Les dernières heures, Ruth Druart

les dernières heures

Après L’enfant du train, Ruth Druart nous revient avec un roman tout aussi envoutant : Les dernières heures. L’histoire passionnante d’un amour interdit au cœur de la seconde guerre mondiale.

Un amour interdit au cœur de la seconde guerre mondiale

Paris, printemps 1944. Quand Elise, jeune française, croise Sebastian, un officier du Reich, elle ne lui prête aucune attention. Et pour cause, il porte l’uniforme honni. Dans la clandestinité, Elise vient en aide aux enfants de l’orphelinat juif. Officiellement, elle leur apporte des vêtements issus de dons. Officieusement, elle aide ces enfants à rejoindre un réseau de passeurs à même de les exfiltrer, pour leur éviter d’être déportés vers le camp de Drancy. Mais cela, chacun l’ignore, y compris sa propre mère, qui se fait déjà un sang d’encre depuis que son mari a été fait prisonnier en Allemagne. Porter l’uniforme nazi n’est pas toujours un choix, ni l’expression d’une adhésion aux valeurs du Reich. C’est ce qu’Elise va découvrir avec surprise.

Printemps 1963, en Bretagne. Elise élève seule sa fille Joséphine, hébergée dans la ferme de Soizig en Bretagne. De son père, Joséphine ne connait que peu de choses, hormis qu’il s’agissait d’un certain Frédéric, fusillé pendant la guerre. Alors que se prépare un voyage scolaire à l’étranger, Joséphine a besoin de fournir un extrait d’acte de naissance. A l’insu de sa mère, elle fouille dans les papiers et découvre avec stupéfaction que son existence est basée sur un terrible mensonge. Après 18 années de non-dits, de secrets de famille, Joséphine est bien décidée à découvrir la vérité, quitte à mener sa propre enquête sans l’accord de sa mère.

Un roman d’amour sur fond historique

Les fidèles de ce blog se souviennent de L’enfant du train (chronique) plébiscité ici. Ruth Druart nous revient avec un deuxième roman tout aussi passionnant, un véritable page-turner : Les dernières heures, chez City éditions. Scindé en de très courts chapitres qui impulsent au texte un rythme très soutenu, le roman alterne entre deux époques : celle de la seconde guerre mondiale, à la veille de la libération et le début des années 60 en province. Deux périodes au cours desquelles on retrouve les personnages, avec un grand mystère qui entoure leur vie depuis la fin de la guerre. Peut-on aimer librement dans un pays occupé ? Porter l’uniforme allemand est-il un choix et la marque d’une adhésion aux valeurs du Reich ? Ruth Druart montre qu’on ne peut pas faire deux camps de façon manichéenne, avec d’un côté les méchants allemands, de l’autre les gentils français. Mais si Elise prend conscience de la bonté de cet officier allemand, de la confiance qu’elle peut avoir en lui, du soutien qu’il peut lui apporter, que peut-elle face à la fureur de la population, à son désir d’en découdre avec l’ennemi et avec les femmes qui ont osé collaborer avec lui ?

Ruth Druart entretient le suspense avec brio, crée une intimité extraordinaire entre ses personnages et le lecteur, de sorte que l’on vit au diapason des personnages, fébriles en tournant les pages, aussi impatients que Joséphine de faire la lumière sur cette histoire d’amour.

Un coup de cœur !

Informations pratiques

Les dernières heures, Ruth Druart- City éditions, juin 2022 – 464 pages – 22€

Rentrée littéraire : Aucune terre n’est la sienne, Prajwal Parajuly

Un recueil de nouvelles entre tradition et modernité, qui nous offre une immersion fascinante dans le quotidien de la société népalaise issue de la diaspora. Un voyage aux mille parfums, mâtiné d’un humour grinçant.

