Nina WÄHÄ : L’adolescence est un âge où à la fois tout est possible et rien n’est possible.

Nina Waha

Nina WÄHÄ, jeune auteure suédoise, nous parle de son roman paru en septembre aux éditions Robert Laffont « Au nom des miens », roman figurant dans la première sélection du Prix Fémina étranger 2021. Un roman polyphonique enivrant, déroutant, porté par une voix au ton à la fois féroce et résolument drôle. Rencontre avec la romancière.

Avec Au nom des miens, vous bousculez le genre de la saga familiale

J’adore le théâtre, j’adore Brecht, les voix des conteurs et c’est pourquoi j’aime mélanger les genres.

Vous abordez avec brio les relations familiales, la façon dont chacun perçoit et interprète les évènements, autrement dit il n’y a pas LE souvenir d’un évènement mais des souvenirs de l’évènement

J’ai vécu dans une grande famille avec 6 sœurs de mariages différents. Le souvenir des évènements, même si chacun a vécu le même évènement, est en effet propre à chacun. Chacun l’a vécu à sa façon et le relate à sa façon, différente de celle des autres membres de la famille.

Quand est sorti votre livre en Suède ? Et quels furent les retours ?

Il est sorti en Suède en 2019. Il a très bien marché avec près de 200 000 exemplaires vendus, score qu’atteignent généralement uniquement les polars en Suède. C’est mon troisième roman et si les précédents avaient été salués par la critique, ils n’avaient pas eu beaucoup de succès auprès du public. Avec celui-là, ce fut différent. Et c’est aussi le premier à être traduit en 15 langues dont le français.

Ce roman a d’abord été un recueil de nouvelles ?

Oui, quand j’ai commencé à écrire mon troisième livre, j’avais accumulé pas mal de prises de notes mais cela faisait longtemps, près de dix ans, que je n’avais pas écrit. J’avais donc peur de m’y remettre. Et j’ai pensé que le format de la nouvelle me conviendrait mieux. Je n’imaginais pas écrire un roman aussi long.

Comment procédez-vous pour l’écriture : vous avez l’architecture du roman déjà en tête où vous découvrez au jour le jour où l’écriture vous mène ?

Non, j’ai plein de notes en effet, pas au point d’ouvrir un musée comme la romancière autrichienne Friederike Mayröcker avec les siennes, mais quand je commence un roman, je n’ai pas la structure en tête. J’aimerais l’avoir mais ce n’est pas le cas. J’espère à chaque fois que le résultat final sera correctement structuré. C’est l’univers du roman qui me porte, me guide.

Quels sont vos personnages préférés dans ce livre ?

J’ai une préférence pour les deux adolescents, car l’adolescence est un âge où à la fois tout est possible et rien n’est possible.

Avez-vous un autre roman en cours d’écriture ?

Oui, je termine actuellement mon quatrième roman. Il sortira en Suède au mois de mars.

AU NOM DES MIENS, PRÉSENTATION DU ROMAN

Un roman vibrant et emprunt d’humour noir, à l’écriture incisve.

 » Voici l’histoire de la famille Toimi et de quelques événements qui influèrent de manière significative sur la vie de ses membres. Quand je dis la famille Toimi, je pense à la mère et au père, Siri et Pentti, et je pense à tous leurs enfants, ceux qui vivaient au moment des événements et ceux qui ne vivaient plus. « Toimi’ est un drôle de nom pour une famille. En suédois, le mot signifie « fonctionnel’. Ce serait un drôle de nom pour plus d’une famille. Mais surtout pour celle-ci. Nous passerons le plus clair de notre temps dans la cambrousse. En Tornédalie finlandaise, plus précisément. En réalité, il suffit de savoir cela. Et que les Toimi sont des paysans, que nous sommes au début des années 1980, que Noël approche et que la famille compte beaucoup d’enfants, un peu trop à mon goût. « 

The Rocket Man : en tournée en France!

the rocket man

Ce 21 octobre, j’ai eu le privilège d’assister au concert extraordinaire donné à la salle Pleyel, avant une tournée dans toute la France : The Rocket Man, A tribute to Sir Elton John. INOUBLIABLE.

Elton John, The Rocket Man

Il y a deux ans, le film Rocketman est sorti au cinéma. Il nous racontait le parcours hors-normes d’Elton John, depuis ses premiers succès jusqu’à sa consécration internationale. Que vous ayez vu le film ou regrettiez de ne pas l’avoir vu, sachez que Richard Walter Productions vous offre une chance de vous rattraper avec son spectacle absolument fantastique en tournée dans toute la France : The Rocket ManA tribute to sir Elton John.

