Les prochains livres sur le blog

La semaine prochaine, retrouvez sur le blog, comme chaque semaine, des nouveautés littéraires pour adultes comme pour enfants.

Au programme de la semaine à venir

Côté littérature adulte :

  • La fille de Joyce, Annabel Abbs, éditions Hervé Chopin : L’histoire passionnante et terrifiante d’une femme, Lucia Joyce, fille de James Joyce, dont la vie et la passion pour la danse ont été sacrifiées par ses proches. Un roman biographique fascinant et brillant.
  • Mais je vous emmènerai aussi en scooter rencontrer Sonia Dagotor : Le bonheur se cache parfois derrière les nuages, Sonia Dagotor, éditions Robert Laffont. Quand l’amour conjugal s’effiloche, on peut choisir de fermer les yeux, de s’en accommoder. Ou de réagir. Un roman feel-good qui montre que le bonheur est possible à tout âge

Côté livre pour enfants :

  • Je vous ferai découvrir un ouvrage fascinant pour initier vos enfants au monde de l’art : Tout savoir sur l’art, Sarah Hull- éditions Usborne. Qu’est-ce que l’art? Quelles sont les diverses façons de le pratiquer? Comment appréhender un tableau (perspective, ombres et lumières, composition, couleurs, angles de vue)? Qu’est-ce qu’un artiste? L’art doit-il être sérieux, beau, raconter des histoires? Ce sont quelques unes des 45 questions sur l’art auxquelles répond de façon claire et illustrée, Sarah Hull.

Bon dimanche sous le soleil du mois d’août!

Donne-moi la main Menino, Aurélie Delahaye

Donne moi la main Menino

Le combat d’une bande d’amis, pour sauver Lisbonne et ses habitants d’une politique immobilière désastreuse. Un roman engagé, touchant, humain. Une invitation à nous battre pour les causes qui nous tiennent à cœur. Superbe!

Avis d’expulsion et harcèlement immobilier

A Lisbonne, dans le quartier d’Alfama, le vieux Zé est une figure connue et appréciée des jeunes et des moins jeunes. Il a vécu son enfance et son adolescence dans les ruelles d’Alfama et se sent ici chez lui. A quelques rues de là, Menimo, que Zé aime comme un fils, Joséphine la thésarde française et Nuno, se partagent une colocation.

Un jour, Zé reçoit une lettre d’expulsion. Il a un mois pour quitter ce logement certes délabré mais qui représente toute sa vie. Pierre, promoteur immobilier, a bien l’intention de lui faire quitter les lieux, quitte à le harceler. Mais c’est sans compter le formidable élan de solidarité qui se met en place autour de Zé. Vont-ils laisser des promoteurs peu scrupuleux vider Lisbonne de son âme, substituer à ses habitants des touristes de passage et des investisseurs étrangers? Aussi démesuré paraisse le combat, ils n’entendent pas laisser tomber leur ami.

Se mobiliser pour faire changer les choses à Lisbonne

Après le magnifique Embrasser l’inconnu, Aurélie Delahaye nous revient avec un roman tout aussi fort et vibrant : Donne-moi la main Menino, aux éditions Pocket. C’est un roman passionnant à bien des égards. Tout d’abord, il offre au lecteur un regard différent sur la magnifique ville de Lisbonne. Une ville chère au cœur des touristes et trop chère pour les finances des lisboètes. Inaccessible même. Les mesures successives en matière de logement ont conduit à une explosion du montant des loyers, un abandon de l’entretien de nombreux immeubles et à la destruction pure et simple de certains d’entre eux. Des immeubles neufs, des complexes luxueux ont poussé à la place. Quant aux habitations typiques restantes, elles ont été acquises par des étrangers. Moralité, les lisboètes ont dû s’exiler, expulsés de chez eux sans ménagement ni solution de relogement. Et Aurélie Delahaye de s’interroger :  » Pourquoi les étrangers ne voient-ils pas que l’authenticité de Lisbonne s’érode, que sa mémoire et son identité sont mises à mal, eux qui précisément viennent en quête de celles-ci ?« 

Le vieil homme Zé fait les frais d’un de ces avis d’expulsion. Paniqué, lui qui a toujours vécu dans ces murs, il résiste pourtant, aidé de cette formidable bande d’amis. Une résistance qui lui vaut d’être harcelé, malmené. Mais plus la bande d’amis voit Zé attaqué, plus grandit sa détermination à l’aider. Ce roman, c’est aussi un formidable élan de solidarité, d’amitié, de combattivité. Une invitation à se mobiliser et à défendre une cause qui nous parait juste. Sans jamais céder au découragement. Sans jamais renoncer. On a envie de se joindre au mouvement, de soutenir le vieux Zé, tant ces personnages sont attachants, tant l’auteure a su leur donner de la densité. Tant la cause nous parait noble. Et il ne sera plus possible de se rendre à Lisbonne sans changer de regard sur ces habitations fantômes, achetées par des étrangers, louées ponctuellement par Airbnb, vidées de leurs lisboètes.