Recueil de nouvelles

Ce recueil nous propose huit nouvelles très touchantes, dans lesquelles tradition et modernité s’affrontent, se confrontent. La société népalaise issue de la diaspora s’est implantée dans divers pays à travers le monde. Mais qu’emporte-t-on avec soi ? Que signifie avoir l’identité népalaise ? Le fil rouge de ces nouvelles est la lutte que doivent mener ces népalais expatriés contre les discriminations en tous genres dont ils sont victimes (discriminations liées à la caste, à la classe sociale, au sexe, à la religion…). L’exploitation d’une domestique et le droit des femmes au divorce dans Le bec de lièvre, le mariage entre ethnies différentes dans Un sujet qui fâche, sont quelques-uns des combats menés et exposés de façon très vivante ici. Des nouvelles édifiantes sur le mode de vie d’une population dont la littérature parle peu.

Entre tradition et modernité dans la société népalaise

Les éditions Emmanuelle Collas nous proposent un voyage passionnant en cette rentrée littéraire, avec le recueil de huit nouvelles de Prajwal Parajuly, Aucune terre n’est la sienne. Un recueil qui nous immerge dans le quotidien des népalais de la diaspora, réfugiés en Inde, au Bhoutan, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou ailleurs. Quelle est l’identité de ces expatriés ? Sont-ils plus ou moins népalais que ceux qui ont pu rester au pays ? Quel poids conservent les traditions en dehors du pays ? Parmi ces huit textes d’une quarantaine de pages, d’un festival religieux hindou à Darjeeling à la réussite d’un immigré népalais à Manhattan, en passant par le conflit entre une veuve attachée aux traditions et sa jeune belle-sœur revendiquant le droit au divorce, j’ai une affection particulière pour la nouvelle intitulée Les immigrés. L’auteur nous dépeint la condition de ces expatriés avec beaucoup de sensibilité et de finesse, mais aussi un humour parfois caustique et particulièrement délicieux.

Un ouvrage à part, qui ouvre le regard sur une population d’expatriés dont on parle peu et évoque l’exil avec perspicacité et causticité.

Informations pratiques

Rentrée littéraire : Aucune terre n’est la sienne, Prajwal Parajuly- éditions Emmanuelle Collas, septembre 2022- 288 pages – 19€

Rentrée littéraire : Mon acrobate, Cécile Pivot

Mon acrobate, Cécile Pivot

Un roman d’une grande pudeur, d’une extrême délicatesse, sur un couple qui doit faire le deuil de sa fille unique. Une histoire bouleversante de combat, de reconstruction. D’amour. Magnifique…

Survivre au décès de son enfant

C’est avec un sourire jusqu’aux oreilles que la petite Zoé avait quitté ses parents, Etienne et Izia, pour aller passer quelques jours de vacances avec sa meilleure amie et les parents de cette dernière. C’est sans vie qu’ils la reverront, renversée par un chauffard en état d’ivresse sur le lieu de vacances. Le sol s’ouvre alors sous leurs pieds. Comment survivre à la perte de son enfant ? Comment accepter l’inacceptable ? Zoé, leur petite fille si singulière, si facétieuse, pleine de vie, n’est plus.

Face à leur insondable chagrin, chacun réagit à sa manière. Izia fait de la chambre de Zoé un sanctuaire dans lequel elle passe ses journées, prostrée sur le lit de sa fille à respirer son odeur. Etienne, lui, se plonge dans le travail pour ne pas sombrer, et veille sur Izia comme sur une malade. Des attentions qui, au lieu de l’émouvoir, l’exaspèrent. Car elle n’a qu’une envie, rester seule avec les souvenirs et les affaires de Zoé. Alors le couple, bien que toujours aussi amoureux, décide de se séparer. Izia reste dans l’appartement, tandis qu’Etienne quitte Paris et s’installe à la campagne. Mais chaque jour, il reste présent à sa manière, adresse des photos du coucher de soleil face à lui à sa femme, des attentions pour lui montrer qu’il demeure là, mais aussi qu’elle lui manque.

