Mes 6 livres coups de coeur de mai

Chaque semaine, je vous ai présenté cinq livres dans des registres très divers, pour adultes comme pour enfants. Voici en quelques lignes ceux qui ont été mes coups de coeur de ce mois de mai 2020. Et pour retrouver la chronique que j’ai consacrée à chaque livre, il vous suffit de cliquer sur son titre. C’est simple comme un clic! 😊

La liberté n’est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh, éditions Plon : Shaparak Shajarizadeh est devenue une figure de proue du mouvement pour le respect du droit des femmes en Iran. Pour avoir manifesté contre le port du voile et incité d’autres femmes à renoncer au port obligatoire du hijab, elle a été emprisonnée et torturée. Un témoignage édifiant.

Vanda, de Marion Brunet, éditions Albin Michel : La relation fusionnelle, presque animale, entre une mère marginale et son fils. Un roman intense, percutant, sur une maman qui tente de rester à flot dans une société qui ne lui fait aucun cadeau.

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, Yoan Smadja, éditions Pocket. Un roman poignant sur l’enquête de terrain d’une journaliste sur le génocide des Tutsi au Rwanda. Avec, en filigrane, une vibrante histoire d’amour. Un joyau.

La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault, éditions Plon : Quand vous vous trouvez au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est toute votre vie qui peut basculer. Un premier roman passionnant, aux personnages particulièrement attachants. Coup de cœur ❤  !

Une evidence, Agnes Martin-Lugand, éditions Pocket : En 2014, on découvrait Agnès Martin-Lugand avec « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Six années et 3 millions d’exemplaires vendus plus tard, elle nous revient avec un sixième roman extrêmement touchant : Une évidence. S’il est une évidence, c’est que ce roman va vous transporter ! Et bonne nouvelle, il sort en poche 🙂

Emile et Mado, Sophie de Mullenheim, éditions Fleurus : L’auteure de Pierrot et Miette, Prix du roman historique jeunesse 2019, nous revient avec un magnifique roman d’amitié et d’aventure au cœur de la seconde guerre mondiale. Pour enfants de 10 ans et plus.

Citation du jour

Nos âmes ont des besoins invisibles pour les yeux du corps. Elles se nourrissent de la beauté du monde, du chant d’un oiseau, de quelques notes de musique, d’un rayon de soleil sur la neige. Elles se nourrissent de relations aimantes, d’échanges désintéressés, de communion avec tout être vivant, de don de soi. Elles se nourrissent de partage, de justice, de fraternité. C’est pourquoi l’être humain doit reconnaître, nourrir, utiliser et faire grandir les deux organes spirituels qui lui sont propres : le cœur et l’intelligence.

Frédéric Lenoir – L’âme du monde

 

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La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault

La seconde vie de Rachel Baker

©Karine Fléjo photographie

Quand vous vous trouvez au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est toute votre vie qui peut basculer. Un premier roman passionnant, aux personnages particulièrement attachants. Coup de cœur ❤  !

Quand la vie bascule

Rachel Baker est serveuse dans un diner situé dans un coin perdu de l’Alabama. Ce soir-là, alors qu’elle effectue son service comme d’habitude, trois hommes armés entrent et se mettent à tirer dans la salle. Elle est la seule survivante. Tous, y compris son amant, ont péri. Pourquoi l’ont-ils épargnée ?

Quand Nick Follers, agent de police, est dépêché sur place, c’est une femme terrifiée qu’il trouve au milieu du carnage. Rachel sait que sa vie vient de basculer  et ne sera plus jamais la même. Traumatisée, éprouvée par le chagrin d’avoir perdu son amant dans la tuerie, et par tous ces innocents abattus sous ses yeux, elle sent cependant peu à peu en elle la colère se substituer à la peine et à la peur. Colère et haine. 

Saura-t-elle les juguler, ou la psy qui la suit a-t-elle raison de craindre qu’elle ne bascule dans la violence ?

Et Nick Follers, saura-il garder avec le témoin la distance inhérente à ses fonctions ? 

Un premier roman passionnant

C’est un premier roman très abouti que nous offre Lucie Brémeault. Ses personnages, aussi bien Rachel Baker que Nick Follers, se situent à un carrefour de leur existence. Une rencontre, un événement, peuvent en effet fragiliser l’équilibre de ces funambules de la vie qu’ils sont, que nous sommes. L’auteur refuse ainsi toute vision manichéenne de l’être humain : personne n’est ni blanc ni noir, fondamentalement bon ou fondamentalement mauvais. Une vision particulièrement bien illustrée par le portrait de ces femmes si attachantes, que côtoie en prison Lucie Baker. Des femmes dont la vie a soudainement basculé, sans que cela ne fasse d’elles des monstres . Des femmes qui pourraient être vous ou moi demain.

