Rentrée littéraire : La suture, Sophie Daull

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La suture, Sophie Daull

Editions Philippe Rey, août 2016

Rentrée littéraire.

 

Auteur du bouleversant livre Camille, mon envolée, Sophie Daull revient avec La suture, fin de son diptyque autour de sa fille et de sa mère Nicole. Un roman en forme d’enquête généalogique.

 

« Ma mère avait 26 ans quand je suis née, 45 quand elle est morte, moi 19. » Tandis qu’elle vient de perdre brutalement sa fille Camille âgée de 16 ans, qu’il lui faut lutter au quotidien contre le vide abyssal laissé par son absence, Sophie Daull éprouve le besoin de partir à la rencontre d’une autre absente : sa mère. Du moins, à la rencontre des personnes qui l’ont connue ou simplement croisée.

A partir des maigres éléments contenus dans une boîte à chaussures (cartes postales, bulletins de salaire, quelques photos, une cassette de dictaphone, une lettre manuscrite), lesquels constituent les seuls fragments du réel, elle va tenter de compléter le puzzle. Et d’inventer les pièces manquantes si nécessaire.

« Je peux broder, comme on dit mentir. Je vais tisser une étole à réchauffer mes mortes, composer une histoire à me repeupler, pour épaissir mon sang que l’absence du leur a rendu trop liquide, trop rapide (…) Je vais inventer leurs hivers et leurs printemps, ranimer leurs souffle éteint, repulper leurs lèvres aimantes dont j’aimais tant les baisers. »

Ceux qui comme moi ont lu l’an passé le poignant livre Camille mon envolée, retrouveront ici la magnificence de l’écriture de Sophie Daull. Une écriture d’une musicalité exquise et d’une grande poésie. Une écriture qui habille sur mesure le corps des émotions. A contrario, j’ai eu beaucoup de mal à me laisser embarquer dans l’histoire elle-même, dans ces multiples tentatives, vaines souvent, pour recueillir des renseignements sur cette mère tant aimée. Un sentiment mitigé, donc.

 

201 P. ; 17€

Glissez Émilie Frèche dans votre poche!

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Un homme dangereux, de Émilie Frèche

Éditions J’ai Lu, août 2016

Envoûtant!

En couple depuis 15 ans, la narratrice s’estime heureuse avec son mari Adam. « C’était une vie douce, riche, gaie, sans souffrances, qui me laissait la tête libre et le cœur entier pour faire mille choses. » Entre son travail de romancière et scénariste, ses interventions dans les écoles pour dénoncer l’antisémitisme, ses deux filles Suzanne et Léa, ses journées sont remplies. Et la comblent. Ou lui donnent le sentiment de la combler. Car entre Adam et elle, il n’y a plus de désir, plus de rapports sexuels. Mais elle s’en accommode. Jusqu’à ce premier écart avec Benjamin, écart qui ne remet nullement en cause ses sentiments pour Adam, mais crée une première brèche. Une parenthèse secrète et enchantée, qu’elle refermera. Pour en rouvrir une autre avec Benoît…

Benoît est un écrivain talentueux, en mal de succès en librairie ces dernières années, mais toujours très influent dans le sérail des prix littéraires et par ailleurs critique littéraire reconnu dans de nombreux journaux. Un compliment bien troussé sur son film et la narratrice sent son cœur chavirer. Quelle est cette brutale envie d’entrer dans le jeu de séduction de cet homme ? Que se passe-t-il en elle pour risquer de mettre en péril son couple ? Elle l’ignore. A croire que c’est une autre qui s’est emparée de son cerveau, qui pilote ses actes et ses pensées. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle a un besoin impérieux de s’approcher du feu. C’est plus fort qu’elle.

Mais il est plus fort qu’elle.

Car le feu est comme le soleil : il vous éclaire mais ne se laisse pas regarder. Aveuglée par l’image lumineuse qu’il lui renvoie, elle se laisse éblouir. Sûr de son charisme, de son charme, il n’hésite pas quant à lui à lui annoncer d’emblée : «  Nous allons vivre une grande histoire d’amour et tu vas foutre ta famille en l’air. » Des propos sur lesquels elle ne s’attarde pas sur le moment. Or ce n’est que la première des nombreuses flèches toxiques qu’il décochera. Telles des termites, ses propos détruiront la belle sérénité de la narratrice, la rongeront jour et nuit et menaceront son couple d’effondrement. Mais quand bien même la partie soit extrêmement difficile, la jeune femme n’entend pas laisser sa vie aux commandes de cet homme. Les mots pourront-ils être ses armes ?