Izia, sort de sa léthargie le jour où elle entend à la radio un homme endeuillé faire part de sa difficulté à trier les affaires de la défunte. Izia sent qu’elle tient là une idée, un projet à même de la tirer vers la vie : elle va monter une petite entreprise de déménagement d’un genre très particulier, proposant ses services aux gens endeuillés, qui ont besoin de soutien pour savoir que garder, donner, jeter, ou vendre. Elle se sentira davantage à sa place auprès de ces proches endeuillés que des gens joyeux et légers.

L’amour plus fort que tout

En cette rentrée littéraire, Cécile Pivot nous offre un roman aussi bouleversant que délicat, Mon acrobate, aux éditions Calmann-Lévy. Ne soyez surtout pas effrayés par le thème. Certes, il est question de la mort d’un enfant, du deuil le plus inhumain qui soit. Mais, et c’est là le véritable tour de force de l’auteure, ce livre est tout sauf morbide. C’est un roman sur la reconstruction, sur le retour à la vie, le retour à la lumière. Un roman sur l’amour. L’amour des parents pour leur enfant, mais aussi l’amour au sein d’un couple, l’amour de la vie. Car c’est bien la force des sentiments qui unit Etienne et Izia qui les maintient debout, malgré la souffrance, malgré l’impossible retour de leur fille. Un amour à même de panser les plaies, de leur permettre de mettre un pied devant l’autre et d’avancer. Malgré tout.

C’est un roman d’une grande pudeur, d’une infinie délicatesse, d’une sensibilité à fleur de plume, qui fait frissonner l’âme. Un roman impossible à oublier…

Informations pratiques

Mon acrobate, Cécile Pivot – éditions Calmann-Lévy, aout 2022- rentrée littéraire – 256 pages – 19,50€

Les 4 prochains livres sur le blog

On continue la découverte de la rentrée littéraire 2022 avec quatre et non pas trois livres la semaine prochaine, en littérature adulte et jeunesse.

On commence la semaine avec ce roman d’une déchirante beauté de Cécile Pivot aux éditions Calmann-Lévy : Mon acrobate. Un roman d’une grande pudeur, d’une extrême délicatesse, sur un couple qui doit faire le deuil de sa fille unique. Une histoire bouleversante de combat, de reconstruction. D’amour.

Mercredi, jour des enfants, ce sera l’occasion de leur faire découvrir cet album publié par les éditions Larousse jeunesse : A toi de choisir : copain ou pas copain ? Un livre interactif pour apprendre à votre enfant à nouer des amitiés saines, à savoir reconnaitre parmi ses camarades lesquels sont de bons amis. Pour savoir bien s’entourer. Un gros coup de cœur ! ❤ Pour enfants de 2 ans et plus.

Jeudi, on s’envolera pour l’Inde avec Aucune terre n’est la sienne, de Prajwal Parajuly, aux éditions Emmanuelle Collas. Un recueil de nouvelles entre tradition et modernité, qui nous offre une immersion fascinante dans le quotidien de la société népalaise issue de la diaspora. Un voyage aux mille parfums, mâtiné d’un humour grinçant.

Enfin, vendredi ce sera un voyage historique aux côtés de Ruth Druart, auteure de L’enfant du train, qui nous revient avec Les dernières heures chez City éditions. L’histoire passionnante d’un amour interdit au cœur de la seconde guerre mondiale.

Dans l’attente de découvrir ces quatre livres de la rentrée, passez un excellent dimanche !

Rentrée littéraire : Les sacrifiés, Sylvie le Bihan

Les sacrifiés Sylvie le Bihan

Un portrait passionné et passionnant de l’Espagne des années 20, à travers quatre personnages qui se sacrifient par amour. Un roman d’une densité et d’une puissance évocatrices rares.

L’Espagne des années 20.

