Christine Orban, Soumise

Christine Orban Soumise

Tout le monde connait le brillant Blaise Pascal. Mais sa sœur Jacqueline, dont l’intelligence n’avait rien à envier à celle de son frère, est demeurée méconnue. Christine Orban la sort de l’ombre dans ce portrait d’une femme hors du commun.

La sœur de Blaise Pascal

Il n’est pas facile de perdre sa mère quelques mois après sa naissance, cinquième enfant d’une fratrie qui compte déjà deux défunts. Il n’est pas facile non plus d’être la sœur d’un génie, aussi grand soit leur amour l’un pour l’autre et l’admiration qu’ils se vouent. C’est dans ce contexte que Jacqueline Pascal vient au monde, en 1623. Elevée par son père, instruite par ce dernier et par sa sœur ainée Gilberte, elle montre très vite des dispositions exceptionnelles pour la langue française et plus particulièrement poésie. La famille Pascal a ainsi deux prodiges : Blaise, mathématicien, physicien et inventeur de génie et Jacqueline, sa cadette, aussi douée pour les lettres que Blaise l’est pour les chiffres. Jacqueline, un fort tempérament, est bien décidée à égaler son frère par ses propres moyens, dans son domaine de prédilection. Elle se bat pour ne pas rester dans son ombre, dans un siècle où les femmes sont reléguées au second plan. Elles est d’ailleurs très vite remarquée, invitée à déclamer des vers devant la reine Anne d’Autriche.

Mais, soumise à son père, à son frère à la santé si fragile qu’elle doit jouer à l’infirmière jour et nuit, elle se détourne peu à peu de la cour, du monde du paraître, de la flatterie et de la fête, pour se consacrer à sa foi. Pour se soumettre à Dieu. Pour Jacqueline, Blaise doit se détourner de sa science pour la suivre sur la voie de la foi. Pour Blaise, la foi n’a pas à être exclusive, et peut très bien cohabiter avec a recherche scientifique. Entre le frère et la sœur, si fusionnels, c’est le déchirement…

Une femme soumise à son père, à son frère et à la religion

C’est une mise en lumière très intéressante que nous offre Christine Orban avec Soumise, aux éditions Albin Michel. Elle nous brosse le portrait d’une femme paradoxalement forte de caractère, déterminée, brillante, à contre-courant de la place de second plan réservée aux femmes à cette époque, mais soumise au désir de son père, soumise au devoir de porter assistance à son frère, soumise à sa pratique extrémiste de la foi. Une femme à qui la célébrité tendait les bras, dont la présence était recherchée par les plus grands, mais qui a choisi l’effacement et le renoncement avec cette vie de religieuse janséniste.

C’est un livre très documenté sur la famille Pascal, et plus largement, sur le contexte historique et social de ce XVIIème siècle. L’occasion de découvrir une femme hors du commun, celle que Blaise Pascal aimait le plus au monde.

Informations pratiques

Christine Orban, Soumise – éditions Albin Michel, janvier 2023 – 292 pages – 20,90€

Anatomie des blessures sportives, Anna Barnsley

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Voilà la bible de tout sportif : une analyse complète de 65 blessures courantes liées au sport. Et les exercices de rééducation et les traitements adaptés à chacune d’entre elles.

Comprendre et soigner les blessures sportives

Que vous soyez sportif amateur, kinésithérapeute, étudiant en médecine du sport ou tout simplement curieux de comprendre le fonctionnement -et surtout les dysfonctionnements du corps humain, cet ouvrage très complet est pour vous. Il est organisé en 10 parties qui reprennent 10 zones du corps humain : tête et cou, cage thoracique, colonne lombaire, épaule, coude et avant-bras, poignet et main, hanche et bassin, fesse et cuisse, genou, cheville et pied. Pour chaque zone du corps, la pathologie sportive est décrite en des termes clairs et concis, avec planches anatomiques à l’appui, ce qui permet à chacun de bien comprendre ce qui est en jeu dans la blessure et d’identifier les symptômes associés. Puis des facteurs de risque, des conseils et exercices de rééducation sont prodigués pour chaque type de blessure. Plus de 200 pages explicatives vous attendent !

