Le petit chat est mort, Xavier de Moulins

Le petit chat est mort Xavier de Moulins

©Karine Fléjo photographie

Un récit indiciblement touchant, sur les vertus d’un petit chat venu agrandir la maisonnée. Et si nous avions beaucoup à apprendre de ces félins ?

Adopter un chat

Prendre un chat, voilà une idée qui n’enchantait pas Xavier de Moulins. La corvée de litière, le problème des vacances, les poils en décoration sur les vêtements, les griffes en signature sur les tapis et meubles, la valse des vases, ce n’était pas pour lui. Sans compter l’égoïsme et l’ingratitude légendaires du chat.

Mais ça, c’était avant.

Avant qu’il ne cède au désir d’une de ses filles et ne tombe raide dingue d’une petite boule de poils. En l’espace de quelques mois, les quelques mois de la trop courte vie de ce chaton né avec une malformation cardiaque, la maisonnée se trouve transformée, apaisée. Ce félin se révèle être protecteur, consolateur de chagrins. Face aux épreuves et aux deuils que ses humains traversent, il apporte son immuable soutien, sa chaleureuse présence et sa sérénité contagieuse.

Pour Xavier, il agira même comme un révélateur, comme si par son exemple, ce chat lui ouvrait les yeux sur les autres, sur la vie. Comme si par son comportement, il lui enseignait plus de richesses et de sagesse, que tous les livres de développement personnel réunis. La preuve par l’exemple.

Le chat, un maître de vie

Depuis l’antiquité, le chat fascine. Son intelligence, sa capacité d’attention et sa spiritualité naturelle sont la plupart du temps très supérieures aux nôtres. Observer un chat nous offre de belles leçons de vie, c’est la conclusion qui s’est imposée à Xavier de Moulins en adoptant ce chaton.

Le chat ignore le futur et vit intensément l’instant présent. Cet hédoniste nous montre le bonheur ineffable d’une sieste dans un rayon de soleil, d’une pâtée offerte par une main amie, d’un câlin sur son pelage soyeux. Chaque minute est vécue pleinement comme si ce devait être la dernière.

Son regard pousse à l’introspection. Que déchiffrer dans ses « prunelles mystiques » chantées par Baudelaire ? C’est un vieux sage ronronnant. Observez-le : le chat ne s’énerve que si on le pousse à bout alors qu’il se livre à une activité importante. Sinon, il demeure la vivante image de la méditation et de la maîtrise de soi. «L’idée du calme est dans un chat assis », notait Jules Renard. Être serein en toutes circonstances, voilà ce dont il témoigne.

Par ailleurs, l’amour propre chez le chat est si grand, qu’il n’y a en lui ni attentes, ni besoins de réassurance ni espoir d’une double dose d’amour en retour. Avec lui, contrairement aux hommes, l’amour n’est pas un troc « je te donne, tu me rends » mais un don. Il est gratuit. Et si nous nous en inspirions au lieu de nous prendre la tête dans nos relations aux autres?

Le chat a un besoin? Il l’exprime sans détour, là où bien souvent nous tergiversons, parlons du bout des lèvres dans l’espoir que l’autre comprenne. Par peur de déplaire, peur d’être abandonné. Et si l’autre n’a pas entendu ce que nous n’avons pas clairement formulé, nous nous renfermons sur nous-mêmes, tristes et parfois rancuniers. Et si on apprenait à miauler nos besoins et nos envies, sans peur, au lieu de gémir sur notre sort?

Si la malformation cardiaque du chaton, découverte sur le tard, a abrégé prématurément le séjour du craquant félin parmi la famille de Moulins, l’empreinte qu’il y a laissée n’est pas prête de s’effacer. Et Xavier de Moulins de conclure :

«  Ma place parmi les vivants est d’être un peu plus chat moi aussi. »

Au fil des pages, la carapace de l’auteur se fendille, pour laisser apparaître un homme qui s’autorise à être lui-même, à montrer sa sensibilité, à prendre du recul, révélé par un chat. Une mise à nu très pudique, tout en délicatesse, tout en finesse, comme les pas légers d’un chat sur le clavier d’un piano. Des confidences servies par une écriture très épurée et des mots choisis avec grâce. Un témoignage émouvant, sur une expérience particulière à portée universelle : l’influence des chats sur le bien-être des humains.

CHAT-peau Xavier!

 

Livre pour enfant : Histoires illustrées de la Chine

Histoires illustrées de la Chine aux éditions Usborne

©Karine Fléjo photographie

Des histoires traditionnelles chinoises, magnifiquement illustrées, tout particulièrement choisies et adaptées aux lecteurs actuels. 

Des contes et légendes chinois

La Chine est un pays où la tradition, dans toutes ses acceptions, tient une grande place. Les contes, transmis oralement, en font partie. Qu’il s’agisse d’histoires ayant un but d’apprentissage comme La grenouille dans le puits ou La renarde et le tigre, d’histoires en référence à des fêtes du type fête du Printemps comme Le monstre du nouvel an ou Le mariage de la souris, ces contes perpétuent la tradition.

Ce sont pas moins de treize histoires que les éditions Usborne ont sélectionné pour les enfants ici. Des histoires de sagesse, des leçons de vie, des apprentissages, de la bienveillance, de la poésie, qui parleront aux petits occidentaux aussi. Car leur message est à la fois intemporel et universel.