Juan Ortega est un jeune gitan de Séville âgé de 15 ans. Rattrapée par la famine, sa famille, qui élève des taureaux de combat, n’a pas d’autre choix que de se séparer de ce garçon si doux et courageux pour avoir une bouche de moins à nourrir. Il n’ira pas dans l’arène comme certains grands noms de sa famille, mais aux fourneaux. Le grand torero Ignacio Sanchez Mejias l’embauche en effet dans sa propriété madrilène comme cuisinier, domaine dans lequel Juan excelle. Peu à peu, Juan prend une place de plus en plus grande auprès du maestro : de simple cuisinier, il devient l’ami, le confident. Et de suivre son maitre dans tous ses déplacements, d’être son conseiller et protecteur. C’est donc tout naturellement qu’il est présenté à la maitresse d’Ignacio : une danseuse de flamenco qui incarne la grâce et l’intelligence, la vie dans toute son intensité. La belle et flamboyante Encarnacion. La Argentinita. Pour Juan, le coup de foudre est immédiat, aussitôt accompagné d’un sentiment d’interdit. Il ne peut pas trahir son maitre, convoiter un cœur déjà pris. Mais comment vivre au quotidien aux côtés de la maitresse de son mentor, d’une femme dont on est tombé éperdument amoureux ? Il va lui falloir se sacrifier, taire ses sentiments. Sans compter qu’Encarnacion a le cœur qui bat aussi pour un poète, Federico Garcia Lorca. Alors l’espoir de Juan est réduit à zéro ou presque. Aux côtés de ces êtres passionnés, prêts à donner leur vie pour leur passion, Juan découvre une vie culturelle et artistique foisonnante du Madrid des années 30. Un nouvel univers s’ouvre à lui.

Un roman de passions

Avec Les sacrifiés paru en cette rentrée littéraire aux éditions Denoël, Sylvie le Bihan nous offre une fresque romanesque et historique époustouflante, servie par une plume d’une remarquable fluidité. On y côtoie des figures historiques célèbres tels Garcia Lorca, Ignacio Sanchez Mejias, Encarnacion Lopez Julvez, Salvador Dali, Pablo Picasso ou encore Jean Moulin. On suit les personnages de Séville à Madrid, de New-York à Paris, sur fond de petites et de grandes tragédies, de guerre civile et de seconde guerre mondiale. C’est toute l’âme de l’Espagne qui est ici restituée, avec la corrida, le culte des toréros, la créativité et le partage d’idées avant-gardistes de la Génération de 27. C’est dense, foisonnant, passionné, tragique et magique.

Un roman dont la mélodie du texte emprunte ses notes au flamenco, incarnant avec puissance la joie, la tristesse, l’amour et la souffrance. Un magnifique roman!

Informations pratiques

Les sacrifiés, Sylvie le Bihan- rentrée littéraire – éditions Denoël, aout 2022 – 384 pages – 20€

Rentrée littéraire : Crédit illimité, Nicolas Rey

crédit illimité Nicolas Rey

Un roman délicieusement immoral, savoureux cocktail d’humour féroce, d’amour, de folie douce et d’humanité. Un gros coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Plan de licenciement versus empathie

Diego Lambert, sympathique quinquagénaire, se retrouve sans un sou. Interdit bancaire, saisie de son appartement, fichage à la Banque de France, il est ruiné. Ultime recours : s’adresser à son père, richissime directeur d’une multinationale de céréales.

Mais ce père, roi de la manipulation, n’entend pas l’aider sans contrepartie. Et de lui proposer un pacte : 50 000€ en l’échange d’un remplacement au poste de DRH d’une de ses entreprises. Rien d’insurmontable à priori pour notre quinqua. Mais en réalité son travail va consister à appliquer le plan de licenciement décidé par son père, à se débarrasser de 15 loyaux employés dans une région sinistrée par la crise. Un travail ingrat et terrible humainement. Diego décide pourtant d’accepter le marché…mais va le mener comme lui le conçoit. Cela fera-t-il l’affaire de son père?