Un ouvrage complet pour guérir en douceur des blessures sportives

Cet ouvrage consacré à l’Anatomie des blessures sportives, aux éditions Artémis, est une source précieuse d’informations. Car non seulement il décrit l’anatomie du corps humain, les signes à reconnaitre en cas de blessure, mais il fournit des conseils et des exercices illustrés pas à pas pour se remettre au mieux et en douceur de chacune des blessures. Grâce à ce livre, il est plus aisé de comprendre les rouages du corps humain, l’origine des lésions diverses dues au sport, comment les soigner, mais aussi et surtout comment mieux prévenir les blessures. Car mieux vaut prévenir que guérir !

Un livre très bien conçu, clair, complet et didactique.

Informations pratiques

Anatomie des blessures sportives, Anna Barnsley – 190 pages illustrées – 24,90€ – éditions Artémis

5 Essais, biographies et livres de développement personnel pour Noël

Retrouvez une sélection de Noël de 5 livres dans les catégories développement personnel, essai et biographie. Il vous suffit de cliquer sur le titre du livre pour accéder à l’article complet qui lui est consacré.

La méthode Foutez-vous la paix! Fabrice Midal, éditions Flammarion/Versilio : Après son ouvrage Foutez-vous la paix, Fabrice Midal nous revient une méthode simple et efficace, pour cesser de vous torturer et réapprendre à vivre. De la théorie à la pratique !

Une année de philosophie, Marie Robert, éditions Flammarion/Versilio : Un ouvrage clair, brillant, accessible à tous, qui rassemble plus de 150 textes courts, fruits des réflexions de l’auteure Marie Robert sur des thèmes ancrés dans notre quotidien. Inspirant et lumineux.

Cette lumière en nous, Michelle Obama, éditions Flammarion : Comment s’accomplir en des temps incertains ? Après son best-seller « Devenir », Michelle Obama livre aux lecteurs les fruits de son expérience, de ses connaissances, pour avoir confiance en soi et prendre du recul par rapport à l’incertitude du monde actuel.

Le portrait de Greta G., Catherine Locandro, éditions Les Peregrines : Tout le monde a déjà vu un film avec Greta Garbo. Mais qui la connait vraiment ? Catherine Locandro nous propose de lever le rideau sur le parcours de cette femme exceptionnelle par sa beauté certes, mais aussi et surtout par son talent et sa personnalité.

Seul l’espoir apaise la douleur, Simone Veil-éditions Flammarion : Le témoignage bouleversant de Simone Veil sur sa déportation à l’âge de 16 ans ½ avec sa sœur et sa mère. Digne. Courageux. Terrible. Nécessaire.

Michelle Obama : Cette lumière en nous

Cette lumière en nous Obama Michelle

Comment s’accomplir en des temps incertains ? Après son best-seller « Devenir », Michelle Obama livre aux lecteurs les fruits de son expérience, de ses connaissances, pour avoir confiance en soi et prendre du recul par rapport à l’incertitude du monde actuel.

Trouver la sérénité malgré l’incertitude

Rien n’est jamais écrit à l’avance. Rien n’est jamais acquis. Alors, pour garder le cap face aux doutes et à l’inconnu, il y a des conseils et des stratégies parfois relativement simples à mettre en place. Que ce soient les enseignements de sa mère, de ses amies, de professeurs ou de personnes croisées sur son parcours, Michelle Obama a puisé en eux de la force, du courage, des béquilles pour prendre du recul et savoir quelle direction suivre. C’est donc dans un désir de transmission qu’elle partage avec le lecteur comment avoir confiance en soi, comment composer avec nos peurs, évoque l’équilibre dans le couple, l’affirmation de ses différences au travail, l’éducation des enfants, ou encore l’entretien des liens d’amitié, pour ne citer que ces exemples.

« Connaitre sa lumière c’est se connaitre soi-même ; c’est porter un regard lucide sur sa propre histoire. La connaissance de soi engendre la confiance en soi, qui nous permet d’être plus sereins et de prendre du recul. C’est ainsi que nous pouvons nouer des relations authentiques avec les autres. Pour moi, c’est la base de tout. »

Des conseils et stratégies pour garder confiance en soi

C’est un ouvrage très intéressant et très inspirant, que nous livre Michelle Obama aux éditions Flammarion, avec Cette lumière en nous. Nul désir de donner des leçons, nulle prétention d’avoir réponse à tout. Non, Michelle Obama a écrit ce livre avec beaucoup d’humilité et d’honnêteté, dans le désir de partager son expérience, de montrer quelles astuces l’aident à tenir et à avancer, dans l’espoir que ce partage puisse aider d’autres personnes à trouver des éléments de réponse à leurs questionnements et des pistes pour surmonter leurs propres difficultés et doutes. Car « la lumière se transmet ». Et c’est que que fait Michele Obama ici. Comment ne pas se décourager quand on se fixe un objectif très (trop) ambitieux ? Comment maintenir la flamme qui brille en soi et faire bénéficier aux autres de sa lumière et de sa chaleur ? Comment ne pas laisser nos peurs nous gouverner ? « Car nos blessures deviennent nos peurs. Et nos peurs, nos limites. »

