Rentrée littéraire : Dany Rousson, pour le sourire de Lenny

pour le sourire de Lenny Dany Rousson

©Karine Fléjo photographie

Dany Rousson nous offre un conte moderne, une invitation à la tolérance et à l’entraide. Ou comment deux SDF, dénués de tout mais riches humainement, peuvent éclairer la vie de ceux dont ils croisent la route.

Une improbable amitié 

Nous sommes en 2003 et deux vagabonds font une halte dans la région d’Aigues-Mortes. Rien ne destinait ces deux hommes à cheminer ensemble. Titi, 25 ans, est un jeune homme avenant, rieur. Tandis que son aîné de 20 ans  est un taiseux au regard étrangement vide et au look qui inspire la méfiance de ceux qu’il croise. Personne ne sait ce qui l’a conduit à la rue, pas même Titi. Pire, il va jusqu’à cacher son nom. Et Titi de le surnommer Savatte.

Un toit, un repas, contre des services ou de petits boulots est leur quotidien. 

A Aigues Mortes, ils découvrent le don, la gentillesse, le désintéressement, l’altruisme des habitants. Pacôme le saunier, Marcellin le retraité , Garance la réparatrice de jouets , Gaëlle la caissière, pour tous ces gens, ils ne sont pas des êtres transparents mais des êtres à part entière, dignes d attention et de considération. De respect. 

Et que dire de ce jeune garçon, Lenny, qui voit en Savatte le père qu’il aurait rêvé d’avoir? Touché au plus profond, Savatte se laisse apprivoiser par l’enfant. Mais un jour c’est le drame. Pourquoi Savatte a-t-il le sentiment de porter la poisse? Que cache-t-il? Que fuit-il?

Une histoire touchante, invitation à la tolérance 

Dans Pour le sourire de Lenny, Danny Rousson nous invite à ne pas juger sur les apparences. Etre SDF, ne pas avoir de toit ni d’argent, ne signifie pas être pauvre humainement. Ni ne pas devoir mériter le respect comme tout être humain. Au fil des pages, le lecteur assiste au tissage d’amitiés et d’amour nouveaux, fragiles mais porteurs d’espoir. Tandis que Savatte reprend vie dans le  regard et le coeur  des autres, il s’ouvre peu à peu sur ce qui l’a fait basculer quinze ans plus tôt de son poste d’ingénieur à celui de mendiant.

Des personnages attachants, émouvants et beaucoup de tendresse émaillent cette agréable lecture. 

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Coup de coeur pour la miniaturiste Annie Leveillault

Ce week-end se tient à la Halle des Blancs Manteaux à Paris 4ème, l’EXPO4ART. Peintres, sculpteurs, photographes et designers y exposent leur travail. L’occasion de découvrir le talent fou de la miniaturiste Annie Leveillault avec sa série « Le voyage des livres ».

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La vie des livres

Dans les allées de la Halle des Blancs Manteaux, l’amoureuse des livres que je suis a eu le regard happé par des vitrines et scènes miniatures représentant la vie cachée des bibliothèques et des librairies. Et de m’approcher, émerveillée. Il s’agissait des créations d’Annie Leveillault, miniaturiste autodidacte depuis près de 20 ans, dont l’atelier est situé en Bretagne ( Ah qu’ils sont talentueux ces bretons ! Non, je ne dis pas cela par chauvinisme 😉 ).

 

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Annie Leveillault a imaginé des livres qui, pétris d’ennui sur les étagères des bibliothèques, décident de prendre leur élan vers d’autres mains, d’autres lecteurs, d’autres regards. Tandis que la maison est endormie, ils s’enivrent de liberté. Les pages volent, les étagères prennent vie, les histoires se chuchotent, les personnages quittent une histoire pour une autre. La bibliothèque vibre. La bibliothèque vit. Et le résultat est sidérant de beauté et d’originalité.

Des œuvres extraordinairement vivantes

Ce qui frappe, c’est non seulement l’extrême minutie de l’artiste, mais aussi l’élan vital qui émane de chacune de ses créations. Les livres sont créés à l’échelle du 1/12ème, avec chacun leur propre couverture (en cuir, en papier parchemin…), leurs cahiers cousus, parfois même du texte. Fermés, ouverts, prêts à s’envoler, les livres sont dans ces créations si vivants, qu’on a le sentiment qu’on pourrait presque entendre bruire leurs pages.

C’est magnifique, original, ingénieux et un brin facétieux. Mais surtout, c’est du grand art!

