Les effets de la lecture

Les changements cérébraux dans la perception

Lorsque vous lisez, votre perception du monde se modifie. Selon ce qu’a indiqué Keith Oatley, professeur de Psychologie Cognitive à l’Université de Toronto (Canada), lire une scène bien décrite équivaut à la voir.

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Ce que votre esprit fait, c’est tirer de votre mémoire les objets qui sont similaires à ceux que la scène décrit. C’est comme créer une sorte de photographie mentale. Par conséquent, se mettent en marche plusieurs processus à la fois, qui impliquent la mémoire, la perception et la créativité.

Après une lecture qui contient différentes scènes bien décrites, on peut créer un album de scènes propres et qui nous appartiennent. C’est votre esprit qui adapte tous les éléments, en faisant une association entre ce que vous lisez et ce que vous savez. Cela produit des changements cérébraux en termes de perception et d’intelligence.

Lire, c’est aussi vivre

Le chercheur Raymond Mar, docteur en psychologie de l’Université de York, va plus loin : selon les études qu’il a menées sur le sujet, tout semble indiquer que le cerveau ne distingue pas bien ce qui se lit et ce qui se vit. Quelque chose de similaire arrive en voyant un film, mais dans le cas de la lecture, l’expérience est plus intime et profonde, ce qui génère des changements cérébraux plus importants.

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Notre cerveau se comporte d’une manière très similaire lorsque l’on imagine une histoire et lorsqu’on la vit en réalité. Ce que nous dit le docteur Mar, c’est que lorsqu’on lit et qu’on se rapproche d’une action que réalise un personnage, dans notre cerveau s’activent les mêmes zones que celles qui s’activeraient dans le cerveau de ce personnage afin de mener à bien l’action. En d’autres termes, nous vivons la lecture comme si nous étions le personnage lui-même.

Les changements cérébraux sont si importants que l’on peut les localiser et les identifier par IRM. Par exemple, lorsque le personnage marche, dans le cerveau s’activent les zones motrices liées à la marche. Littéralement, nous vivons ce que nous lisons, et tout cela grâce à un type particulier de neurones, les neurones miroirs, ces mêmes neurones grâce auxquels, par exemple, on imite un bâillement lorsqu’on voit quelqu’un bâiller, ou bien grâce auxquels un bébé sourit lorsque nous sourions.

La lecture et l’empathie

Les chercheurs ont fait une grande emphase sur les changements cérébraux qu’induit la lecture par rapport à l’empathie. En premier lieu, ils ont pu détecter que les zones du cerveau qui sont convoquées pour lire et comprendre les actions de certains personnages sont les mêmes que l’on utilise pour comprendre d’autres personnes. Finalement, ce qui ressort dans le fond des deux expériences, c’est un processus de communication.

Ainsi, d’un côté, on vit ce que le personnage fait comme si nous-même le faisions ; d’un autre côté, en nous adonnant à cet exercice, nous augmentons aussi notre capacité à comprendre les autres, à associer les situations et les émotions. Conclusion : lire est un moyen pour nous de pratiquer et d’enrichir notre empathie. D’une manière ou d’une autre, nous altérons notre point de vue lorsque nous faisons une lecture qui implique la narration d’une histoire.

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Le docteur Mars donne un exemple concret de cela ; il s’en remet au cas d’un personnage qui est handicapé. Si ses expériences sont narrées dans les détails, même si nous-mêmes ne sommes pas handicapé-e-s, à un moment donné, nous arriverons à comprendre ce que ressent cette personne. En d’autres termes, on apprend à se mettre à la place des autres.

Voilà certains des apports de la lecture. On compte par dizaines les changements cérébraux qui se produisent lorsque l’on prend un livre entre nos mains et qu’on se laisse capturer par l’histoire qu’il raconte. Une bonne lecture nous transforme, dans le sens positif du terme. Cela nous permet de grandir, de nous unir plus profondément au reste de l’humanité et de devenir plus intelligents.