Un roman brillant et captivant sur la perversité, l’emprise, la dépendance affective, la perte. Perte des repères, perte des illusions, perte du contrôle de soi. Mais aussi une histoire sur la capacité à reprendre son destin en mains, à éviter que l’Histoire ne se réécrive à l’infini. Avec une tension extrême, une analyse d’une finesse chirurgicale, un suspense haletant, Emile Frèche dissèque les relations entre les personnages au scalpel de sa sensible plume. Elle prend son lecteur en otage dès la première page et ne le lâche plus avant la dernière ligne. Une construction brillante, où le roman devient lui-même sujet du roman.

Un très gros coup de cœur !

Les six finalistes du Prix du roman Fnac 2016

Les libraires de l’enseigne et les lecteurs ont sélectionné six romans parmi une sélection de trente qui sortent à la rentrée. Ils sont en lice pour la récompense qui sera remise le 1er septembre prochain.

C’est la première récompense convoitée de la rentrée: le Prix du Roman Fnac distingue un livre publié en août ou septembre. Pour cette 15e édition, 800 libraires et lecteurs ont lu et sélectionné trente romans. Le titre des six ouvrages finalistes a été dévoilé le 25 août. L’un d’eux succédera à La Septième Fonction du langage de Laurent Binet, prix 2015, mais il faudra attendre le 1er septembre pour connaître l’heureux élu.

Pour l’heure, ils sont donc six finalistes contre trois en 2015 à pouvoir prétendre au prix.

Voici les 6 romans en lice :

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Verdict le 1er septembre!

Rentrée littéraire : Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

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Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

Fleuve édition, août 2016

352 P. ; 19,50€

Un roman qui démarre comme le chemin de croix d’une jeune femme, mais qui, très vite, frappe par son humour, sa lucidité, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une femme qui découvre le pouvoir d’être libre. Le roman d’une renaissance.

Stéphanie et Guillaume sont en couple depuis dix ans. Parmi leurs amis fleurissent des annonces joyeuses de grossesses, de naissances. Une joie à laquelle ils espèrent eux-mêmes goûter. Mais pour l’heure, faute d’y parvenir, ils multiplient chacun les examens éprouvants tant physiquement que moralement, suivent des traitements contraignants, subissent les remarques parfois déplacées et maladroites de leur entourage, l’indélicatesse du corps médical.

Un désir qui très vite tourne à l’obsession. « J’y pense chaque jour. Chaque heure. Chaque minute. »

Un désir qui mine les fondations du couple aussi assurément qu’une armée de termites.

Un désir qui détruit tout, y compris l’estime de soi, faute d’être assouvi.

Tous deux conviennent que le désir s’est transformé, que l’amour a fait place au mieux à une grande tendresse. Et qu’il convient de se séparer.

Pour Stéphanie, il s’agit davantage de l’aube d’une nouvelle vie, que de la fin de son monde. Certes, elle n’échappe pas au deuil de sa relation, au manque de l’autre, mais cette tristesse se mêle à l’intuition exaltante que quelque chose de grand, de beau l’attend. Que tout est encore possible. Y compris de devenir mère, puisque les examens ont révélé que rien dans son fonctionnement ne s’oppose à une maternité. Le problème venait de son conjoint.

Reste à trouver sa voie, à identifier ce dont elle a envie et besoin, ses urgences et ses priorités. Reste surtout et avant tout à se trouver. Une période de tâtonnements, de peurs à surmonter. Pas à pas elle avance doucement mais sûrement vers elle-même. Une reconquête de soi qui passe par le corps. Le yoga sera à ce titre salutaire. « Je me répète ce que je commence à comprendre. Je suis quelqu’un d’important. Le personnage principal de ma propre vie. »

C’est avec beaucoup de finesse et de sensibilité que Sophie Adriansen évoque le parcours de cette jeune femme, ses souffrances, ses doutes, ses peurs. Ses émerveillements et espoirs aussi. Dans une construction très originale, mêlant souvenirs, remarques de proches, analyses biologiques, extraits de livres ou d’articles, ou encore statistiques, elle fournit au lecteur les pièces du puzzle de son existence. Peu à peu se dessinent les contours de cette nouvelle vie, les formes de ce corps désormais en accord, le relief d’un esprit et d’un cœur apaisés. Le tableau d’une émouvante renaissance.