Un roman jubilatoire

C’est un roman absolument jubilatoire que nous offre Nicolas Rey avec Crédit illimité en cette rentrée littéraire des éditions Au diable Vauvert. Un roman qui mêle avec dextérité l’altruisme, l’empathie, la cruauté, l’amour, la folie, la tendresse et un inénarrable humour. A l’heure des plans sociaux, des licenciements et fermetures d’entreprise, comment rester insensible au sort des employés, qui du jour au lendemain, se retrouvent sans revenus et sans perspective de réembauche ? Comment leur expliquer qu’on doit se séparer d’eux alors que l’entreprise réalise de conséquents bénéfices ? Diego n’a pas le cœur à cela. En revanche, il a le cœur qui bat pour sa psychologue, même si la déontologie condamne ce genre de relations. Entre ce que les actionnaires souhaitent, ce que la déontologie permet et ce que sa profonde humanité lui dicte, le cœur de Diego ne balance pas. Il sait ce qui est humainement acceptable et entend vivre conformément à ses valeurs, que la société l’accepte ou non.

Un roman impossible à lâcher, pétillant et énivrant comme du champagne, dont on s’attache farouchement au personnage. Un gros coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Informations pratiques

Rentrée littéraire : Crédit illimité, Nicolas Rey – éditions Au diable Vauvert, août 2022- 18€ -224 pages

The cry, Helen Fitzgerald

the cry

Un thriller haletant sur la descente aux enfers d’un couple dont le bébé de 9 mois est découvert mort à leur descente d’avion. Accident ? Manipulation perverse ? Mort naturelle ? Un véritable page-turner.

Accident ou manipulation perverse ?

Pendant le vol à destination de Melbourne, Joanna s’est fait remarquer avec son bébé de neuf mois dont rien ne semblait calmer les pleurs. A ses côtés, son mari Alistair dormait tranquillement, non conscient de son désarroi et des regards outrés de nombre de voyageurs sur son épouse. Une mère visiblement épuisée, dépassée par les évènements se souviendront les passagers. Cela en fait-il une mère criminelle pour autant ?

Car à leur descente d’avion, les parents réalisent soudain que le petit ne fait plus de bruit. Et pour cause, il est décédé dans son porte-bébé… Que s’est-il passé ? Un accident sous le coup de la fatigue physique et nerveuse ? Une mort naturelle ? Ou un meurtre avec préméditation ? Paniqué, le couple décide alors de camoufler le décès de leur enfant. Un mensonge destiné à protéger qui ? Les médias s’emparent alors de l’affaire. Le public, fasciné par ce fait divers, est avide de découvrir la vérité…

Un thriller haletant

Soyez prévenus : vous ne pourrez plus lâcher The cry d’Helen Fitzgerald, une fois la lecture commencée. La romancière excelle à entretenir le suspense, à maintenir la tension narrative constante et jubile à jouer avec les nerfs du lecteur. Scindée en de très courts chapitres, l’intrigue suit un rythme rapide, multiplie les points de vue au sujet du couple. Ce père de famille, homme politique en vue, est-il aussi lisse qu’il parait ? Cette mère énervée après son bébé hurlant, incapable de l’apaiser, est-elle une mauvaise mère ? Ou les apparences sont-elles terriblement trompeuses ?

Un thriller captivant !

Informations pratiques

The cry, Helen Fitzgerald – éditions J’ai lu, mai 2022 – 380 pages

Rentrée littéraire : La revanche des orages, Sébastien Spitzer

la revanche des orages

Comment vivre avec une térébrante culpabilité, celle d’avoir participé à la mort de 60 000 personnes, lors du bombardement d’Hiroshima ? Le portrait d’un pilote de bombardier américain, embarqué dans une tragédie qui le dépasse. Un magnifique roman inspiré de faits réels.