Ce concert suit la métamorphose de Réginald Dwight, véritable nom d’Elton John, jeune pianiste réservé au talent fou en une icône de la pop culture mondiale. Pour incarner la star déjantée, avec sa folie, son énergie, sa virtuosité, son charisme, la production a fait appel à Jimmy Love. Et force est de constater que le réalisme est saisissant : la voix, les mimiques, le physique, la gestuelle, la présence scénique, tout vous donne l’impression d’être en présence du véritable Elton.

Deux heures de tubes emblématiques d’Elton John

C’est un concert d’une énergie folle où les minutes passent comme des nanosecondes. Pendant deux heures, voyagez sur les rythmes tantôt endiablés, tantôt romantiques des plus grands tubes d’Elton John depuis le début de sa carrière. De Crocodile Rock à Candle in the Wind en passant par Your Song, Sacrifice et bien sûr Rocket Man, vous vous laisserez transporter par ces chansons inoubliables et interprétées avec brio. L’occasion de mesurer le parcours incroyable et inspirant de ce gamin d’une petite bourgade de province devenu une star mondialement connue et reconnue.

Dates et lieux de la tournée française

AMIENS / ZENITH – JEU 28/04/22 – 20H00CHALONS EN CHAMPAGNE / LE CAPITOLE – VEN 29/04/22 – 20H30AMNÉVILLE / LE GALAXIE – SAM 30/04/22 – 20H30STRASBOURG / PALAIS DES CONGRÈS – MAR 3/05/22 – 20H00MONTBÉLIARD / AXONE – MER 4/05/22 – 20H00DIJON / ZENITH – JEU 5/05/22 – 20H00CLERMONT FERRAND / ZENITH – BEN 6/05/22 – 20H30LYON / AMPHITHEATRE – SAM 7/05/22 – 20H30ORLEANS / ZENITH – MAR 10/05/22 – 20H00RENNES / LE LIBERTÉ – MER 11/05/22 – 20H00NANTES / CITÉ DES CONGRÈS – JEU 12/05/22 – 20H00CHATEAUROUX / LE MACH 36 – VEN 13/05/22 – 18H00BORDEAUX / ARKÉA – SAM 14/05/22 – 20H30NARBONNE / ARENA – DIM 15/05/22 – 18H00NICE / ACROPOLIS – MAR 17/05/22 – 20H00MONTPELLIER / ZENITH – MER 18/05/22 – 20H00TOULOUSE / ZENITH – JEU 19/05/22 – 20H00MARSEILLE / LE SILO – VEM 20/05/22 – 20H00

Pour réserver vos places

Pour réserver vos places lors du passage de The Rocket Man, a tribute to Sir Elton John dans votre ville, cliquez sur ce lien : https://www.rwprod.org/en-tournee-the-rocket-man.

Alors, quelle date avez-vous retenue?

Harlan Coben : Gagner n’est pas jouer

gagner n'est pas jouer

Le maître incontesté du thriller nous revient avec un héros cynique à souhait et une intrigue au suspens implacable.

Meurtre et tableau de maitre

Dans les beaux quartiers de New-York, la police découvre le corps d’un vieil homme, qui vivait en reclus. Surnommé l’Ermite, ce dernier ne sortait mystérieusement qu’une nuit par semaine de son logement. Près de son corps mutilé, un des 35 tableaux peints par Vermeer. Et pas n’importe lequel : un des deux tableaux de maître dérobés à la famille Lockwood il y a une vingtaine d’années. Quand Win Lockwood arrive sur place, il ne peut que le reconnaitre et s’interroger : où est le second tableau? Que fait ce Vermeer chez le vieil homme?

Quant aux tableaux, ils ont été volés quelques mois seulement avant l’enlèvement de la cousine de Win, Patricia, et l’assassinat du père de cette dernière. Retenue en otage dans la « cabane des horreurs  » avec 9 autres jeunes filles entre 16 et 20 ans, brutalisées, violées, elle fut la seule rescapée.

Pas plus qu’on n’a retrouvé les tableaux et les auteurs du vol, on n’a retrouvé les deux hommes responsables des enlèvements suivis de crimes…

Y-a-t-il un lien entre ces deux affaires? Si oui, l’Ermite est-il un des ravisseurs? Quelle est alors l’identité du second? Où est l’autre tableau?

