La femme au miroir, de Eric-Emmanuel Schmitt : sublime ode aux combats des femmes

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La femme au miroir, Eric-Emmanuel Schmitt

Editions Albin Michel, Août 2011.

   Trois femmes. Trois époques. Trois destins croisés. Et un seul et même constat plus ou moins conscient : une inadéquation entre leurs aspirations profondes et leur siècle. Le miroir qu’on leur tend ne les reflète pas. 

   « On ne naît pas femme, on le devient » écrivait Simone de Beauvoir. On n’est pas spontanément soi, on le devient, nous livre avec pertinence Éric-Emmanuel Schmitt. A fortiori quand on est une femme, la société étant faite par l’homme et pour l’homme. Les femmes doivent entrer dans le moule des attentes des autres, particulièrement de la gent masculine. Mais y a t-il une fatalité à subir ? « Quand on sait de quel bois on est fait, on se sculpte. On ne troque pas sa matière première. »  nous dit Delphine de Malherbe. Ces trois femmes vont par conséquent refuser de rester spectatrices de leur vie, d’une vie qui ne leur convient pas.  A bas la docilité ! L’heure est à la résistance. Au combat.

   Ainsi, au temps de la Renaissance, Anne de Bruges, le jour de son mariage, réalise soudain qu’elle n’est pas faite pour cette union. Elle profite alors d’un moment d’inattention pour s’enfuir et trouve dans la religion l’apaisement de son âme.

   A l’aube du 20ème siècle, Hanna, dans la Vienne impériale, épouse d’un homme doté de toutes les qualités, le genre de parti qui ne se refuse pas, achoppe à lui donner l’enfant qu’il attend. Doit-on parler « d’instinct maternel » ? Être femme et épouse implique t-il obligatoirement de devenir mère? Après une grossesse nerveuse, elle tente de comprendre pourquoi son corps refuse obstinément de porter un enfant et se tourne  vers la psychanalyse. Mettre des mots sur ses maux. Trouver la voie de sa voix. Et se réaliser.

   Anny, quant à elle, est une star hollywoodienne contemporaine. Sur les planches depuis l’âge de cinq ans, elle a toujours à son insu suscité les fantasmes et les désirs des hommes. Et bien souvent y a cédé. Mais qu’en est-il de son propre désir les concernant ? Plutôt que de chercher une réponse, elle a jusqu’ici noyé ses doutes et ses insatisfactions dans les médicaments et la drogue. Mais aujourd’hui, l’image que lui renvoient ceux qui l’adulent et l’entourent lui est insupportable. Elle étouffe dans sa camisole chimique. Besoin d’air. Besoin d’être.

 

   Trois histoires qui se fondent et se confondent subtilement en une seule et même ode aux femmes, interprétée par  la remarquable plume de l’auteur. Loin de s’asseoir dans un fauteuil de lamentations  et d’attendre un improbable changement, elles prennent en main les rênes de leur vie. En quête de liberté, de leur mission, de leur vérité.

   Ou quand l’incroyable complexité des femmes est mise à nu par le regard sensible, humain et indiciblement juste d’Éric-Emmanuel Schmitt…

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 22€

Nombre de pages : 456

ISBN: 9 782226 229861

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Le Karinotron avec … Grégoire Delacourt !

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Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt est publicitaire. On lui doit notamment ces fameux slogans : « Vous n’aviez jamais mangé de camembert » (Cœur de Lion), « Nous vous devons plus que la lumière » (EDF), « Un Lutti d’offert, c’est un Lutti de perdu » (Lutti).  Celui qui jusqu’alors accumulait les prix dans la publicité, fait avec son premier roman « L’écrivain de la famille » aux éditions J.C. Lattès, une entrée aussi bien remarquée que remarquable. Prix Marcel Pagnol 2011, Prix Rive Gauche à Paris 2011, Prix Coeur de France 2011, ce MAGNIFIQUE roman, délicat, émouvant, drôle et tragique à la fois, fait l’unanimité.Un plébiscite qui n’est que justice rendue à son ineffable talent.

    Un homme de coeur, un écrivain dont la sensibilité à fleur de plume emporte le lecteur du rire aux larmes, de la tristesse à l’ivresse. Un bijou d’émotion dans toutes ses acceptions. « Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent, c’est pour toujours. On ouvre une porte et on sait qu’on ne la refermera plus  » écrit Christian Bobin. « L’écrivain de la famille » fait partie de ces rares livres-là…

   Et n’hésitez pas à aller sur le site de l’auteur !  http://www.gregoiredelacourt.com/

Son Karinotron :


1-Votre livre de chevet


De plage plutôt. Je suis en train de lire le (gros) livre de mon amie Cristina Rodriguez, « Le César aux pieds nus » (Flammarion, 2002). Un formidable voyage dans l’Italie des années 30 (après JC) ; un cocktail qui fait tout oublier.