Un roman vibrant d’authenticité, édifiant, émouvant.

Pour tout te dire, Gilly Macmillan

Pour tout te dire

Pour tout te dire est le nouveau thriller de la reine du genre, Gilly Macmillan. Un roman classé parmi les dix meilleurs thrillers de l’année par le New York Times.

Un passé envahissant

Lucy Harper est une romancière de renom. Les aventures de son héroïne Eliza sont suivies avec impatience par une horde de fans de roman en roman. Un succès qui lui a offert une vie très confortable financièrement. Et lui a permis de rencontrer Dan, son mari. Mais si lui aussi est habité par la passion de l’écriture, sa carrière d’écrivain peine à décoller.

Dan a d’ailleurs une surprise pour elle. Il a acheté une grande bâtisse à rénover. S’il est exalté à la perspective de ce déménagement, pour Lucy, c’est la sidération. Cette maison est située à Charlotte Close, village de son enfance. Un village qu’elle a fui après le drame, tandis qu’elle était âgée de 13 ans. Dan, qui n’est pas sans connaitre son passé familial, a pourtant choisi ce lieu cauchemardesque pour son épouse. Il affirme ne pas vouloir que son passé nuise à leur avenir, vouloir l’aider à affronter ses peurs et à tourner la page. Mais est-ce sa seule motivation ?

Quand Dan disparait après une dispute, peu de temps après leur emménagement, tous les projecteurs sont braqués sur Lucy. D’autant que c’est aussi ce qui est arrivé à son petit frère Teddy quelques décennies auparavant, tandis qu’il était à ses côtés. Lucy serait-elle une meurtrière? Des disparitions mystérieuses aussi romanesques que ses livres. Sauf qu’il ne s’agit plus d’une fiction.

Un thriller haletant

Pour tout te dire est le nouveau roman de la reine du thriller, Gilly Macmillan, paru aux éditions Les escales. C’est une double énigme qu’elle nous invite à résoudre : la double disparition de Dan et de Teddy. Présent et passé alternent en de courts chapitres qui apportent un rythme soutenu à l’histoire et maintiennent une tension narrative croissante. Impossible de poser le livre une fois la lecture commencée. La romancière joue avec les nerfs du lecteur, multiplie les fausses pistes, les rebondissements et nous réserve une chute vertigineuse, aux antipodes des pistes esquissées.

Mon seul regret est la fin ouverte réservée à la disparition de Teddy. Tout le livre, j’ai été tenue en haleine par le désir de connaitre le dénouement. Or Gilly Macmillan laisse le soin au lecteur d’imaginer lui-même ce qui a pu arriver à l’enfant.

Un très bon triller. Une lecture addictive.

Informations pratiques

Pour tout te dire, Gilly Macmillan – éditions Les escales, juin 2021 – 356 pages – 21,50€

Les prochains livres sur le blog!

La semaine prochaine, retrouvez sur le blog, comme chaque semaine, des nouveautés littéraires pour adultes comme pour enfants.

Au programme de la semaine à venir

Côté littérature adulte :

  • Pour tout te dire, Gilly Macmillan, éditions Les escales : vous avez envie de frissons, de suspense, de rebondissements, d’un roman que vous ne parvenez pas à lâcher? Pour tout te dire est le nouveau thriller de la reine du genre. Un roman classé parmi les dix meilleurs thrillers de l’année par le New York Times.
  • Mais je vous emmènerai aussi au Portugal, plus précisément à Lisbonne, avec Donne-moi la main, Menino, de Aurélie Delahaye aux éditions Pocket : Le combat d’une bande d’amis, pour sauver Lisbonne et ses habitants d’une politique immobilière désastreuse. Un roman engagé, touchant, humain. Une invitation à nous battre pour les causes qui nous tiennent à cœur. Superbe!