«  En fait, elles auraient pu être comme toutes les autres femmes de cette planète si la vie en avait décidé autrement. »

Impossible de reposer le roman une fois la lecture commencée. La fluidité de l’écriture de l’auteure, l’intimité qu’elle sait créer d’emblée entre ses personnages et le lecteur, la tension permanente du récit, vous happent dès les premières pages. Elle analyse avec brio la fragilité de nos existences, ces moments charnières où tout peut basculer. A-t-on un pouvoir sur notre vie, sur la vie en général, sur l’orientation qu’elle prend? Ou doit-on accepter le destin comme une fatalité ?

Un vrai gros coup de coeur!

Informations pratiques

La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault -Editions Plon, février 2020 – 274 pages – 18,90€

 

 

Roman pour ados : Emile et Mado, Sophie de Mullenheim

Emile et Mado, Sophie de Mullenheim

©Karine Fléjo photographie

L’auteure de Pierrot et Miette, Prix du roman historique jeunesse 2019, nous revient avec un magnifique roman d’amitié et d’aventure au cœur de la seconde guerre mondiale. Pour enfants de 10 ans et plus.

Deux enfants en fuite

Nous sommes à Paris en 1943. Depuis que le père d’Emile a été fait prisonnier par les allemands, lui et sa maman ont déménagé dans un tout petit appartement sous les toits. Un appartement où Emile passe de longues heures seul avec son épagneul breton Puce, quand sa maman, infirmière, est au travail. Mais cette nuit-là, Emile a beau attendre sa maman, elle ne rentre pas de l’hôpital. Dès lors, il sait ce qu’il doit faire. Sa maman lui a en effet donné des consignes très précises : en cas d’absence de sa part, il doit quitter Paris, et rejoindre en train sa tante qui vit à Chartres.

Dès la levée du couvre-feu, il prend quelques affaires, sa fidèle Puce, et se rend à la gare. Sur les quais, son attention est attirée par une fillette toute seule, prénommée Mado, visiblement très anxieuse.

Commence pour les deux enfants et le chien, une longue errance, dans un pays aux mains des allemands. Et les allemands ne sont pas les seuls à traquer les fuyards. La milice française est elle aussi à leurs trousses. Parviendront-ils à Chartres?

Un roman d’aventure sur la solidarité et l’amitié

Si ce roman est destiné aux adolescents à partir de dix ans, j’avoue qu’en tant qu’adulte, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à le lire. Les personnages sont indiciblement attachants, courageux, touchants. Pris dans la tourmente de la guerre, ils vont devoir compter sur la solidarité, l’entraide, l’amitié, pour en sortir. Des valeurs nobles, d’autant plus essentielles en ces temps de guerre où rien n’est possible seul.

Un roman qui se place dans le cadre historique de la seconde guerre mondiale et permet aux jeunes adolescents de découvrir le rôle de la milice française, la traque des juifs, le réseau de la résistance, tout en dévorant un roman d’aventure. Et le suspens est tel, qu’il sera impossible de reposer le roman une fois la lecture commencée!

Informations pratiques

Emile et Mado, Sophie de Mullenheim – Editions Fleurus, mars 2020 – 218 pages – 14,90€

Voix sans issue, de Marlène Tissot

Voix sans issue de Marlène Tissot

©Karine Fléjo photographie

Un roman choral sur la vie de trois êtres blessés, cabossés mais non résignés. Un livre sur la violence dans toutes ses acceptions, mais aussi, au final, sur l’amour. 

Un roman choral

Ce sont les destins croisés de trois êtres chahutés par la vie, malmenés, que nous propose de découvrir Marlène Tissot. Si Mary a coupé les ponts avec son passé, n’a plus aucun contact avec ses parents, est parvenue à s’intégrer socialement grâce a son travail de coiffeuse, elle continue à subir les assauts de ses voix intérieures. Son passé n’est pas dans son dos, il lui fait face. Enfant, elle a subi au quotidien les relations incestueuses de son père et le silence soumis de sa mère. Cette dernière craignait-elle d’être accusée de complicité en le dénonçant ? Était-elle menacée ? Mary ne l’a jamais su. Ce qu’elle a su en revanche très tôt, c’est qu’elle n’avait aucun soutien à espérer de sa part. 

Franck quant à lui, est gardien de nuit dans un cimetière. Élevé seul par sa mère, il a beaucoup souffert de ses accusations permanentes et infondées ainsi que des humiliations constantes à son endroit. Violence physique et violence psychologique étaient son quotidien. S’il a mis de la distance entre elle et lui depuis, son influence continue à s’exercer sur lui, à conditionner ses faits et gestes, à s’infiltrer dans ses pensées.

« Maman m’a donné la vie, mais elle a oublié certains ingrédients : les raisons d’avoir envie de la vivre. »

Alors il se réfugie dans la solitude et l’alcool.

Quant à Ian, il se sent insignifiant, tout petit.  Transparent dans le regard des autres. Quand il croise le chemin de Mary, il voit en elle son double, un Autre indissociable de lui. Et de décider de voler à son secours.