Un suspense implacable

Dans Gagner n’est pas jouer, paru aux éditions Belfond, Harlan Coben choisit un héros qui a tout d’une tête à claques, que l’on ne supporterait pas deux minutes dans la vie, et qui, dans ce roman, est un personnage que l’on se surprend à adorer. Véritable dandy, d’un snobisme ostentatoire, insolent à souhait, cynique à ravir, force est d’admettre que ses réparties quand il s’adresse au lecteur sont justes jubilatoires. Un personnage d’un charisme fou, qui porte littéralement le roman et nous entraine dans le sillage de son enquête, riche en rebondissements.

Un roman à l’intrigue assez complexe comme assez souvent chez le romancier, non dénué d’humour, qui maintient le lecteur en haleine du début à la fin.

Informations pratiques

Gagner n’est pas jouer, Harlan Coben – éditions Belfond , octobre 2021- 397 pages – 27,50 €

Géraldine Dalban-Moreynas : Elle voulait juste être heureuse

Un roman au style incisif sur les relations amoureuses dans notre société actuelle, mais aussi sur le courage d’entreprendre. Percutant. Pertinent.

Famille recomposée, femme décomposée

Tout commençait pour le mieux. Elle a eu beau se répéter qu’elle ne devait pas s’emballer, elle n’a pas pu résister à l’envie prégnante d’y croire. Et il ne lui donnait d’ailleurs que des raisons d’y croire. Trois mois après leur rencontre, les deux quadras décident d’emménager ensemble. Elle avec sa fille, lui avec ses fils. Une famille recomposée, comme il y en a tant de nos jours. Mais très vite la réalité la rattrape. Elle se débat avec les lessives, le ménage, les courses, les repas pour 5, n’a plus de temps libre pour elle, se perd, s’oublie. Mais en silence. Elle accepte son sort, ne veut pas écorner cette image de famille idéale.

Jusqu’à cette fameuse nuit où lui ne va pas juste écorner mais déchirer cette image parfaite : « Nous. Nous deux. C’est fini. » Lapidaire. Assassin.

Il lui faudra du temps pour digérer la rupture, pour accepter de ne pas comprendre ce qui l’a motivée. C’est à Marrakech qu’elle se ressource, loin de lui et du souvenir de leur vie ensemble. Lasse de son poste dans la communication, poste où certes elle gagne bien sa vie mais ne s’épanouit pas, elle décide de prendre un nouveau départ professionnel comme personnel. D’aller chercher le bonheur au lieu de l’espérer à sa porte.

La violence de la société

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Géraldine Dalban-Moreynas, On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), et attendais avec impatience le deuxième. C’est aux éditions Albin Michel, en ce mois d’octobre, que j’ai pu avec bonheur le découvrir. Et mon enthousiasme est demeuré intact à l’issue de cette lecture.

J’ai retrouvé ce style si caractéristique qui m’avait séduite précédemment. Une grande concision, un franc-parler, une tension narrative palpable, une forme d’urgence à vivre, à écrire. Dans ce roman, comme dans le premier, il est question d’amour. Mais pas seulement. La romancière et entrepreneuse dresse de notre société amoureuse actuelle un constat lucide et pertinent : tout s’achète, se vend, sur un clic, une application de smartphone. Y compris les conquêtes. « On se rencontre à l’apéritif, on se dit je t’aime au dessert, on rompt au digestif ». On ne se donne plus le temps de découvrir l’autre, de donner à son couple une chance en cas de coup dur ou de désaccord. On prend, on jette. Et les applications de rencontres, les réseaux sociaux participent grandement à cette évolution, à ce sentiment d’urgence dévastateur.

Amour mais aussi courage d’entreprendre. Ce roman est une invitation à oser concrétiser ses projets, ses rêves, juste parce que l’on veut être heureux. Heureux et pas seulement « non malheureux ». Pas seulement, « plutôt satisfait ». Le parcours de l’héroïne est jalonné d’obstacles, le chemin vers le succès de son entreprise de décoration n’est pas linéaire, impose des prises de risque, des contretemps, des déceptions, mais le bonheur et l’épanouissement personnel sont au bout. Alors, même si le voyage comporte des turbulences, l’envol en vaut la peine, non ? Un roman qui pourrait bien donner l’impulsion aux personnes qui ne se sentent pas à leur place mais hésitent encore à sauter le pas.