Source : Nospensees.fr

Rentrée littéraire : Mademoiselle, à la folie! de Pascale Lécosse. Coup de coeur!

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Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Editions de La Martinière, août 2017

Rentrée littéraire

 

Un premier roman sensible, plein de verve, dont les personnages, indiciblement attachants, vous hanteront longtemps. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire.

C’est le goût de l’effort qui, associé au talent, a hissé Catherine Delcour au sommet de la gloire. Actrice adulée, au théâtre comme au cinéma, elle a eu pour partenaire les plus grands acteurs. A 48 ans, la vie lui réserve pourtant un scénario qu’elle n’avait pas envisagé. Un scénario dans lequel la maladie tient le premier rôle.

Heureusement, en coulisses, Mina Flamand veille. Cette femme, qui partage la vie de l’actrice depuis 15 ans, est bien davantage que son assistante. Avec amour, abnégation, patience et dévouement, elle protège Catherine, l’entoure comme s’il s’était agi de sa propre mère. Quitte à sacrifier sa propre vie privée pour elle.

Nul ne doit apprendre que Catherine est diminuée. Et pourtant, le mal n’entend pas faire de la simple figuration. Il progresse et l’actrice en est consciente : « J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. Les mots me quittent un peu plus chaque jour sans que je puisse les retenir ».

Comment jouer le rôle le plus difficile de sa vie, celui qu’on n’a pas choisi, celui qui ne vous fait pas oublier votre texte mais pire, les noms des êtres chers et toutes ces choses qui font votre identité ? Comment accepter l’impuissance et garder l’espoir d’un clap de fin heureux ?

Un roman absolument bouleversant, juste, d’une sensibilité à fleur de plume, qui traite la maladie sous un angle original. Et évite avec brio l’écueil du pathos. A lire !

 

Quelqu’un en vue, Inès Benaroya (Flammarion)

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Quelqu’un en vue, Inès Benaroya

Editions Flammarion, avril 2016 

Un roman en vis-à-vis, sur le piège des apparences et le vertige de la liberté.

Sortir de prison ne signifie pas retrouver sa liberté. Car la liberté n’est pas qu’une question de murs physiques, de cellule, de cliquetis de serrure. La liberté, c’est aussi dans la tête. Or après tant d’années derrière les barreaux, tant de journées rythmées par les cris des codétenus, la gamelle, le parloir, les bagarres, Vincent se sent perdu. Il a en lui les automatismes de la détention et doit apprivoiser jusqu’aux gestes les plus banals du quotidien.

Libre en apparence, seulement. Car qu’est-ce la liberté ? C’est non seulement faire ce que l’on veut mais aussi et surtout, vouloir ce que l’on fait. Or quand on lui trouve un studio et un boulot, car il lui faut se réinsérer, quand on les lui présente comme une chance, ce n’est ni son choix ni son sentiment.

Il ne sait comment occuper son temps en dehors du travail et se met à observer les gens de l’immeuble d’en face. Une observation qui vire à l’obsession. « Son regard s’introduit, s’acharne, dissèque le va-et-vient. Il dévore les images. Rien ne lui échappe. Du haut de sa tour d’où personne ne le voit, il surveille et infiltre leurs secrets. C’est lui le maton à présent. » Il consigne dans un petit carnet les moindres faits et gestes des occupants, tout particulièrement ceux d’une femme et mère de famille, Valériane. Mais ce qu’il voit d’elle et qu’il interprète correspond-t-il à la vérité ? Qu’est la réalité de la vie de cette femme ? Car comme l’écrit Jean Genet : « Les images ont une double fonction : montrer et dissimuler. »

Avec ce deuxième roman, Inès Benaroya joue avec les apparences et les faux-semblants. La réalité de nos vies est-elle fidèle aux images que nous renvoyons ? Sommes-nous libres, libres de nos choix de vie, libres de bifurquer si nous réalisons nous être trompés de route ? Un double huis-clos à la tension soutenue.