer, mais il découvre que ce n’était rien à côté de ce qu’il endure en tant que prisonnier des nazis. Et il va continuer et devenir encore plus acteur dans le tome deux.

La voie d’Adam semblait en effet toute tracée, avec sa maison construite, Zina qu’il allait épouser. Et la guerre l’a dévié de sa trajectoire.

Oui, Adam subit la guerre au départ. Mais vient un moment où il refuse ce destin et décide de s’évader du camp. Adam n’est pas un personnage qui suscite la pitié, il n’y a pas de misérabilisme. C’est un homme qui agit.

Si vous souhaitez vibrer, vous immerger dans l’Histoire avec un regard neuf, être l’otage d’une lecture en apnée, être transporté, bouleversé, alors plongez sans plus attendre dans ces deux livres : D’amour et de guerre (éditions Pocket, mai 2022) et sa suite D’audace et de liberté. Deux romans d’une vibrante humanité et d’une sensibilité à fleur de plume.