Côté livre pour enfants :

  • Je vous ferai voyager aux côtés de Marcello le petit pois et de son copain Nanni le haricot  avec La très grande aventure : Anne Cortey et Olivier Latyk – éditions grasset jeunesse. Les tribulations d’un petit pois et d’un haricot vert à se faire la malle pour aller à la mer. Un road-movie très vitaminé!

En attendant de les découvrir, passez un excellent week-end, sous le soleil de juillet !

Nouveauté Pocket : Les roches rouges

Les roches rouges Pocket

Un roman bouleversant, viscéralement humain, dont les personnages nous hantent longtemps. Magnifique!

Drames familiaux

A 18 ans, à un âge où l’on fourmille de projets, d’envies, de rêves, il a au contraire le sentiment d’avoir la vie derrière lui. Depuis le drame qui s’est déroulé il y a 18 mois, son passé n’est plus dans son dos : il lui fait face, de jour comme de nuit, l’écrase sous une chape de culpabilité suffocante. Etudes, stage, il a tout envoyé valsé et a trouvé refuge dans la picole et les joints, squatte chez ses parents dans une banlieue d’un mortel ennui. Sa sœur Lise ne lui adresse plus la parole, ce qu’il comprend et accepte au regard de ce qui s’est passé. Il doit payer, expier. Tout juste si à ses yeux il mérite de vivre.

Jusqu’au jour où il croise Leila, une femme de 8 ans de plus que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Sa vie prend alors un sens, une consistance. Seulement voilà, Leila est mariée. Et à un homme violent de surcroit. Mais sans travail, avec un petit garçon à charge, elle se sent prisonnière de son couple.

Deux drames familiaux, deux êtres blessés par la vie dont la rencontre va peut-être bouleverser le cours de leur existence. Et si rien n’était jamais perdu? Et si aider autrui nous permettait de nous aider nous-même? Et s’il était possible de pardonner, de se pardonner?

Prendre son destin en main

Les roches rouges d’Olivier Adam est un roman qui vous prend aux tripes, vous secoue comme la mer quand il y a du ressac et laisse sur vous le sel de sa magnifique histoire. Violence conjugale, culpabilité, amour, entraide sont les principaux thèmes de ce bouleversant roman, dont les personnages vous hantent longtemps après la fin de la lecture. Des êtres touchants, attachants, courageux, qui décident d’unir leurs forces pour ne plus subir la vie. Pas de pathos ici, mais une peinture très fine et très juste de notre société et une magnifique luminosité dans l’écriture. Car la vie n’est pas que remous, fracas contre les rochers, elle peut aussi se montrer furieusement belle.

Un énorme coup de cœur!

Informations pratiques

Les roches rouges, Olivier Adam – éditions Pocket, mai 2021 – 6,95€

Les portes du Paradis sont fermées le lundi, Camille Lesur

Les portes du paradis sont fermées le lundi

Un roman lumineux, positif, qui invite à ne pas se laisser submerger par les épreuves de la vie, lesquelles peuvent être l’occasion d’un nouveau départ, plus riche, plus épanouissant.

Divorce : une fin ou un nouveau départ ?

Quand l’avocate appelle Alice pour lui dire que son mari a signé les papiers du divorce, la trentenaire s’effondre Elle comprend que désormais tout espoir est vain. Thomas ne reviendra pas. Jamais. Thomas, celui qui était son phare, son roc, sa raison de vivre. Thomas, l’homme dont elle a partagé la vie pendant 12 ans, avec lequel elle s’est mariée. Avec lequel elle a espéré, en vain, faire un enfant.

Dans un sursaut de désespoir, elle se jette du haut d’une falaise. Mais en ce lundi, le ciel ne veut pas d’elle, les portes du Paradis sont fermées. C’est un couple âgé et bienveillant, Robert et Madeleine, qui la recueillent à bord de leur voilier, prennent soin d’elle comme de leur propre fille. Et l’emmènent avec eux jusque Ténériffe.  

Commence pour Le couple comme pour Alice une croisière en eaux tantôt paisibles, tantôt agitées. Mais l’amitié naissante entre le trio va les aider à affronter les vents contraires. Fussent-ils de terribles tempêtes.

Et si cet échec sentimental visait à recentrer Alice, à la remettre sur sa voie, celle de l’épanouissement personnel ? Ce divorce ne s’arrête-t-il à n’être qu’une épreuve ou peut-il se révéler une chance de tout recommencer à zéro, en mieux ? Tout est question de recul, de regard, de foi en soi et en la vie.