Informations pratiques

Je voulais juste être heureuse, Géraldine Dalban-Moreynas – éditions Albin Michel, octobre 2021 – 218 pages – 17 €

Les 3 livres de la semaine prochaine sur le blog!

Demandez le programme! La semaine prochaine, comme chaque semaine, je vous parlerai de mes lectures en littérature adulte comme jeunesse.

Au programme en littérature adulte

  • Je vous parlerai du deuxième roman de Géraldine Dalban-Moreynas dont je vous avais loué « On ne meurt pas d’amour » : « Elle voulait juste être heureuse« , aux éditions Albin-Michel. Un roman au style incisif sur les relations amoureuses dans notre société actuelle, mais aussi sur le courage d’entreprendre. Percutant. Pertinent.
  • Suspense, suspense avec le nouveau roman d’Harlan Coben, aux éditions Belfond : « Jouer n’est pas gagner« . Le maître incontesté du thriller nous revient avec un héros cynique à souhait et une intrigue au suspens implacable.

Au programme en littérature jeunesse

Vous avez ou allez peut-être emmener vos enfants au cinéma voir le film Le loup et le lion. Aussi ils seront ravis de retrouver leurs héros à quatre pattes dans un album et dans un roman parus aux éditions Nathan, tirés du superbe film de Gilles de Maistre. Une histoire d’amour et d’amitié improbable entre un loup, un lion et une pianiste, au cœur de la majestueuse nature canadienne.

Géraldine Dalban-Moreynas : « Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux »

Après l’énorme succès de son premier roman « On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), c’est aux éditions Albin Michel que Géraldine Dalban-Moreynas publie son deuxième livre en ce mois d’octobre : « Elle voulait juste être heureuse ». Rencontre avec la chaleureuse romancière dans le superbe cadre de l’Alcazar à Paris.

Comment est venue l’idée de ce deuxième livre « Elle voulait juste être heureuse » ?

Petit à petit, j’ai commencé à avoir beaucoup de monde à me suivre sur Instagram (compte Insta : Geraldinefromlabutte) et revenait souvent la remarque : « Vous, c’est facile, vous avez claqué des doigts, vous avez acheté un Riad à Marrakech, vous vous êtes mise à vendre des tapis et ça cartonne ». Je me suis dit que j’allais écrire pour démonter un peu ce mythe de petite fille née avec une cuillère en argent dans la bouche, pour laquelle tout a été facile, car ce n’est pas vrai. Et j’avais aussi beaucoup envie de répondre à ces gens qui m’écrivaient et qui me disaient ne pas oser quitter une situation qui ne leur convenait pas.

La notion de bonheur

J’avais envie de dire à travers ce livre : si à un moment donné, vous sentez que vous n’êtes pas à votre place, n’y restez pas. Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux. Si on demande aux gens : ça va ? Ils répondent que ça va, c’est une forme d’encéphalogramme plat. Mais si vous leur demandez s’ils sont heureux, ils ne sont pas capables de répondre, car s’ils s’interrogent vraiment, ils réalisent qu’ils ne le sont pas vraiment. Donc prenez le risque, même si c’est compliqué, raide parfois, pour atteindre cette place où vous pourrez vous dire « là je suis heureux ».

C’est aussi une histoire d’amour

J’avais aussi envie de raconter cette société où il est très difficile d’aimer, surtout passé 40 ans, car avant on est encore un peu naïf. Il y a une violence de la société amoureuse actuelle due aux applis de rencontres, aux réseaux sociaux, à cette société où on peut tout faire en cliquant sur son téléphone. Les sites de rencontre ont apporté une urgence tant dans la rencontre, dans le développement des sentiments que dans la rupture. Tout va hyper vite. On se rencontre beaucoup plus vite qu’avant, on se dit « je t’aime » au bout de 3 jours et on se désaime aussi rapidement.

Un livre qui peut accompagner les gens

Je vois dans les retours, que ce livre peut accompagner les gens, leur donner l’impulsion s’ils ont envie de changer mais n’osent pas sauter le pas en raison de la pression de leur entourage, de peurs diverses.

Delta Blues, Julien Delmaire

delta blues

Un roman ou plutôt un voyage sensoriel au cœur du Mississipi des années 30. Envoutant.

