Citation du jour

J’ai pensé que le bonheur, personne ne peut en forcer la porte, le trouver artificiellement. Il ne s’ouvre pas de l’extérieur le bonheur. Il est malin.Il est beaucoup plus malin, mille fois plus que vous.Il est fermé à clef depuis l’intérieur. Et personne n’a la clé. Le bonheur ne s’ouvre que de l’intérieur.

Olivier Liron – Danse d’atomes d’or

danse d'atomes d'or

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Citation du jour

Nous travaillons à tout moment à donner sa forme à notre vie, mais en copiant malgré nous comme un dessin les traits de la personne que nous sommes et non celle qu’il nous serait agréable d’être.

Marcel Proust – A la recherche du temps perdu.

lire en soi

Jules-César, Anne-Dauphine Julliand (Les arènes)

Jules-César Anne-Dauphine Julliand

©Karine Fléjo photographie

Après « Deux petits pas sur le sable mouillé » et le film documentaire « Et les mistrals gagnants », Anne-Dauphine Julliand, journaliste, signe son premier roman. Un roman aussi lumineux que bouleversant, dans lequel l’auteure nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant ?

Greffe et déracinement

Jules-César, du haut de ses sept ans, est un petit- garçon plein de vie. Plein de rêves. Dans son village du Sénégal, il vit auprès de son frère Simon, de Suzanne sa maman et d’Augustin son papa et de sa grand-mère. Un quotidien marqué par son combat contre des reins malades, des passages obligés à l’hôpital pour des dialyses. Mais à l’image de l’empereur éponyme, Jules César est un combattant. Plus tard, et ce, même si pour l’instant il ne sait ni lire ni écrire faute d’aller à l’école, il sera un intellectuel. Et même un docteur. Pour aider les autres à son tour.

Mais son courage, seul, ne suffit pas à juguler la maladie. Ses reins ne fonctionnent plus du tout et une greffe s’impose. Son père est le seul à avoir un rein compatible et accepte d’être donneur. C’est la seule chance de survie de l’enfant. Sauf qu’au Sénégal, cette opération n’est pas pratiquée. Jules César et son père doivent donc partir en France, ce qui est très onéreux, bien au-dessus des modestes moyens de la famille. Sans compter l’aspect administratif : séjourner en France nécessite des autorisations, des papiers en règle. Et ils ne les ont pas.

Qu’à cela ne tienne, c’est la vie du petit qui est en jeu. Moyens financiers ou pas, légalité ou pas, Augustin et sa femme sont décidés à tenter le tout pour le tout. Enfin surtout sa femme. Car Augustin doit laisser sa tant aimée Suzanne au pays alors qu’elle est enceinte, abandonner ce travail auquel il tient tant à l’aube d’une promotion, prendre des risques pour sa santé. Et puis surtout, Augustin se sent mal à l’aise avec la maladie, avec le sentiment d’échec auquel Jules-César le confronte. C’est donc par amour pour sa femme bien davantage que par amour pour ce fils malade auquel il ne s’identifie pas, qu’il accepte de tenter l’aventure française.

Une magnifique relation père-fils

Si la maladie de Jules-César sert de trame, ce roman n’est pas une histoire qui verse dans le pathos, dans la noirceur, ni dans l’odeur d’éther des hôpitaux.  Ce n’est pas un roman sur la maladie ni sur la greffe, lesquelles ne servent que de prétextes ici. C’est au contraire l’histoire lumineuse de deux êtres déracinés, un père et un fils.  Deux êtres sans repères, qui doivent chacun combattre leurs doutes, leurs peurs, leurs frustrations. Leur colère aussi parfois. Et tenter de faire émerger de cette épreuve le meilleur d’eux-mêmes. Repousser leurs limites. Puiser en eux des ressources insoupçonnées. Pour enfin laisser émerger l’amour.

C’est un roman plein d’humanité, où les personnages secondaires, comme Maam la grand-mère, le voisin grincheux JeanJean, ou la tante Roselyne sont aussi indiciblement attachants. Le petit garçon, par son lumineux courage, par ce regard émerveillé qu’il porte sur la vie, par son désir d’aller de l’avant, éclaire les êtres qui l’entourent et les révèle à eux-mêmes.

Dans ce roman, Anne-dauphine nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant? Quelles sont nos priorités dans la vie ? Connaissons-nous les ressources dont nous sommes capables?

Une plume sensible et belle, un roman bouleversant, viscéralement humain,  dont les personnages vous hanteront longtemps. Et surtout un message : un enfant ne vous demande pas de lui promettre la lune, de lui garantir une excellente santé, de le couvrir de cadeaux, non, un enfant a besoin que vous l’assuriez de votre amour inconditionnel tout au long de sa vie.

 

 

Livre pour enfant : Le si petit roi, Alice Brière-Haquet

unsipetitroi

©Karine Fléjo photographie

Une fable orientale, véritable leçon de sagesse pour les enfants, magnifiquement illustrée par les aquarelles de Julie Guillem. Ou l’art de savourer l’instant présent.

Pour enfants à partir de 7 ans.

Sagesse et expérience

Quand le roi, adulé de son peuple et réputé pour son extrême sagesse, décède, son fils se trouve démuni pour prendre sa suite. Il se sent si jeune, si petit pour être roi à son tour! Comment rivaliser avec le savoir, l’expérience et la sagesse d’un si grand homme? Comment être aussi fort que lui?