Un roman positif, bienveillant

C’est un roman très rythmé que nous offre Camille Lesur avec Les portes du Paradis sont fermées le lundi, aux éditions Jouvence. A l’image du bateau sur lequel ils voguent, les personnages connaissent des hauts et des bas, tombent dans le creux de la vague par moments, mais pour mieux regonfler leur voilure ensuite.

C’est un roman qui invite chacun à porter son regard au-delà des épreuves rencontrées. Plus haut. Plus loin. A l’image de la Pequena muerte : « c’est quand ta vie s’effondre pour te permettre de tout recommencer et de suivre ton chemin. Chaque rencontre, chaque évènement nous conduit vers ce que nous devons accomplir. (…) Il faut avoir le courage de tout effacer pour tout recommencer. » C’est cette résilience que va vivre Alice, entourée de l’affection de Robert et Madeleine notamment.

Les personnages sont très humains, très attachants, très touchants, de sorte qu’on met les voiles avec eux dès les premières pages. Cette croisière est une formidable ode à l’amitié, à la solidarité, à l’amour. Et à l’espoir.

Une lecture très agréable, rafraichissante, lumineuse, idéale pour accompagner vos vacances!

Informations pratiques

Les portes du Paradis sont fermées le lundi, Camille Lesur – éditions Jouvence, juin 2021 – 315 pages – 17,90€

Les vivants, les morts et les marins, Pia Klemp

Les vivants, les morts et les marins

Un roman très fortement inspiré du combat de Pia Klemp, capitaine du bateau de sauvetage le Bansky, pour voler au secours des migrants en perdition en Méditerranée.

Sauver les migrants de la noyade

Depuis des mois, la capitaine du bateau s’occupe du sauvetage en mer des réfugiés en méditerranée, de ces milliers de gens fuyant la Lybie. Victimes de passeurs peu scrupuleux, ils se retrouvent entassés sur des coquilles de noix prenant l’eau, voués à une mort certaine sans assistance extérieure.  Ecœurée de la passivité des gens à quelques encablures de là, sirotant des boissons en terrasse, exaspérée par le silence assourdissant de l’Union européenne, elle a affrété un bateau pour voler à leur secours.  A bord du bateau, des volontaires de tous horizons. Beaucoup prennent leurs congés annuels d’un coup, certains vivent d’allocations pour pouvoir s’engager, certains sont en arrêt maladie. Peu ont une vie « normale » au sens non marginale. Gérer tout ce monde, ces hommes venus d’horizons différents, n’est pas toujours aisé. Surtout quand on est une femme. Mais l’enjeu est trop grand pour s’arrêter aux soucis d’équipage. Des soucis moindres que ceux rencontrés avec les autorités, les services de police, lesquels ne cessent de leur mettre des bâtons dans les roues.

Mais la capitaine et son équipage sont des gens déterminés. Rien ni personne ne les arrêtera. Trop de migrants comptent sur eux pour ne pas périr noyés. Et cela vaut bien de prendre tous les risques, de passer outre les ordres du pouvoir politique en place.

Pia Klemp, capitaine du bateau de Bansky

Les vivants, les morts et les marins, paru aux éditions Fleuve, est une autofiction. Pia Klemp y évoque ses combats, les difficultés et les aberrations auxquelles elle est confrontée tandis qu’elle s’efforce de sauver des vies. Elle et ses neuf membres d’équipage, sont jugés en Italie pour des soupçons d’aide et complicité d’immigration illégale. Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison. Mais Bansky a mis a leur disposition le louise Michel, son navire, pour leur permettre de poursuivre la mission de sauvetage qu’ils se sont fixé.

J’avais très envie de découvrir le combat de cette femme et de son équipage plus avant. J’attendais donc la lecture de ce livre avec impatience. S’il s’est révélé très intéressant sur le fond, mettant en avant un courage hors-normes, un pouvoir politique corrompu, des aberrations incroyables alors que des vies humaines sont en jeu, le style m’a insupporté. Les incessants « putain », le franc parler pour ne pas dire la vulgarité du vocabulaire à chaque page, m’a pesé. Beaucoup. J’ai eu beaucoup de mal à le finir pour cette raison.

Donc un sentiment très mitigé me concernant…

Informations pratiques

Les vivants, les morts et les marins, Pia Klemp – éditions Fleuve, janvier 2021 – 16,90€

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau

Je ne veux pas être jolie

Un livre bouleversant, qui résonne avec l’actualité #MeToo. Ou quand le silence des mères réduit l’enfant à une insondable solitude.