2- Vos lectures


Très disparates, comme toujours. L’Anthologie de l’Oulipo (Folio). Laura Kasischke (j’adore tout d’elle, je relis le glaçant A Suspicious River). David Foenkinos (que je découvre enfin, quel bonheur !). Valérie Tong Cuong (La battle). Curt Siodmak (Le cerveau du nabab, Série Noire Gallimard, 1942, un épatant roman noir). Grazia, Madame Figaro et Aujourd’hui (ah, les faits divers !). Et un jour, Karine Fléjo.

3-Votre façon d’écrire


Assis.

4-Votre rapport aux lecteurs


C’est la plus belle chose qui me soit arrivée depuis la sortie de mon roman. Recevoir des mots émus, bouleversés ; des encouragements.
On écrit seul et après, on n’est plus jamais seul. C’est un cadeau. Merci à eux, de tout cœur.

5- Votre prochain livre


Une femme. Elle se prénomme Jocelyne. Elle devrait vous bouleverser.

 

On attend donc avec une indicible impatience le deuxième roman de Grégoire Delacourt !

Ma petite française, de Bernard Thomasson : les murs de la honte

 

 

Ma petite française, Bernard Thomasson

 

Editions du Seuil, août 2011

 

 

 

Les murs de la honte 

 

     Quand Hélène, la « petite française » devenue professeur d’université aux États-Unis, est invitée dans la capitale allemande en 2009 pour célébrer les vingt ans de la chute du mur, c’est tout un pan de son passé qui ressurgit. Une page de son histoire encore très prégnante malgré les trois décennies écoulées. Et pour cause…

 

« Les périodes charnières de l’existence ne rouillent jamais. Ni sous la pluie, ni sous les pleurs. »

 

     Dans l’avion qui la conduit vers Berlin, elle sympathise avec David, journaliste, envoyé spécialement pour couvrir l’évènement. A l’instar d’Hélène, David, d’origine juive, a avec cette ville un passé commun, des pièces du puzzle de ses origines à retrouver et à agencer. L’un comme l’autre prennent en effet conscience qu’ils ne peuvent tirer un trait sur leur passé, vivre dans le déni ou l’ignorance, s’ils désirent avancer. Leurs fondations, comme celles du mur, sont encore si fragiles…

 

« Jusqu’à aujourd’hui, je ne voulais pas croire à ce lien avec le passé. Je pensais pouvoir vivre ma vie, peinard, construire un avenir serein sans regarder dans le rétro. Or plus j’avance, plus ce manque grandit en moi, accapare de l’espace, m’apostrophe, réclame que je le comble. »

 

      Ces quêtes identitaires vont leur réserver une surprise bouleversante. Avoir vécu à Berlin n’est pas leur seul point commun…

 

     Et de découvrir aussi, sous la plume éclairée de l’auteur, que bien des murs subsistent, murs de la honte, invisibles mais ô combien intolérables. Barrières sentimentales, culturelles, sociales, politiques, ethniques s’érigent inexorablement autour de soi. Il n’y a pas un mur, mais des murs…

 

     C’est par conséquent un magnifique voyage dans le Berlin de la guerre froide où les restrictions donnaient lieu à toutes les exubérances et le Berlin d’aujourd’hui qui se reconstruit avec un passé lourd à porter, que nous offre de faire Bernard Thomasson. Une très belle ode à l’amour pour cette capitale européenne pittoresque à travers deux histoires sentimentales croisées.

 

Informations pratiques :

 

Prix éditeur : 18€

 

Nombre de pages : 263

 

ISBN : 978 2 02 105056 1

 

 

 

     Homme de radio et journaliste de renom, rédacteur en chef à France Info, Bernard Thomasson signe avec « Ma petite française » un brillant premier roman, après un recueil de nouvelles « Je voulais vous donner des nouvelles » paru aux Éditions Odile Jacob (2009)

 

 

Le Karinotron avec … Marie-Laure Bigand

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Marie-Laure Bigand, romancière et co-animatrice de l’émission radiophonique « Les mots migrateurs » avec Philippe Raimbault  (http://www.motsmigrateurs.fr/page6/page6.html) , nous offre des personnages qui nous ressemblent. Sa sensibilité, sa douceur et sa générosité respirent à travers sa plume et nous entraînent dans des récits captivants qui laissent, longtemps après la lecture, une empreinte, comme si les héros et les héroïnes de ces fictions étaient une partie de nous-mêmes.


Son style impeccable, léger et maîtrisé, s’efface naturellement en arrière plan, pour laisser place à l’intrigue et au suspens. Une romancière dans l’air du temps qui se plaît à transporter le lecteur dans un ailleurs. Auteur de « Pour un enfant », « D’une vie à l’autre », « Mais qu’y a t-il derrière la porte? », « Le premier pas », Marie-Laure Bigand aborde avec  » Et un jour tout recommencer… »  des thèmes qui lui sont chers, comme les destins croisés, la recherche du bonheur et la propension de chacun à exister au travers des épreuves.

Site de l’auteur : http://lesmotspartages.blogspot.com/

 

1-Votre livre de chevet   

Celui que je lis et qui me suit partout.