Pilote bombardier à Hiroshima

Anna, jeune comédienne italienne, est amoureuse d’un pilote bombardier de l’aviation américaine, Eatherly. Un homme qui a tout d’un héros shakespearien, se dit Anna. Et d’imaginer leur vie, tandis qu’il reviendra du combat bardé de gloire et d’honneurs, dans une jolie maison de la côte Ouest avec un beau jardin. Pour l’heure Eatherly n’est qu’un simple pilote dont les missions se déroulent toujours loin du front, à sa grande déception. Jusqu’à ce jour où, avec une poignée de collègues, il est embarqué dans l’opération la plus importante de sa vie. La plus marquante de l’Histoire. Mais les teneurs de cette opération sont gardées secrètes. Tout juste sait-il que l’armée américaine a mis au point un « gadget » redoutable. Une arme monstrueuse.

Et pour cause, il s’agit de la première bombe atomique, celle qui sera larguée sur Hiroshima.

Pendant ce temps, Anna est venue habiter au Texas, dans la ferme de ses beaux-parents. Une vie bien loin des applaudissements de la scène, des grands auteurs qui la font rêver, de son mari pilote envoyé en mission. Mais elle consent à ce sacrifice, convaincue qu’l va revenir en héros et que le meilleur les attend.

Or quand le major Eatherly rentre de mission, que tous célèbrent la reddition du Japon, il s’effondre intérieurement. Le début de la descente aux enfers commence pour un héros qui se sent davantage un zéro.

Survivre avec le remords

C’est un magnifique roman que nous offre Sébastien Spitzer en cette rentrée littéraire des éditions Albin Michel, avec La revanche des orages. Une fois encore, avec un talent fou, l’auteur inscrit l’histoire d’un homme dans la grande Histoire. Celle d’un pilote embarqué dans une mission qui le dépasse, rattrapé par le remords à peine cette mission exécutée. Ces 60 000 morts le hantent jour et nuit, comme cette voix d’une victime d’Hiroshima qui s’infiltre dans ses pensées. Était-il nécessaire de commettre tous ces crimes ? Comment survivre avec le remords, avec tous ces cadavres sur la conscience ? Comment continuer à vivre avec un doute aussi corrosif ? Comment les autres peuvent-ils en voir en lui qu’un héros alors qu’il est un voleur de vies ?  Mutique, prostré, sujet à des hallucinations auditives, il passe des années au dispensaire militaire de Waco à son retour d’Hiroshima. Avec beaucoup de finesse, l’auteur nous entraine dans cette bascule, celle d’un pilote traumatisé mais aussi celle de sa famille dont l’image de héros se brise pour ne laisser que souffrance et désillusions.

Un roman passionnant. Magnifique.

Informations pratiques

La revanche des orages, Sébastien Spitzer – rentrée littéraire – éditions Albin Michel, aout 2022 – 21,90€- 395 pages

Autres romans de Sébastien Spitzer

Retrouvez en cliquant sur le titre, les autres romans de Sébastien Spitzer chroniqués sur ce blog :

Prix Renaudot 2022 : première sélection

La saison des prix littéraires bat son plein. Le jury du Prix Renaudot a retenu hier en première sélection 15 romans et 11 essais de cette rentrée littéraire.

Catégorie «Romans» :

Emma BECKER – L’Inconduite, Albin Michel

Grégoire BOUILLIER – Le Cœur ne cède pas, Flammarion

Antoine CHOPLIN – Partie italienne, Buchet-Chastel

Sandrine COLLETTE – On était des loups, JC Lattès

Nathan DEVERS – Les Liens artificiels, Albin Michel

Sybille GRIMBERT – Le dernier des siens, Anne Carrière

Hubert HADDAD – L’Invention du diable, Zulma

Claudie HUNZINGER – Un chien à ma table, Grasset

Sylvie LE BIHAN – Les Sacrifiés, Denoël

Simon LIBERATI – Performance, Grasset

Laurence NOBECOURT – Opéra des oiseaux, Grasset

Christophe ONO DIT BIOT – Trouver refuge, Gallimard

Michel QUINT – La Printanière, Serge Safran

Yves RAVEY- Taormine, Minuit

Monica SABOLO – La Vie clandestine, Gallimard

Catégorie «Essais» :