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour être soi.

Glissez Delphine Bertholon dans votre poche!

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Les corps inutiles, de Delphine Bertholon
Editions Le livre de poche, août 2016

Le corps, arme et armure.
Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

La soirée s’annonçait légère pour Clémence. A titre exceptionnel, du haut de ses quinze ans, elle avait en effet obtenu l’autorisation de se rendre à la fête de fin d’année donnée par sa copine de classe.
La rencontre qu’elle fit au détour de la rue avec « l’homme blond » en décida autrement.

Et sa vie de basculer.

La banalisation de l’agression par son camarade de classe Virgile, seule personne à laquelle elle se confia du bout des lèvres ce soir-là, scella sa détermination à n’en parler à personne d’autre. Jamais. « Parce qu’en vérité, personne ne pouvait comprendre ce qui s’était passé, ce soir-là, dans cette rue-là. Personne n’avait senti ce qu’elle avait senti. Vécu ce qu’elle avait vécu. » Et de se répéter les propos de Virgile, tel un mantra : « Allons Clémence, ce n’est pas si grave ! »
Mais son corps refuse d’oublier le traumatisme, se rebelle, se fait le porte-parole de ses cris et de sa peur enfouis. Qui n’a entendu la révolte de son corps, quand la violence des maux n’est que le reflet du silence des mots ? Ce dernier devient comme anesthésié, fermé à toute sensation, douleur comme douceur. Une armure. Mais aussi une arme, celle de Clémence devenue vengeresse. Chaque 29 du mois, date anniversaire maudite de son agression, elle offre en effet ce corps à des inconnus de passage, pour tenter de conjurer le sort, de reprendre le pouvoir: « Ils ne me prendront rien : je me donnerai d’abord. » Question de survie.

Avec ce nouveau roman, Delphine Bertholon nous prouve une fois encore, si besoin était, sa capacité extraordinaire à véhiculer les émotions, à disséquer avec intelligence et sensibilité les âmes au scalpel de sa plume. Le lecteur suit avec une vive émotion Clémence à 15 et 30 ans, le poids des traumatismes engendrés par les mots autant que par l’agression elle-même, la geôle invisible du silence dans laquelle elle s’enferme, la honte et la culpabilité qui grandissent en elle. Mais aussi, sa capacité extraordinaire à s’en sortir. Car la vie resurgit. Plus forte que tout.
Une réussite.
A lire !

Citation du jour

 » La compassion bien sûr. Ouvrir son cœur aux autres. Ressentir le leur. Dans notre tradition occidentale, on ne connaît que la pitié, cette vertu hiérarchique, cette condescendance pour l’autre qu’éprouve une conscience supérieure ; rien à voir avec la compassion, cette cordialité profonde, cette religion de la bonté. »

Milarepa – Eric-Emmanuel Schmitt

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Kididoc, les premiers documentaires interactifs pour les 2-4 ans, chez Nathan!

Je suis vétérinaire ! Et Je suis cuisinier !

Collection Kididoc ; illustrations Deborah Pinto

Éditions Nathan, mai 2016

A partir de 2 ans.

12 P. ; 9,90€

Nos chères têtes blondes ont souvent une idée précise (et évolutive!) du métier qu’elles aimeraient exercer plus tard. Parmi les réponses les plus citées : footballeur, médecin, instituteur, vétérinaire, pompier, scientifique, astronaute, ingénieur et policier. D’autres sont plus originaux  et souhaitent devenir: « parent » , « chercheur d’or », « ninja », « dinosaure », « testeur de matelas »ou encore… « chaton »😀

Pour les cuisiniers en herbe et les futurs vétérinaires, les éditions Nathan proposent deux documentaires interactifs, issus de la collection Kididoc : Je suis vétérinaire ! Et Je suis chef cuisinier !

Deux livres en cartonnage rigide et donc résistant, qui proposent aux petits de découvrir le quotidien des cuisiniers et des vétérinaires. Au cœur d’illustrations colorées, les enfants seront invités à actionner des tirettes, tourner des roues, ouvrir des fenêtres, toucher et reconnaître des matières, afin d’apprendre tout en s’amusant. Et qui sait, peut-être de nouvelles vocations naîtront de ces lectures ?

Des petits livres amusants, ludiques, pédagogiques, qui satisferont à coup sûr la curiosité des enfants !