Libérer la parole

Georgia, alias Jo, est informée du décès de sa mère à l’hôpital. Pendant des années, elle a espéré de cette dernière une explication, une forme de reconnaissance, des excuses, une demande de pardon. En vain. Alors quand elle apprend sa mort, aucune larme ne lui vient.

Tandis qu’elle retourne pour les obsèques à l’hôtel du bord des vagues, hôtel appartenant à son oncle Franck, son passé lui explose au visage. Ces blessures infligées l’année de ses 8 ans, tandis qu’elle avait séjourné seule chez son oncle et sa tante, se ravivent avec force. Pendant des années, Jo les avait refoulées pour tenter de se reconstruire, d’avancer. Malgré l’humiliation. Malgré la honte. Malgré l’horreur.

Mais le retour sur les lieux du cauchemar fait tout ressurgir. Georgia sent qu’elle n’a pas d’autre choix que de verbaliser ce qui s’est passé. De partager avec ses frère et sœur, le drame qu’elle a vécu enfant, à un âge où on n’avait de cesse de louer sa beauté. Elle qui n’aurait pas voulu être jolie mais juste respectée. Protégée.

Mais ses proches sont-ils prêts à entendre la vérité ? la famille va-t-elle accepter le séisme de ses révélations ? Car les aveux de Jo vont remettre en cause l’équilibre familial, faire voler les apparences en éclats…Et d’ailleurs, Jo est-elle la seule à porter un lourd secret ? Pourquoi sa mère, témoin indirect du drame, ne l’a-t-elle pas protégée ?

Secrets de famille et silence des mères

Je découvre Fabienne Périneau à l’occasion de la parution de son roman Je ne veux pas être jolie aux éditions Pocket. Un roman qui m’a bouleversée. Avec beaucoup de sensibilité, la romancière montre combien il est difficile de parler, de libérer la parole, d’autant plus difficile quand le courage de parler se heurte à la non-volonté de l’entourage d’écouter, de voir et/ou de croire. Pour la victime, c’est alors la double peine.

Un roman très contemporain, à une époque où la libération de la parole est devenue le credo de chacun. Parce que mettre des mots sur ses maux, parce que témoigner, oser parler, c’est déjà se reconstruire un peu.

Informations pratiques

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau-éditions Pocket, avril 2021 – 220 pages

La geôle des innocents, Ensaf Haidar

La geole des innocents

Un roman sur la société saoudienne, sa police des mœurs, sa justice, rédigé par une femme qui a fait de la liberté d’expression et de la libération de son mari Raif Badawi ses combats : la saoudienne Ensaf Haidar.

La réalité des prisons saoudiennes

Rachwan a quitté son pays suite à la promesse d’être embauché comme chauffeur particulier en Arabie saoudite. Une rentrée financière qui ne se refuse pas. Mais il a eu le tort de tomber amoureux peu après son arrivée d’une femme divorcée, Siham. Si dans son pays, la Syrie, se promener librement dans a rue bras d’une femme est d’une grande banalité, il découvre à ses dépens qu’en Arabie saoudite, c’est strictement interdit. Seuls les couples mariés ont le droit de s’afficher ensemble, de partager le même toit. La femme qui accompagne un homme doit obligatoirement être sa femme, sa fille ou sa sœur. Sinon, ce sont des coups de bâtons voire pire, si la police des mœurs vous surprend.

Quant à Rham, écrasé par la charge de ses cinq filles dont il doit payer le mariage conformément à la tradition indienne, il a besoin d’argent. Aussi quand on lui promet un emploi bien rémunéré en Arabie saoudite, il y voit la fin de ses soucis financiers. Ne dit-on pas que là-bas, au milieu du désert, l’argent et le pétrole coulent à flots, au point qu’il reviendra au pays avec de l’argent plein les poches ? Mais à son arrivée en Arabie saoudite, ce n’est pas un emploi dans une ferme agricole modèle qui l’attend mais l’esclavage dans une distillerie clandestine d’arak.

Tous deux sont arrêtés. Tous deux se retrouvent dans la prison de Briman. Tous deux ont croisé la route et le cœur de Siham, victime elle aussi ou tentatrice? Tous deux vont connaître l’enfer de la détention, marquée par la violence, le sexe et la drogue.