Trouver la voie de sa voix

Marlène Tissot est poétesse. Avec ce roman, Voix sans issue, elle se penche sur l’offense aux corps, sur la mémoire de la violence inscrite dans la chair et dans l’âme. Avec beaucoup de sensibilité, de réalisme, de justesse, elle nous entraîne sur le chemin de vie de ces personnes, de l’enfer de leur enfance à leur renaissance adulte. Un chemin périlleux, car les propos assénés pendant l’enfance et les croyances qui en découlent, continuent à résonner chez les victimes, même à l’âge adulte. Mais il suffit parfois d’une rencontre, pour que deux blessures cicatrisent au contact l’une de l’autre, pour que chacun trouve la voie de sa voix et se libère de son passé. Ou quand l’amour agit comme un baume lénifiant.

Un roman touchant et très juste dans l’analyse de la psychologie des personnages, sur lequel je mettrais cependant un petit bémol. L’auteur n’évite pas l’écueil du pathos et je me suis sentie gênée, oppressée, par la répétition et l’étalage de la souffrance des personnages ( scènes d’inceste, d’humiliation).  Une répétition qui enlève de la force aux propos et transforme l’empathie première que l’on a envers les personnages en une forme de malaise et d’oppression.

Informations pratiques 

Voix sans issue, Marlène Tissot – Éditions au Diable Vauvert, mai 2020 –265 pages

Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

©Karine Fléjo photographie

En 2014, on découvrait Agnès Martin-Lugand avec « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Six années et 3 millions d’exemplaires vendus plus tard, elle nous revient avec un sixième roman extrêmement touchant : Une évidence. S’il est une évidence, c’est que ce roman va vous transporter ! Et bonne nouvelle, il sort en poche 🙂

Secret autour de la maternité

Reine élève seule Noé, son fils âgé de 17 ans. Avec lui, elle forme un duo fusionnel. Au point que depuis sa naissance, elle n’a jamais envisagé de refaire sa vie, de se vivre comme une femme et pas seulement comme une mère. Entre son travail passionnant en binôme avec soin associé Paul, et sa vie de maman, sa vie est bien remplie. Et épanouie. Aussi, à la perspective que son fils prenne son envol du nid après le baccalauréat, Reine s’inquiète. Ce bel équilibre qu’elle a eu tant de mal à acquérir pourrait bien se rompre. Noé est le centre de son monde, le centre de sa vie. Son tout.

Pour la distraire de ses préoccupations, Paul lui propose de s’occuper d’un chantier très accaparant : il s’agit de monter un plan de communication pour une boîte d’import/export de thé et de café : Des quatre coins du monde. Une entreprise basée à Saint-Malo et tenue par deux associés. Quand Reine rencontre le premier associé, Pacôme, elle tombe sous le charme. Et est sidérée de constater à quel point elle se sent libre à ses côtés, légère, déchargée l’espace de quelques heures et pour la première fois en 17 ans, de son rôle de mère. S’était-elle oubliée jusqu’alors sans s’en rendre compte ?

Mais une surprise plus grande encore l’attend, quand elle rencontre le deuxième associé, Nicolas. Un homme qui lui est tout sauf inconnu. Et si le passé n’était pas dans son dos mais lui faisait face ? Et si son univers, construit sur de mensongères fondations depuis 17 ans s’effondrait ? Impossible d’avancer, impossible de reculer. Reine est prise au piège. Pour se libérer du passé, devra-t-elle aussi se libérer du mensonge qu’elle entretient depuis la naissance de son fils ? Mais si le secret est levé, ne risque-elle pas de perdre l’amour de celui pour qui elle donnerait sa vie, Noé ? Un mensonge par amour peut-il être pardonné ?

Un roman touchant, d’une grande finesse d’analyse

Ce qui me frappe cette fois encore dans l’écriture d’Agnès Martin-Lugand, c’est à la fois sa capacité à nous faire entrer dans son univers en quelques mots et son analyse psychologique extraordinairement fine des personnages. Il lui suffit à chaque roman de quelques lignes pour que le lecteur franchisse le seuil de l’histoire, se sente désireux d’entrer pour faire connaissance avec les personnages. Juste quelques lignes pour d’emblée créer une atmosphère, introduire une tension narrative, susciter la curiosité et l’envie d’en découvrir davantage. Juste quelques lignes lues pour ne plus reposer le livre avant la dernière page. Ici, Agnès Martin-Lugand nous interroge sur le poids du mensonge : peut-on réellement avancer, laisser son passé derrière soi, quand on a bâti son histoire sur des bases fausses ? Toute vérité est-elle bonne à dire pour autant ? Mensonge par amour, mensonge par désir de protection, mensonge par omission, mensonge par jeu, mensonge pernicieux, il existe différentes formes de mensonge et toutes n’ont pas le même degré de gravité. L’aveu peut-il susciter le pardon, quand l’amour et le désir de protection ont poussé à dissimuler la vérité ?

Informations pratiques

Une évidence, Agnès Martin-Lugand – Editions Pocket, mai 2020 – 408 pages – 7,60€