2- Vos lectures  

Des livres contemporains (dont quelques écrivains que je suis comme Claudy Gallay, Laurence Tardieu, Brigitte Giraud, Dominique Dyens, Anna Gavalda, Françoise Dorner, Isabelle Jarry, Philippe Claudel, Eric Holder, Douglas Kennedy,…), un peu de poésie, et j’aime parfois me replonger dans les classiques comme Zola, Camus, Balzac, Colette,… et « mes » coups de cœur d’adolescente pour lesquels j’éprouve toujours une affection particulière : « Le grand Meaulnes » d’Alain Fournier et « Les hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë.

 

3-Votre façon d’écrire  

J’ai d’abord l’idée d’un livre – en fait c’est ce que j’appelle le fil conducteur, c’est à dire le sujet principal du roman – souvent le titre vient, les premiers personnages… J’y pense alors beaucoup. Je commence à mettre quelques idées sur une feuille, rien de très précis, quelques phrases, puis je créais mes personnages, j’adore ça, leur donner vie. Ensuite vient l’écriture, en premier sur une feuille, puis sur mon ordinateur. Je retravaille beaucoup mes écrits, jusqu’à ce que je perçoive une certaine musicalité. Comme j’écris en premier lieu sur du papier je peux écrire n’importe où. De la même manière que je transporte partout le livre que je lis, je transporte partout mon roman en cours…

 

4-Votre rapport aux lecteurs  

J’ai un lectorat qui me suit depuis mon premier roman, ensuite au fur et à mesure des salons littéraires et des séances de dédicaces je rencontre de nouveaux lecteurs. J’ai un blog et une carte que je remets à chaque fois avec le livre. J’ai parfois quelques retours mais en fait, peu de gens effectuent cette démarche, peut-être par timidité. (Je parle ici des gens que je ne connais pas, car les gens qui me suivent, eux, pour la plupart m’envoient souvent un mail après la lecture). En revanche, comme maintenant je retourne d’une année sur l’autre sur les mêmes salons, « mes » lecteurs reviennent et me demandent ce que j’ai écrit de nouveau… C’est le plus beau des retours de lecture, cette fidélité, et là les mots ne sont pas nécessaires.

 

5- votre prochain livre  

Après l’écriture de mon quatrième livre, j’avais repris un roman commencé au tout début de l’année dernière (puis délaissé pour écrire « Et un jour, tout recommencer…), mais pour des raisons personnelles je suis en incapacité de le poursuivre actuellement (Décidément, c’est la deuxième fois que je le délaisse !). J’ai donc laissé passer un peu de temps (j’avais probablement aussi besoin de repos « intellectuel » après avoir écrit quatre romans en continu), et tout naturellement l’idée d’un nouveau roman est venue… Un livre un peu d’aventures, plus dans le style « D’une vie à l’autre »… Pour l’instant j’en suis à la phase où il vit en moi, l’écriture viendra bientôt…

 

L’aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe : la brûlure

 

La brûlure

      Mariée à Henri de Jouvenel, rédacteur en chef du journal Le Matin et politicien de renom, Colette découvre que ce dernier la trompe. Meurtrie, déjà échaudée par les frasques de son précédent mari Willy, elle se réfugie dans sa propriété bretonne. C’est alors que Bertrand, le fils d’Henri,17 ans, de trente ans son cadet, la rejoint et lui déclare sa flamme…

      Que faire ? L’aimer ou le fuir?

      Un dilemme insoutenable pour Colette, chantre de la liberté, de la transgression des règles, à la vie rythmée par les battements de son cœur et l’assouvissement de ses désirs bien davantage que par la voix de la morale bien pensante. Une femme qui a toujours inventé la mode et prend comme un reniement à ses valeurs le fait de se plier à la norme. Car si la raison lui dicte de maintenir ce jeune homme promis à un grand avenir à distance, force lui est de reconnaître qu’il l’attire. Fortement. Et ce n’est pas tant l’écart d’âge qui soit un problème, que le fait qu’il soit son beau-fils.

      Avec une infinie sensibilité, une ineffable sensualité et une plume d’une justesse chirurgicale, Delphine de Malherbe nous livre les réflexions de Colette, lors d’une unique séance de psychanalyse fictive. Une séance où le lecteur est pris à témoin des émotions contradictoires qui l’animent, où les failles de cette femme « alchimie subtile de fragilité humaine et de force inhumaine », s’ouvrent sous nos yeux. Car si tous voient en elle un génie, une personne élégante, solide, c’est une vision bien restrictive de sa personnalité. Esclave de la tyrannie de Willy pendant des années, lequel lui a volé son travail, son nom, son talent, l’a trompée à tout va, Colette est restée une écorchée vive. «  Une souffrance aussi aiguë demeure égale au fil du temps. »

      L’amour de Bertrand pourrait-il être un baume lénifiant, un remède à ses blessures ?

      Des interrogations que Delphine de Malherbe mène à un rythme effréné, avec une énergie absolument époustouflante.

Un livre MAGISTRAL.