L’enfer sur terre

Nous sommes dans le delta du Mississipi, berceau du blues, dans les années 30. Un état où naitre noir est un véritable fléau. Les bus, les soins, l’électricité sont réservés aux blancs. Les hommes encagoulés du Klu Klux Klan font régner la terreur. Et comme si cela ne suffisait pas, à la dureté du quotidien de la population noire s’ajoute cette année-là une terrible sécheresse. Alors certains, comme Dora, vendent leur corps pour nourrir leur enfant. D’autres, comme Bobby, jouent de la guitare dans les bars.

Mais dans cet enfer, il y a une lueur d’espoir, celle de l’indéfectible amour qui lie Betty et Steve. Tous deux sont jeunes, noirs et pauvres. Mais riches des sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Betty est blanchisseuse, nièce de la sorcière vaudou Saphira.  Une vieille femme qui intercède auprès des dieux pour influer sur le destin des êtres et qui réalise des potions pour soigner ses pairs.

Mais alors que les exécutions sommaires du KKK se multiplient, que les récoltes sont menacées par l’absence de pluie, que des meurtres sont perpétrés la nuit, Betty et Steve se pensent invincibles, portés par leur amour. Raison ou illusion ?

Et puis, il y a la musique. Partout. Tout le temps. Le blues qui console, berce, bat au rythme des récoltes dans les plantations, joué sur les guitares et les harmonicas.

Une immersion totale dans le Mississipi des années 30

Avec Delta Blues, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Grasset, Julien Delmaire nous offre une véritable immersion dans le Mississipi des années 30. Ce n’est pas juste un voyage à travers les mots, à travers le temps et l’espace, c’est un concentré d’émotions, de perceptions, de parfums, de sons, de saveurs, de visions. On vit plus qu’on ne lit au diapason des personnages. Témoin et non juste lecteur, coupé du monde qui nous entoure le temps de la lecture.

L’écriture, très poétique, très mélodieuse est une partition sensorielle sur laquelle s’inscrivent les destins chahutés de cette population noire, mais aussi des métis, des Indiens, des blancs. Une galerie de personnages très riches qui chacun apportent une note différente de la vie d’alors. Un blues de 500 pages envoutant comme les sortilèges de Saphira, qui donne furieusement envie, la lecture terminée, de se plonger dans le blues de Robert Johnson, Willie Brown ou encore Sonny Boy.

Informations pratiques

Delta Blues, Julien Delmaire – rentrée littéraire – éditions Grasset, août 2021 – 500 pages

L’unique goutte de sang, Arnaud Rozan

L'unique goutte de sang

Esclavage, racisme, violence, haine, ou quand le pire loup pour l’homme est l’homme lui-même. Un roman intense et dur.

Haine raciale

Nous sommes dans les années 20 dans le Tennessee, plus précisément à Chattanooga. Un état où le lynchage des noirs est monnaie courante. Sans aucune forme de justice ni de procès.

Les enfants blancs sont élevés dans la terreur du « nègre », comme ce fut le cas pour Janice et Emily. Tandis que les enfants noirs apprennent très tôt à faire profil bas face aux blancs, à ne jamais les regarder dans les yeux, à se soumettre pour éviter les ennuis.

Mais malgré les injonctions parentales, Janice et Emily se piquent de curiosité pour le beau jeune homme noir qu’elles surprennent à se baigner dans la rivière. Et de venir chaque jour l’observer à son insu. Jusqu’au jour où, glissant de leur poste d’observation dans une roncière, Sidney les repère et vole à leur secours.

Mais de retour chez elles les vêtements en lambeaux, c’est une tout autre version qu’elles donnent pour justifier leur sortie hors du périmètre autorisé et l’état de leur robes. Sidney ne les a pas sauvées mais agressées. Il n’en faut pas plus pour qu’une expédition punitive soit organisée. Non seulement ils s’en prennent à Sidney mais aussi à ses parents et à ses deux sœurs. La famille est torturée, massacrée. Seul Sidney survit, miraculeusement épargné par l’adjoint du sheriff, un certain Whyte.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser Whyte, un blanc, à sauver la vie de Sidney ? Quel est le secret qui pèse sur sa conscience ?