Ce livre balaye tous les domaines de la vie, l’identité, les minorités, la famille, le couple, les études, le travail, les amis, le rôle de parents, l’image de soi, l’estime de soi, la confiance en soi, et donne des clés que chacun doit s’approprier et adapter à sa situation. Un livre touchant de sincérité, lumineux dans ses propos et indiciblement bienveillant. A lire!

« On commence véritablement à s’accomplir, quand on est capable de porter un regard bienveillant sur soi-même ».

Informations pratiques

Cette lumière en nous, Michelle Obama – Editions Flammarion, novembre 2022 – 23,90€ – 348 pages

Une année de philosophie, Marie Robert

Une année de philosophie Marie Robert

Un ouvrage clair, brillant, accessible à tous, qui rassemble plus de 150 textes courts, fruits des réflexions de l’auteure Marie Robert sur des thèmes ancrés dans notre quotidien. Inspirant et lumineux.

La philosophie comme outil du quotidien

Chaque matin, depuis plus de 5 ans, Marie Robert publie un billet, fruit de ses réflexions du moment, sur les réseaux sociaux. Elle se met alors à l’écoute de ce qui lui trotte dans la tête et le couche sur son profil instagram (@philosophyissexy). Des textes courts (2000 signes), d’une grande clarté et d’une tout aussi grande pertinence, qui balayent des sujets aussi divers que la confiance en soi, l’amour, la famille, le bonheur, la persévérance, les rencontres, la déception ou l’impatience, pour ne citer que ces exemples. Des réflexions intimes à vocation universelle : non seulement Marie Robert sait les rendre très accessibles, mais elle réveille chez chacun la curiosité, la réflexion, le désir de mettre en perspective, de partager, de confronter les points de vue. Autrement dit, Marie Robert a l’art de mettre notre cerveau en appétit. Et le régale de ses textes émaillés ou non de références philosophiques et toujours ancrés dans notre quotidien.

Un livre inspirant et accessible à TOUS

Sur ce blog vous avez déjà eu l’occasion de découvrir les ouvrages de la philosophe Marie Robert à plusieurs reprises.  Des livres inspirants, qui ont l’art de rendre la philosophie attirante, séduisante et diablement moderne. Marie Robert nous revient en ce mois de novembre avec Une année de philosophie, aux éditions Flammarion/Versilio. « Ce que j’essaye ici chaque matin, c’est de donner de modestes fragments de douceur, d’espoir et de transmission, de petits morceaux pour dire que cela vaut la peine de penser, de lire, d’interroger, de se cultiver. » Cet ouvrage, qui retranscrit sur papier environ 150 des billets quotidiens de l’auteure, est en effet né d’un désir de transmission, de partage. Emaillé de très beaux collages réalisés par l’artiste Lia Rochas Paris, le livre se picore, se savoure. Chaque bouchée de lecture nourrit le cerveau et alimente la réflexion. On en redemande alors avec gourmandise !

Là où nous sommes souvent passifs devant nos écrans, quels qu’ils soient, Marie Robert relève le défi de nous faire réagir, interagir, de nous sortir de cet état léthargique. Elle réveille nos consciences et ouvre le champ de notre regard. Et cela fait un bien fou !

A lire.

Informations pratiques

Marie Robert, Une année de philosophie – éditions Flammarion/Versilio, novembre 2022- 19,90€ – 290 pages

Les 4 prochains livres

La semaine prochaine, vous retrouverez sur le blog deux livres pour les enfants et deux livres pour adultes. Thriller, philosophie, voyage au Japon, rencontre avec un sacré père Noel, il y en aura pour tous les goûts et tous les âges!

On démarrera la semaine avec la merveilleuse Marie Robert et son ouvrage « Une année de philosophie », chez Flammarion/Versilio : Un ouvrage clair, brillant, accessible à tous, qui rassemble plus de 150 textes courts, fruits des réflexions de l’auteure Marie Robert sur des thèmes ancrés dans notre quotidien. Inspirant et lumineux.