Un roman glaçant sur la liberté d’expression et de mouvements en Arabie saoudite

Ensaf Haidar est l’épouse du militant saoudien Raif Badawi. Elle sillonne le globe depuis des années pour obtenir la libération de son mari, condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet en 2012, pour avoir prôné́ sur son blog la liberté d’opinion, de culte et d’expression. Elle a reçu le prix Sakharov des droits de l’homme décerné à son mari par le Parlement européen. Présidente et cofondatrice de la Fondation Raïf Badawi pour la liberté (FRBL), elle est l’auteure de Mon combat pour sauver Raïf Badawi (L’Archipel, 2016). La Geôle des innocents est son premier roman.

C’est donc une auteure qui vit au quotidien l’histoire de ce livre, s’inspirant de sa connaissance et de son expérience de la police et de la justice en Arabie saoudite pour alimenter son roman. Les conditions carcérales déplorables, les sanctions barbares, la police des mœurs qui vous traque, la liberté d’expression bafouée, un tableau réaliste et sombre de l’Arabie saoudite. Elle souligne à cette occasion les paradoxes nombreux de cette société : on interdit l’alcool mais on se saoule dans des fêtes privées, on interdit à un homme et une femme de marcher ensemble sauf s’ils sont mariés mais on n’hésite pas à participer à des fêtes échangistes en privé, nombreux sont les exemples qui soulignent une grande hypocrisie entre ce que les dirigeants et gens aisés font et ce que la loi édictée par les religieux saoudiens adhérant au wahhabisme (doctrine officielle) est censée permettre ou non.

Un roman glaçant et édifiant.

Informations pratiques

La geôle des innocents, Ensaf Haidar , traduit de l’arabe par François Zabbal– éditions de l’Archipel, juin 2021 – 201 pages – 20€

Vert samba, Charles Aubert

vert samba

Après Bleu Calypso et Rouge Tango, le nouveau polar doux de Charles Aubert s’appelle Vert samba. Vert comme l’espoir que le héros place en sa nouvelle vie, comme la nature qu’il a choisi pour cadre. Samba comme le rythme endiablé de l’intrigue.

Deux meurtres et deux tatouages

Niels, directeur commercial dans une compagnie d’assurances à Paris, ne trouve plus de sens ni à sa vie professionnelle ni à sa vie personnelle. Il décide alors de tout plaquer, pour venir s’installer dans le sud de la France, entre Montpelier et Sète, dans une simple cabane de pêcheur. Il s’adonne désormais à la fabrication de leurres qu’il vend sur le net. Lui qui ce faisant aspirait à un retour aux sources, à une vie apaisée, en accord avec la nature, va se retrouver dans le feu de l’action malgré lui.

En effet, à côté de l’ESAT voisin, le corps d’in ostréiculteur est retrouvé sans vie. Et ne reste pas longtemps le seul. Un deuxième corps est bientôt retrouvé.  Y a-t-il un point commun entre ces deux meurtres ? Toujours est-il que ces deux cadavres portent le même étrange tatouage sur le bras, tatouage renvoyant à un groupe de rock local, proche de l’extrême droite. Coïncidence ?

Son voisin, le vieux Bob, et sa fille Lizzie (fiancée de Niels), entrainent ce dernier dans le tourbillon de l’enquête. Lizzie, journaliste, jeune femme vive, ne compte pas attendre que la police se bouge pour que l’enquête avance. Quant au Vieux Bob, il a une attitude plus qu’étrange depuis ces deux meurtres. Et il n’est pas le seul : la directrice de l’Esat, qui est aussi sa compagne, semble elle aussi dans un état second. Savent-ils quelque chose ? Sont-ils concernés par ce double meurtre ?

Un polar non violent

Vert samba est le troisième volet de la trilogie de Charles Aubert, aux éditions Slatkine &Cie. Cependant, vous pouvez tout à fait lire ce roman sans avoir lu les précédents, même si une lecture dans l’ordre de la trilogie permet de suivre l’évolution des personnages récurrents, Niels, Vieux Bob et Lizzie.

J’ai particulièrement apprécié la douceur et la forme d’apaisement qui émanent de ce roman. Ce n’est pas un polar sanglant, glauque, avec un incroyable super héros. C’est au contraire un anti-héros touchant, embarqué malgré lui dans une enquête, qui tente sans cesse de se recentrer tandis que les évènements et son entourage le sortent de son chemin. Un polar à l’intrigue bien menée, avec des rebondissements multiples qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page.  Mais aussi, un polar avec beaucoup d’humanité, de réflexions pleines de sagesse et une grande place accordée à la nature. D’une certaine façon, c‘est un polar qui épouse les valeurs auxquelles aspire Niels !

Informations pratiques

Vert samba, Charles Aubert – Editions Slatkine &Cie, juin 2021 -316 pages – 20€