Citation du jour

L’instinct est quelque chose qui transcende la connaissance. Nous avons, sans aucun doute, certaines fibres plus fines qui nous permettent de percevoir les vérités lorsque la déduction logique, ou tout autre effort volontaire du cerveau, est futile.

Nikola Tesla

aurore boréale

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Rentrée littéraire : Feel good, Thomas Gunzig

Feel good de Thomas Gunzig au Diable Vauvert

©Karine Fléjo photographie

Feel good est un roman tellement jubilatoire, tellement jouissif, que j’ai presque envie de limiter ma chronique à : « Lisez-le, vous comprendrez ! » Mais c’est un peu lapidaire et votre esprit critique réclame un peu plus d’arguments. Il n’empêche : « LISEZ-LE ! »

Quand la précarité sociale conduit à quitter le « droit chemin »

Alice s’est frottée très tôt aux fins de mois difficiles. Âgée de 8 ans au décès de son père, elle voit sa mère boucler les fins de mois « tout juste » avec ses allocations chômage. Pourtant, invitée chez une camarade de classe, elle découvre qu’il existe un autre monde. Elle découvre « l’odeur des riches », « cette merveilleuse nonchalance, cette indolence moelleuse que l’aisance matérielle donne à ceux qui ont de l’argent. » Mais ce monde n’est pas le sien.  Et lui demeure durablement étranger lorsque, faute de pouvoir financer ses études, elle doit travailler jeune et entrer comme vendeuse de chaussures chez Madame Moretti. Quand un joli bébé vient gonfler son ventre tandis que le père se dégonfle, la situation devient encore plus critique. Alors que dire quand Madame Moretti lui annonce fermer la boutique et qu’elle se retrouve au chômage avec son fils à élever ?

Si Alice est à court d’argent, elle n’est en revanche jamais à court d’idées. Peu de moyens financiers, mais les grands moyens pour en trouver : elle va ni plus ni moins kidnapper un bébé et demander une rançon.

Sauf que personne ne réclame la petite Agathe qu’elle a kidnappée. Moralité : ce sont désormais trois bouches à nourrir…

De son côté, Tom est un écrivain en mal de succès, qui attend de devenir la référence intellectuelle et artistique incontournable du monde littéraire. Mais les années passent et il demeure ce génie ignoré de ses contemporains (sauf de sa mère). Jusqu’au jour où il croise la route d’Alice et voit en son histoire de kidnapping une intrigue romanesque à exploiter.

Mais Alice voit plus grand. Elle ne veut pas qu’il écrive un roman sur sa vie, elle veut écrire ce roman. Mieux, elle veut écrire un best-seller sinon rien. Et pour cela, elle va adopter la recette et les ingrédients du succès. Le titre du roman ? Feel good, bien sûr ! Parviendra-t-elle à transformer l’essai?

Un humour jouissif, une satire de notre société d’une grande acuité

Dans cette mise en abyme savoureuse, Thomas Gunzig met en lumière la précarité sociale et dynamite les clichés. Pas de jugement moral ici, juste une réalité brute. Alice, sa si attachante héroïne, au cœur aussi riche d’amour et de bienveillance que son compte en banque est pauvre, n’est pas une délinquante, pas plus qu’une folle dangereuse. Non, c’est juste une femme qui, ayant épuisé tous les recours, commet l’inconcevable pour espérer survivre. Pour pouvoir mettre quelques pâtes dans l’assiette de son enfant. Un tableau lucide de notre société à deux vitesses, laquelle prétend non sans cynisme, que l’argent ne fait pas le bonheur.

Thomas Gunzig brocarde au passage le monde littéraire, ces éditeurs qui recherchent avant tout une personnalité atypique, tourmentée, trash, bien davantage que des écrits de qualité. Il définit non sans humour les ingrédients d’un livre qui garantissent son succès.

Un succès que je souhaite de tout cœur à Thomas Gunzig, à l’image de celui d’Alice son héroïne. Vous avez envie de rire aux éclats, d’applaudir aux formules inédites de l’auteur et à son inénarrable humour, de tourner frénétiquement les pages dans l’attente de la suite ? Alors, pardonnez-moi si je me répète, mais LISEZ-LE !

La science est dans le citron, Cécile Jugla et Jack Guichard

la science est dans le citron

©Karine Fléjo photographie

Savez-vous que nous retenons 90% de ce que nous faisons ? C’est en partant de ce constat que les auteurs proposent ici aux enfants dès 4 ans, des expériences ludiques et faciles, pour découvrir les grands principes scientifiques. Une collection géniale publiée aux éditions Nathan.

Dix expériences ludiques pour les enfants autour du citron

Votre enfant aime faire des expériences, manipuler, faire mousser, observer, comprendre ? Il est de nature curieuse ? Alors cette collection « La science est dans.. » déclinée en plusieurs tomes, aux éditions Nathan, est faite pour lui. Ces petits livres proposent des activités simples, ludiques, pour trouver des réponses à leurs interrogations et découvrir par eux-mêmes les grands principes scientifiques.

Dans ce numéro La science est dans le citron, dix expériences amusantes vont permettre à votre chère tête blonde de faire connaissance avec le citron : forme, couleur, poids, contenu, mode de culture. D’autres expériences vont le transformer en magicien : comment faire briller une vieille pièce de monnaie grâce au citron, comment empêcher une pomme de brunir, savoir rédiger un message secret avec du jus de citronvou encore changer la couleur des jus de légumes grâce au citron.