Mardi sera livré un hommage au talentueux et regretté Raymond Briggs et l’intégrale de son Sacré Père Noel aux éditons Grasset Jeunesse. Les couleurs sont chaleureuses, les traits réalisés au crayon de couleur sont emplis de bonhommie et d’humanité. Impossible de ne pas succomber au charme des ces deux histoires, à ce vieillard dodu qui ne rêve que de tranquillité chez lui. Pour cette fin d’année, les éditions Grasset jeunesse ont eu la bonne idée de publier un album collector, avec les deux aventures du Sacré Père Noel réunies dans un ouvrage rouge et or, absolument somptueux. Un livre incontournable à offrir sans modération autour de soi.

Mercredi, cap sur Le Japon avec Lucien et Masayo, d’Annelore Parot-éditions Privat jeunesse : Un livre aux personnages craquants, pour faire découvrir le Japon et ses traditions aux enfants. Et apprendre quelques mots de japonais en passant! Pédagogique et ludique.

Vous aimez les thrillers? Vous frissonnez à cause du froid hivernal? Alors vous allez doublement frissonner à la lecture du nouveau roman de René Manzor, Du fond des âges, aux éditions Calmann-Lévy. Un thriller glaçant à plusieurs titres, admirablement bien orchestré. Laissez vous transporter par la plume hypnotique d’un des maîtres incontestés du thriller, René Manzor! Envoutant. Fascinant.

Rendez-vous à partir de lundi pour découvrir ces ouvrages. Bon dimanche!

Bélhazar, Jérôme Chantreau

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Le portrait très vivant et très touchant d’un adolescent hors-normes, passionné, passionnant, intrigant, décédé dans des circonstances peu claires lors d’un contrôle de police en Bretagne. Une invitation à être soi.

Décès lors d’un contrôle de police

Dix ans plus tôt, Bélhazar a été l’élève de Jérôme Chantreau, alors professeur de français au Pays basque. Un élève atypique à tout point de vue, tant au niveau du style vestimentaire que de l’intelligence, de l’unicité de son imaginaire, de ses passions. « Un regardeur de soleils ». Un élève à part, respecté et profondément estimé par les autres ados du collège, qui diront de lui « Il nous donnait l’énergie d’être nous-mêmes. »

Un soir de février 2013, alors qu’il rentre chez lui après avoir échappé à une bagarre, il est soumis à un contrôle de police. Accident, bavure, suicide ? Bélhazar porte une arme sur lui et reçoit une balle en pleine tête. Jerome Chantereau souhaite lui rendre hommage à travers un livre. Mais tous ceux qui s’approchent de l’affaire décèdent les uns après les autres, comme victimes d’une étrange malédiction. Mais un être aussi exceptionnel – dans toutes ses acceptions, que Bélhazar, mérite de passer outre ses appréhensions.

Oser être soi-même

Au regard de la quatrième de couverture de Bélhazar, paru aux éditions J’ai lu, ce roman est présenté comme une enquête sur les circonstances de la mort de Bélhazar, une quête de vérité sur son décès. Une présentation quelque peu déstabilisante, car à la lecture du roman, on réalise que la quête de vérité porte sur la personnalité de Bélhazar, sur la découverte de son monde si particulier, de son univers atypique et fascinant. Et non sur le fait qu’il soit décédé par suite d’un suicide, d’un accident ou d’une bavure policière. Mystère à jamais non élucidé. Car le souci de l’auteur, qui a été auparavant le professeur de français du disparu, est de nous le présenter vivant, avec ses passions, son intelligence hors-normes, son imaginaire inépuisable. L’enquête sur la mort du jeune homme reste anecdotique dans le livre. Ce n’est finalement pas un roman sur la mort mais sur la vie, un livre qui resuscite ce jeune homme incroyable à travers les mots, qui ouvre les portes de son monde aux lecteurs. Et qui montre à tous ceux qui ne se sentent pas bien dans leur peau car différents, complexés, qu’il doivent puiser en eux la force d’être eux-mêmes, de s’accepter, de s’aimer. De se libérer des carcans de la société. Une invitation à la tolérance aussi, car nombreux sont les individus prompts à juger, condamner, détester ceux qui sont différents dans leur façon d’être, de vivre.

Un roman très touchant sur l’acceptation de soi, sur la tolérance. Un bel hommage à ce jeune homme parti trop tôt sans pouvoir réaliser ses multiples projets.