Annie Leveillault

Si vous habitez Paris, vous avez jusqu’à demain pour aller admirer ces œuvres. Si vous n’êtes pas parisien, vous pouvez les retrouver sur le site de l’artiste : Site d’Annie Leveillault

Informations pratiques :

Halles des blancs Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, 75004 Paris (Métro Hôtel de villle ou Saint-Paul)

Rentrée littéraire : On ne meurt pas d’amour, Géraldine Dalban-Moreynas

On ne meurt pas d'amour Géraldine Dalban-Moreynas

©Karine Fléjo photographie

Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Emprise affective et adultère

Cela fait quatre ans que la narratrice vit avec son compagnon. Quand il l’emmène à New-York pour la demander en mariage, elle répond « oui ». Oui à leur emménagement ensemble, oui à leur union, oui au meilleur. Mais c’est le pire qui se profile contre toute attente, quand la narratrice croise son nouveau voisin, un homme nouvellement père. Pour elle comme pour lui, c’est l’électrisation des corps, des sens. L’attirance mêlée de terreur. Tous deux sont en couple. Tous deux doivent suivre des voies parallèles et non communes. Tous deux doivent…  C’est ce qu’ils se répètent comme un mantra. Mais le devoir fléchit peu à peu sous l’attirance irrépressible qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

« Rien ne peut plus les retenir, même s’ils devinent qu’il n’y a pas d’issue, qu’il y aura de la souffrance, qu’il y aura des larmes. »

Commence alors un terrible et épuisant duel entre désir et raison, sentiments et raisonnement. Jusqu’où cet homme, très attaché à sa fille qu’il perdra en cas de divorce, sera-t-il capable d’aller pour cette jeune femme ? Jusque quels sacrifices, quel degré d’abnégation et de souffrance, sera-t-elle prête à aller pour vivre un amour dont elle pressent que sa rivale sortira victorieuse ? Combien de temps continuera-t-elle à se mentir à elle-même ?

Une lecture addictive

Géraldine Dalban-Moreynas nous livre un roman d’une puissance évocatrice rare. La tension narrative est telle, que le lecteur devient aussi accro à l’histoire que l’héroïne à son amant. Au fil des pages se dessine une dépendance affective de plus en plus forte. De plus en plus destructrice aussi. Avec beaucoup de justesse et de finesse dans l’analyse, l’auteure démonte les rouages de l’emprise affective, le combat épuisant entre le mental et le cœur, entre la raison et les sentiments. Car la jeune femme a l’intuition, dès le départ, que son amant ne quittera jamais sa femme et sa fille pour elle. Mais cette réalité lui est trop pénible à accepter, l’idée de ne plus vivre cette passion trop douloureuse. Et puis, ses résolutions de mettre un terme à cette relation s’évanouissent à chaque fois qu’elle croise ou entend son amant. A l’image d’une drogue dont le consommateur sait et redoute les effets néfastes sur sa santé, mais ne résiste pas au paradis artificiel d’un nouveau shoot, la jeune femme cède encore et encore à ce paradis illusoire qu’est leur relation. Jusqu’où peut-on aller par amour ? Jusqu’où est-on prêt à mettre en danger son intégrité ? Un roman captivant qui se lit en apnée.

Une écriture coup de poing pour un roman coup de coeur.

Rentrée littéraire : L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm

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©Karine Fléjo photographie

La gestuelle, ou communication non verbale, véhicule des informations importantes pour un auditeur attentif, bien plus que le langage.  En près de 50 cours chapitres, Philippe Delerm décrypte ses contemporains, non pas à travers leurs propos, mais à travers leurs attitudes. Un regard aiguisé et amusé sur ses pairs.

Les gestes qui nous trahissent

Ce que l’autre cherche à dire ne se situe pas seulement dans son discours. Clignement des yeux, maintien du buste, rigidité du corps, grattement du nez, bras croisés, jambe qui tressaute sont quelques exemples des gestuelles qui en disent autant voire davantage, que de longs discours. Et surtout, ces gestes ne mentent pas et peuvent donc contredire le discours tenu. Car si l’on peut avec plus ou moins d’aisance mentir à quelqu’un, prétendre une chose et en penser une autre, il est très difficile voire impossible, de dissimuler ses véritables intentions dans la gestuelle. Les gestes seront donc très utiles à un observateur et interlocuteur attentif.

Certains en ont même fait leur métier : la synergologie ou l’art de comprendre le non-verbal. Philippe Delerm, fin observateur de ses contemporains, a passé en revue près d’une cinquantaine de situations, de postures, qui en disent long sur le message que l’on souhaite transmettre par le langage des yeux et du corps en général.

Le vapotage, le verre de vin tenu sans le boire lors d’une conversation, l’épluchage de clémentine d’une seule main, la façon de conduire son caddie, les manches remontées au-dessus du poignet, l’extase du selfie, il étudie, observe et donne son interprétation, non sans humour et perspicacité, sur ces gestes et postures adoptés.

Une analyse subtile de la nature humaine

On imagine Philippe Delerm dans la peau d’un sociologue, d’un journaliste, d’un gentil curieux, discrètement assis à la terrasse d’un café, dans le coin d’une salle, en train d’observer les gens et d’essayer de déceler tout ce qu’ils ne disent pas mais montrent. On s’amuse de son regard aiguisé, on applaudit sa clairvoyance. Ces textes courts, qui sont sa signature, croquent en quelques mots l’essentiel d’une posture, d’un regard, d’une habitude.

Et vous, quel geste vous trahit?