Rendre la science accessible aux enfants dès 4 ans

Jack Guichard est à l’origine de la création de la Cité des enfants, et ancien directeur du Palais de la Découverte. Cécile Jugla est quant à elle l’auteure de nombreux livres documentaires pour enfants. Deux spécialistes convaincus de l’importance de rendre les grands principes scientifiques accessibles aux tout-petits. Et pas de n’importe quelle manière : en réalisant eux-mêmes des expériences amusantes. Car on retient 10% de ce qu’on lit, 30% de ce que l’on voit, 70% de ce que l’on dit mais 90% de ce que l’on fait. Chaque expérience, ici, est ensuite expliquée aux enfants, répondant ainsi aux nombreuses questions soulevées par ce qu’ils auront observé. Les illustrations joyeuses de Laurent Simon complètent avec bonheur cette collection inédite dans le concept et absolument géniale.

A lire et offrir sans modération !

Citation du jour

Elle était belle, par sa façon de penser.
Elle était belle, par les étincelles de ses yeux lorsqu’elle parlait de quelque chose qu’elle aimait.
Elle était belle par sa capacité à faire sourire les personnes autour d’elle, même si elle était triste.
Non, elle n’était pas belle pour quelque chose de si éphémère que son apparence.
Elle était belle au plus profond de son âme.
Elle est belle.

Francis Scott Fitzgerald

Rentrée littéraire : A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruines Alexandra Koszelyk

©Karine Fléjo photographie

Alexandra Koszelyk nous offre un premier roman absolument envoûtant, celui d’un amour puissant entre deux adolescents que le drame de Tchernobyl va séparer. L’amour survit-il au temps, à la distance et aux mensonges ? Une histoire d’amour forte et belle, mais aussi l’histoire d’un exil. Et de la folie des hommes. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire.

Le drame de Tchernobyl et ses victimes collatérales

Léna et Ivan vivent à Pripiat, en Ukraine, à 3 kilomètres de Tchernobyl. Les parents de Léna sont d’éminents scientifiques qui travaillent au bon fonctionnement de la centrale. Rien à voir avec la famille de Ivan, entièrement vouée au travail de la terre et à l’élevage des animaux. D’un côté la technologie et de l’autre, la nature. Deux sphères sociales distinctes, reliées par l’amitié puissante qui relie deux de leurs enfants, Léna et Ivan. Une relation forte, exclusive, au point qu’ils sont vite surnommés « les inséparables ».

Inséparables jusqu’à ce que l’incendie d’avril 1986 dans la centrale de Tchernobyl en décide autrement.

Conscient de l’extrême danger que représentent les radiations pour sa famille, le père de Léna prend la fuite pour la France avec sa femme, sa fille et sa belle-mère Zenka. Faute d’informations claires sur le drame qui vient de se dérouler, la population ne prend pas conscience du péril qui la menace. Il faudra que les autorités interviennent, plusieurs jours après, et déplace les populations vers des camps provisoires, pour que Ivan et sa famille quittent leur ferme. Mais Ivan conserve en lui l’espoir que Léna reviendra. Au fil des mois et des années, il s’arc-boute à cet espoir comme à une bouée.

En France, Léna nourrit-elle cette même envie ? A-t-elle trouvé dans ce pays une terre suffisamment accueillante pour s’y fondre, gommer ses racines, ses souvenirs, ses traditions, comme son père l’y invite ? Tandis que le mur de Berlin tombe, trois ans plus tard, c’est un mur d’incompréhension qui s’érige entre Léna et ses parents : comment son père peut-il lui interdire de parler de son pays, de ses origines ? Comment sa mère peut-elle adopter le style de ses nouvelles amies françaises et oublier aussi facilement tout ce qui a forgé son identité jusqu’ici, sa culture, ses traditions, sa langue ? Heureusement, Léna peut compter sur sa douce Zenka pour faire vivre dans les histoires qu’elle lui raconte, cette chère Ukraine laissée derrière eux, pour la comprendre et l’apaiser.

L’amour entre Léna et Ivan aura-t-il péri lui aussi sous les radiations, l’usure du temps et la distance ? Ou l’appel du cœur et des racines sera-t-il plus fort que tous, plus fort que tout ?

Une histoire d’amour vibrante, mais aussi une histoire d’exil

Alexandra Koszelyk nous offre non seulement une belle histoire d’amour, mais aussi un voyage. Un voyage non choisi mais subi celui-là, celui de l’exil. Avec beaucoup de finesse et de sensibilité, elle souligne les écueils rencontrés par les nouveaux arrivants sur leur terre d’accueil. Barrage de la langue, barrage de la culture, auxquels s’ajoute la méfiance, la peur que ces ukrainiens ne véhiculent des maladies graves suite aux radiations. Peut-on renier ses racines ? Ou garde-t-on en soi par-delà le temps et la distance ce sentiment d’appartenance au pays natal ? L’exil est-il irréversible ?

Un roman qui est aussi une très belle ode à la nature, cette nature que l’homme tente de dompter, ce qui aboutit parfois à des drames. Mais une nature plus forte que tout, qui tôt ou tard, forte et fière, reprend toujours ses droits. Comme Léna reprend les rênes de sa vie.

Un roman matinée de mythologie, qui se lit en apnée.