Anne AKRICH – Le Sexe des femmes, Gallimard

Philippe BORDAS – Le Célibataire absolu, Gallimard

Guillaume DURAND – Déjeunons sur l’herbe, Bouquins

Raphaël GAILLARD – Un coup de hache dans la tête, Grasset

Iégor GRAN – Z comme zombie, POL

Lola LAFON – Quand tu écouteras cette chanson, Stock

Jean-Paul MARI – Oublier la nuit, Buchet-Chastel

MINH TRAN HUY – Un enfant sans histoire, Actes Sud

Benoît PEETERS – Robbe-Grillet, l’aventure du Nouveau Roman, Flammarion

Jean-Claude PERRIER – Le Photographe de Notre-Dame, Le Cerf

Olivier PHILIPPONNAT – Géographie des peuples fabuleux, Buchet-Chastel

Rentrée littéraire : Caroles Fives, Quelque chose à te dire

J'ai quelque chose à te dire Fives Carole

Quand une lectrice, elle-même auteure, pénètre dans l’intimité de la romancière qu’elle admire plus que tout au monde, la réalité dépasse alors la fiction. Qui manipule qui ? Un thriller troublant.

Dans l’intimité d’une auteure

Béatrice Blandy n’a écrit que cinq romans, avant sa disparition prématurée des suites d’un cancer foudroyant. Cinq romans qui ont marqué le monde littéraire et surtout une de ses lectrices : Elsa Feuillet. Elsa Feuillet est en effet une grande admiratrice de Béatrice Blandy, dont elle connait presque par cœur les œuvres, des œuvres dont elle s’identifie tellement aux personnages, qu’ils semblent lui parler, la guider dans son quotidien.  Quand elle apprend le décès de la célèbre romancière sur le net, elle se sent redevable envers elle, ses œuvres lui ont tellement apporté ! Aussi, romancière elle-même, le succès en moins que son idole, elle décide de la citer en exergue de son nouveau roman. C’est alors que le mari de la défunte romancière la contacte. Il a lu son livre, se dit touché qu’elle ait fait référence à Béatrice et lui propose de venir déjeuner avec lui, dans son appartement parisien. Elsa, qui n’avait jamais rencontré la grande romancière, va alors pénétrer dans l’intimité presque sacrée de son appartement, de son bureau d’écriture. Commence alors une mésaventure digne de la plus grande fiction, dont elle va devenir le personnage principal. Mais sera-t-elle aussi l’auteure de cette histoire, ou tout est-il déjà écrit ?

Un thriller troublant de Carole Fives

En cette rentrée littéraire, c’est un vrai bonheur de retrouver la belle plume de Carole Fives, aux éditions Gallimard avec J’ai quelque chose à te dire. Cette fois, la romancière nous embarque dans un thriller au sein du monde littéraire. Plagiat, écriture à quatre mains, stratégie éditoriale, médias, succès, elle nous plonge dans ce milieu très fermé de la création littéraire. Et joue avec le lecteur : l’héroïne est-elle victime d’une histoire qui la dépasse ? Ou est-elle l’instigatrice de sa vie ? Peut-elle s’approcher dangereusement près de la défunte romancière qu’elle admirait tellement, sans se brûler les ailes ? Peut-on admirer quelqu’un sans chercher à l’imiter ? Où s’arrête l’influence d’une personne admirée ? Quelle est la frontière entre influence et plagiat ?

On se laisse totalement embarquer par l’histoire d’amour et de création et…surprendre par la chute.

Un beau roman de cette rentrée littéraire !

Informations pratiques

Rentrée littéraire : Caroles Fives, Quelque chose à te dire – éditions Gallimard, août 2022 – 168 pages – 18€