Informations pratiques

Bélhazar, Jérôme Chantreau – éditions J’ai lu, août 2022- 8,20€- 316 pages

Comment j’ai tué mon père, Sara Jaramillo Klinkert

Comment j'ai tué mon père Jaramillo Klinkert

A 11 ans, l’auteure perd son père, avocat colombien, assassiné par un tueur à gages. Elle relate ici avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, les dommages collatéraux de cet assassinat au sein de la famille. Un hymne à l’amour d’une fille à son père et au courage inébranlable de sa mère.

Devenir orpheline

Sara Jaramillo Klinkert vit dans le quartier de Medellin en Colombie. Son père, avocat de renom, est connu pour ne jamais perdre ses procès. Ce qui n’est pas pour plaire à tout le monde. Sa vie est menacée et jusqu’ici, il a échappé aux poursuites à moto et aux hommes armés qui voulaient sa peau. Jusqu’à ce jour de mai 1991, où on annonce brutalement à Sara, alors âgée de 11 ans, qu’elle ne verra plus son papa. Il a été tué en pleine rue par des tueurs à gages. Cette nouvelle fait l’effet d’une bombe. « Je ne savais pas qu’on tuerait mon père. Aucun enfant ne peut imaginer une chose pareille ». Sara se retrouve alors seule avec sa mère et ses quatre frères, dont de jeunes triplés. Chacun va alors essayer de se relever, d’avancer, de composer plus ou moins bien avec le grand absent.

Se construire

Comment j’ai tué mon père, de Sara Jaramillo Klinkert, paru aux éditions Stock, est un livre très émouvant, porté par une analyse d’une grande finesse. Face à un drame, au séisme du décès, des répliques sont à redouter parmi les proches. Chacun tente de maintenir debout son édifice, mais tous ne possèdent pas de fondations aussi solides. La famille unie, aimante et relativement insouciante, a brusquement basculé dans l’horreur. Fracassée sur l’autel de l’assassinat.  En capitaine de navire, la mère s’emploie à donner l’exemple, même si parfois elle se sent vaciller. Et son courage force l’admiration de chacun. Mais il n’est pas simple de supporter le silence de l’absence, d’être projeté du jour au lendemain d’une vie de fillette choyée à une vie d’adulte esseulée. D’être assaillie de questions que l’on ne peut pas poser à sa maman tant elle est déjà submergée par le chagrin et les soucis.

Alors qu’elle revient sur les souvenirs heureux de son enfance, sur les écueils qu’il a fallu surmonter par suite du décès, sur les drames qui ont continué à frapper ses frères, l’auteure se reconstruit au fil des mots, suture ses plaies au fil de sa plume, rendant un hommage vibrant à cette maman si courageuse, poussant un cri d’amour à son père. Plus qu’un livre sur le deuil, c’est un chemin de résilience, de retour à la lumière qui est retracé ici.

Informations pratiques

Comment j’ai tué mon père, Sara Jaramillo Klinkert – éditions Stock, octobre 2022 – 20,50€ – 232 pages

Simone Veil, récit : Seul l’espoir apaise la douleur

Simone Veil seul l'espoir apaise la douleur

Le témoignage bouleversant de Simone Veil sur sa déportation à l’âge de 16 ans ½ avec sa sœur et sa mère. Digne. Courageux. Terrible. Nécessaire.

Le témoignage de Simone Veil

Blessée que les déportés n’aient pas été écoutés à leur retour des camps – un silence qu’ils n’ont pas choisi, mais une indifférence à leur endroit, Simone Veil tenait à transmettre ce qu’a été l’extermination des juifs. Elle qui l’a vécu, ainsi que son frère, ses sœurs et ses parents. Simone Veil est issue d’une famille juive de quatre enfants. Une famille tout à fait laïque pour laquelle la religion n’existait pas. Son père, architecte, ancien combattant de la guerre 14-18, n’imaginait pas un seul instant que Pétain puisse ne pas reconnaitre ce que représentaient les Français anciens combattants, fussent-ils juifs. Quand il prend conscience du danger, c’est trop tard. Simone Veil n’a que de 16 ans 1/2 en mars 1944, quand elle est arrêtée dans une rue de Nice. Avec sa mère et sa sœur Milou, elles sont déportées tout d’abord à Drancy. La première étape d’un cauchemar dans les camps qui va durer 18 mois.