Quête des origines

Dans l’unique goutte de sang, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Plon, Arnaud Rozan revient sur cette période sombre de l’histoire où blancs et noirs grandissaient dans la peur de l’autre, où les lynchages de noirs étaient légion. L’esclavage, monnaie courante. A cette époque prévalait the one-drop-rule, la loi de l’unique goutte de sang. Autrement dit, il suffisait d’une seule goutte de sang noir dans l’ascendance d’un blanc, pour qu’il soit classé comme « nègre ». Et donc discriminé, voire violenté et même lynché. Sans le savoir, l’adjoint Whyte et Sidney ont un point commun, ce qui explique la clémence de ce dernier. Un point commun que le lecteur découvre au fil des pages, tandis que de son côté, Sidney tente de se reconstruire et part en quête de ses origines. Mais va surtout trouver l’injustice, la violence et la haine…

Un destin bouleversant, un personnage attachant, sur toile de fond des actions du Klu Klux Klan, des lynchages et des émeutes de l’été sanglant de Chicago. La seule faute de Sidney et de ses frères de couleur ? Etre nés noirs.

Informations pratiques

L’unique goutte de sang, Arnaud Rozan- Rentrée littéraire – Editions Plon, aout 2021 – 18€- 265 pages.

Double Nelson, Philippe Djian

Double Nelson Djian Flammarion

En cette rentrée littéraire, Philippe Djian nous parle d’amour, ou plus exactement, de la renaissance d’un amour.

Fin d’un amour ou nouveau départ

Le livre commence sur un amour qui s’achève. Sur une gifle qu’Edith donne à Luc, l’homme dont elle partage la vie depuis neuf mois. Ils viennent pourtant de passer ensemble des mois intenses, enfiévrés, passionnés. Eux dont les univers sont si différents qu’ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Edith fait en effet partie des forces spéciales d’intervention de l’armée et a toujours l’esprit squatté par une nouvelle mission, mission dont elle ne peut à chaque fois dévoiler que quelques bribes à Luc. Tout en ne vivant, ne dormant, ne parlant que de cela.

Luc, quant à lui, est écrivain. Et, même si cette rupture sentimentale est douloureuse, il sait par expérience qu’elle sera créatrice. Rien de tel qu’une rupture, des tensions, de la colère, pour alimenter l’écriture.

Seulement voilà, alors que l’inspiration lui revient, qu’il pense avoir tourné la page avec Edith comme avec les précédentes femmes de sa vie, Edith resurgit. A la faveur d’une mission qui a mal tourné, elle a besoin de se cacher quelque temps chez Luc. Ce dernier accepte.

Cela va-t-il demeurer une simple cohabitation « amicale », ou cette proximité physique va -t-elle attiser à nouveau les braises de l’amour ? En finit-on vraiment un jour avec nos histoires d’amour ?

L’amour toujours en cette rentrée littéraire

L’amour toujours, c’est un peu la morale du roman de Philippe Djian, Double Nelson, paru chez Flammarion en cette rentrée littéraire. L’amour qui perdure, même au-delà de la rupture, comme une part de soi. Une part de son histoire.

J’avoue avoir un sentiment très mitigé concernant ce roman. Ce ressenti n’est que le mien. Je reste dubitative, ma lecture terminée. J’ai été embarquée par le début du roman, par cette histoire d’amour qui ne se clôt pas vraiment et étais impatiente de voir si les personnages allaient pouvoir se donner une seconde chance. Or ce virage a mis du temps à être pris et entre les deux, un sentiment de vide, de flottement, de stagnation. Je me suis obligée à terminer ma lecture mais ai peiné, peu sensible au caractère loufoque et peu crédible des rebondissements concernant la mission d’Edith, cherchant une tension narrative qui ne venait pas. Je vous laisse donc juge et suis impatiente de connaitre votre avis !

Informations pratiques

Double Nelson, Philippe Djian – rentrée littéraire – Editions Flammarion, août 2021- 232 pages – 20€

Prix Goncourt 2021 : deuxième sélection

Goncourt

Les 9 romans de la sélection du Prix Goncourt 2021

Les quatre finalistes du Prix Goncourt 2021 seront annoncés le 26 octobre prochain. Annonce du lauréat le 3 novembre!

Le jury du Prix Goncourt 2021

L’académie Goncourt, présidée par Didier Decoin, se compose d’Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel et Pierre Assouline.

Nouvelle réglementation du Prix Goncourt

Les membres de l’académie Goncourt annoncent que « ne pourront être retenus les ouvrages des conjoints, compagnons ou proches parents des membres du jury. Il appartient, le cas échéant, à l’académicien concerné d’informer la société de l’existence d’une telle proximité »« C’est pourquoi, le nom de François Noudelman (compagnon de Camille Laurens) a automatiquement disparu de cette deuxième liste », précise le président du jury, Didier Decoin.