Alors il convoque ses meilleurs conseillers et leur demande d’aller glaner à travers le monde tous les savoirs, tous les arts et toutes les sciences. Mais quand ces derniers reviennent, dix ans plus tard, avec des chariots chargés d’objets de toutes sortes, le jeune roi réalise qu’il n’aura jamais le temps de tous les passer en revue.

Il leur demande alors de lui recenser tout cela dans des documents écrits. Ce qui leur prend encore dix ans.

Les années passent, le jeune roi demande à chaque fois à ses conseillers plus de concision. Jusqu’à ce jour où ces derniers reviennent vers lui avec une seule phrase inscrite sur une lamelle de bois, laquelle contient en ses mots tous les savoirs du monde :

VIVRE L’INSTANT.

Les éditions HongFei

Je ne connaissais pas la maison d’édition HongFei Cultures, qui célèbre pourtant ses dix ans d’existence et avoue être très séduite par cette découverte. « HongFei, signifie « Grand oiseau en vol ». Ce nom emprunté à un poème de Su Dongpo (XIe siècle) évoque la beauté de la découverte par le voyage et la liberté qu’il procure. Ce mot résonne particulièrement avec une ligne éditoriale singulière qui valorise l’expérience sensible de l’altérité, en lien avec le monde chinois. » Et en effet, les premiers ouvrages que je lis chez cet éditeur incarnent cette invitation au voyage, cette ouverture au monde, ce regard bienveillant sur l’autre.

Le texte est organisé en courtes strophes, avec un message clair et fort, d’un accès facile pour les enfants. Une invitation à profiter de l’instant présent, à se poser, au lieu de s’engager dans une course sans fin. Car rien ne vaut une vie pleinement vécue! Une leçon de sagesse d’une tendresse infinie, à l’image des illustrations si poétiques qui l’accompagnent.

Je vous recommande vivement cet ouvrage,  véritable pépite de douceur et de bienveillance!

Site des éditions HongFei : site de l’éditeur

 

Rentrée littéraire : Le ciel par-dessus le toit, Nathacha Appanah

le ciel par-dessus le toit

©Karine Fléjo photographie

Quand l’excès d’attentions tue aussi fortement que son absence. Qu’est-ce que bien aimer son enfant ? Qu’est-ce qu’être un bon parent ? De son écriture singulière et si poétique, Nathacha Appanah nous offre un roman bouleversant dont l’amour est au coeur.

Quand le paraître tue l’être

Les parents d’Eliette ont une vie banale, qui serait presque monotone si elle n’était éclairée par leur merveilleuse petite fille, Eliette. Eliette incarne à leurs yeux la perfection : belle, intelligente, à la voix d’or, ils aiment l’exhiber devant les invités, comme un trophée. Un trophée sur lequel ils veillent jalousement, qu’ils parent de beaux atours, maquillent à outrance pour sublimer sa beauté. Un trophée qui n’est pas Eliette mais une caricature d’elle-même. Une poupée. Les envies, les besoins d’Eliette n’ont pas leur place ici. On lui demande de sourire, de chanter, de danser, d’accepter ces tenues et ce maquillage sans broncher. Le culte des apparences porté à son comble. Le besoin pour ses parents de paraitre. Quand l’enfant crève de ne pouvoir juste être.

Et un jour, il y a cet homme qui, à son regard salace, joint les gestes. Pour l’enfant, c’est la goutte d’eau en trop, le point de non-retour : faute de pouvoir verbaliser sa colère, son mal-être, elle disjoncte.

Puis elle décide de mettre une distance physique avec sa famille. Mieux, avec son passé. Eliette n’existe plus. Désormais il faut l’appeler Phénix. Son ambition : renaître de ses cendres.

Si elle sait ne pas vouloir reproduire les erreurs de ses parents, saura-t-elle pour autant s’y prendre pour épargner la souffrance à ses enfants, être un meilleur parent que ceux qu’elle a eus ?

La difficulté d’être parent

Quand Eliette, alias Phénix, a rejeté en masse sa famille, ou plus exactement ses parents, elle s’est promis de ne pas reproduire leur schéma, ce schéma qui l’a tant fait souffrir. Elle ne fera pas de ses enfants des poupées qu’on exhibe pour épater les invités et qu’on remet dans leur boite sitôt les convives repartis. Des poupées sans affects, censées rire quand on le leur demande, chanter quand on le leur demande, danser quand on le leur demande. Avec le sourire. Tout le temps. Non, elle ne mettra pas ses enfants au centre des attentions.

Mais Phénix ne fait pas dans la demi-mesure : au centre des attentions, elle substitue l’absence d’attentions et de manifestations de tendresse. Ce qui génère au final ce qu’elle redoutait plus que tout : la souffrance de ses enfants, Paloma et Loup. Phénix n’a pas le mode d’emploi pour leur montrer son amour. Alors elle se tait, ne montre rien. Mais le silence comme les mots peut blesser.

Un roman qui remue, malmène, interroge. La souffrance est-elle transmissible ? Une histoire d’amour, celle d’êtres cabossés par la vie, qui, bien que maladroits dans leur façon d’aimer et de le manifester, n’en aiment pas moins intensément. Il y a toujours un coin de ciel par-dessus le toit. Il y a toujours de l’amour au fond des silences et des cœurs.

Nathacha Appanah

©Karine Fléjo photographie