Transmettre pour ne pas oublier

Dans le cadre de la constitution d’archives audiovisuelles, Mémoires de la Shoah, 115 témoignages ont été recueillis. Il s’agit de témoignages de déportés, de Justes, d’enfants cachés, d’acteurs de la mémoire. Simone Veil, qui était la présidente de la Fondation de la Mémoire de la Shoah, a apporté ici son bouleversant témoignage. Elle parle de l’horreur, de l’humiliation permanente, de la cruauté, de la faim, du froid, des morts. Mais aussi de sa merveilleuse maman d’une bonté et d’un courage exceptionnels, de son engagement pour l’Europe, de la nécessité de transmettre pour ne pas oublier.

« Peut-être que pour moi ce qu’il est important de dire et de redire, c’est combien, lorsque nous étions au camp, pour chacune d’entre nous, il était important d’espérer, de penser que certaines rentreraient et parleraient, et témoigneraient. On parle souvent du devoir de mémoire (…). Mais en ce qui nous concerne c’est un devoir de transmission que nous avons, parce que nous l’avons promis. »

Un témoignage indiciblement émouvant, pour ne pas oublier certes, mais aussi pour insister sur la nécessité d’évacuer les rancœurs, la haine et désirs de revanche pour ne pas obérer l’avenir des jeunes générations.

A lire absolument !

Informations pratiques

Seul l’espoir apaise la douleur, Simone Veil-éditions Flammarion, octobre 2022 – 19€ – 220 pages

Rentrée littéraire : Stardust, Léonora Miano

Un roman autobiographique sur l’expérience de l’auteure de l’extrême précarité et de l’exclusion. Un roman sur la difficulté d’intégration, le choc des cultures, l’exil.

Une femme et son enfant à la rue

Louise, alias Léonora, a quitté son pays (le Cameroun), pour venir étudier en France. Alors qu’elle est en licence à l’université, elle décide de tout plaquer pour aller vivre avec son petit ami. Une union qui n’est pas du goût de la famille de ce dernier, qui décide alors de leur couper les vivres, tandis qu’ils logent à l’hôtel. Or tous les deux viennent d’avoir un bébé, une petite fille prénommée Bliss. Une enfant que lui a désiré, mais pour laquelle il ne se bouge pas, ne cherche pas de solution pour assurer les besoins de subsistance. Alors Louise décide de le quitter avec son bébé. Et de se retrouver à la rue avec sa fille, à l’âge de 23 ans, sans titre de séjour, sans travail, sans toit, sans soutien familial, bien que ses parents soient toujours vivants et son père soit établi en France. Quant à sa mère restée au Cameroun, elle n’accepterait pas que Louise revienne au pays en lui faisant l’affront d’exhiber son statut de fille-mère à la communauté. Louise ne peut donc compter que sur les services sociaux de ce pays d’accueil, sur les maigres aides financières et les soins que ces derniers lui octroient, de même que sur le toit certes sordide et les repas du centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Crimée. Une galère qu’elle partage avec de nombreuses femmes. Mais elle tient, reste debout, grâce à l’indéfectible amour qui la lie à sa fille.

Un roman autobiographique

C’est un roman très intime, à vocation universelle, que nous livre Léonora Miano avec Stardust en cette rentrée littéraire des éditions Grasset. Un roman autobiographique écrit il y a 20 ans, mais qu’elle n’a pas cherché à faire publier jusqu’alors, pour ne pas être étiquetée « l’écrivain SDF » dit-elle en préambule. Le sujet avait tout pour me toucher. Vraiment. Comment rester insensible à la détresse de ces femmes, à leurs conditions de survie plus que de vie, à l’insuffisance des moyens humains et financiers pour leur venir en aide ? Mais j’ai été irritée tout au long du livre par les lancinantes mises en accusation des services sociaux et de leur personnel qui fait pourtant ce qu’il peut avec les faibles moyens dont il dispose, par le procès uniquement à charge fait à la France. Cette vision manichéenne, avec les méchants services sociaux, les méchants assistants sociaux, la méchante France d’un côté, et de l’autre les exilés, aurait mérité un peu plus de nuances et a desservi la cause que l’auteure voulait défendre, à savoir celle des femmes exilées, livrées à une précarité extrême en France.

Informations pratiques

Rentrée littéraire, Stardust de Léonora Miano- éditions Grasset, aout 2022- 215 pages – 18,50€