De somptueuses illustrations traditionnelles à l’encre

Ce livre est non seulement un merveilleux voyage en Chine aux côtés des dragons, princesses, papillons, grenouilles et autres personnages mythiques, mais il est aussi presque un livre d’art. Ses illustrations sont en effet l’oeuvre de Li Weiding, artiste renommé en peinture traditionnelle chinoise. Elles sont réalisées à l’aide d’un pinceau et d’encres traditionnels. Une technique vieille de plus de deux mille ans. Le résultat est saisissant de beauté, de finesse, de poésie.

Informations pratiques

Site des éditions Usborne : éditions Usborne

Histoires illustrées de la Chine – Illustrations de Li Weiding – 192 pages – 14,50€

A partir de 6 ans.

 

Citation du jour

Si vous avez du pain, et si moi j’ai un euro, si je vous achète le pain, j’aurai le pain,  vous aurez l’euro et vous voyez dans cet échange un équilibre. C’est à dire : A a un euro, B a un pain. Donc c’est un équilibre parfait.

Mais si vous avez un sonnet de Verlaine, ou le théorème de Pythagore, et que moi je n’ai rien, si vous me les enseignez, à la fin de cet échange-là, j’aurai le sonnet et le théorème, mais vous les aurez gardés.

Dans le premier cas, il y a un équilibre, c’est la marchandise. Dans le second, il y a un accroissement, c’est la culture.

Michel Serres

Mains

Miroir de nos peines, Pierre Lemaitre (Albin Michel)

 

Miroir de nos peines

©Karine Fléjo photographie

Après « Au revoir là-haut » et « Couleurs de l’incendie », Pierre Lemaitre clôt avec brio sa trilogie de l’entre-deux guerres avec « Miroir de nos peines ». Une fresque romanesque foisonnante, passionnante et viscéralement humaine.

Débâcle, exode et secrets de famille

Début 1940, les français vivent dans la douce illusion qu’ils ne feront qu’une bouchée de l’armée allemande. Il leur tarde d’en découdre, de se frotter à leurs ennemis sur le terrain. Sur le front est, Gabriel et son caporal-chef Raoul Landrade, trouvent le temps long. Une attente que Raoul rentabilise en multipliant les petits trafics. Aussi, quelle n’est pas leur surprise quand l’armée allemande arrive en nombre et ne leur laisse d’autre choix que de fuir !

Pendant ce temps, à Paris, Louise se partage entre son activité d’institutrice la semaine et de serveuse chez Jules le week-end. Au restaurant de Jules, elle croise toujours le même client : le discret docteur Thirion, un homme taiseux, qui observe chaque samedi le même rituel. Mais ce samedi-là, il brise le silence et lui fait une proposition déstabilisante : il souhaite la voir nue, sans la toucher. Et, si elle accepte, il lui remettra une belle somme d’argent. A la fois choquée et effrayée, Louise accepte pourtant. Mais le jour de son effeuillage, Le Dr Thirion se tire une balle dans la tête sous ses yeux. C’est la sidération. Qu’est-ce qui a poussé le docteur à lui faire cette demande ? Quel secret l’a conduit au suicide alors que ce vœu était exaucé ? Louise sent qu’elle ne trouvera pas de répit tant qu’elle n’aura pas reconstitué le puzzle de la vie du Dr Thirion. Un puzzle dont certaines pièces pourraient avoir un rapport avec la sienne.

Les destins croisés de personnages indiciblement attachants

Pierre Lemaitre a un nom qui lui sied à merveille. Il est passé le maître dans l’art de recréer une atmosphère, de nous rendre familiers et attachants ses personnages, de nous faire voyager dans l’espace et dans le temps. Dans ce roman, le lecteur se retrouve projeté sur les routes de France pendant l’exode, aux côtés de Louise, Jules, Gabriel, Raoul, mais aussi Fernand l’amoureux séparé de sa courageuse Alice, ou encore l’incroyable Désiré, cet usurpateur d’identité qui dégaine des mensonges plus vite que son ombre. Des personnages tous plus fascinants les uns que les autres. On tremble, on sourit, on pleure avec eux, témoins de leur vie bien plus que simples lecteurs. On quitte notre quotidien et on se met en marche nous aussi, de plus en plus proche d’eux au point de ne plus avoir envie de les quitter. Pierre Lemaitre a ce talent rare de donner chair à ses personnages, de les rendre tellement vivants qu’on oublie qu’il s’agit d’une fiction.

Secrets de famille, rebondissements, débâcle, guerre, ou quand les petites histoires rejoignent avec brio la grande.

Allez, mettez-vous en marche vous aussi, direction la librairie la plus proche !

Glissez Olivier Adam dans votre poche !

La tête sous l'eau par Olivier Adam chez Pocket
©Karine Fléjo photographie

Les éditions Pocket publient en ce mois de janvier un nouvel opus d’Olivier Adam : La tête sous l’eau. Un roman qui se lit en apnée.

Déménagement Paris-Province : le bonheur…ou pas

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec Léa et Antoine, leurs enfants, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparaît brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin et du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme une barque en pleine tempête.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

La tête sous l’eau : une lecture en apnée

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

Informations pratiques

Olivier Adam, La tête sous l’eau – Editions Pocket, janvier 2020 – 218 pages.

Interview de Gaëlle Nohant : « Un roman, c’est la création d’une illusion »

Gaëlle Nohant auteure de La femme révélée

                                                ©Karine Fléjo photographie

En ce mois de janvier, les éditions Grasset publient le quatrième roman de Gaëlle Nohant, La femme révélée. Rencontre avec une auteure aussi passionnée que passionnante.

Faites-vous lire votre manuscrit en cours d’écriture ?

Je travaille avec des premiers lecteurs. Par exemple dans ce roman,  arrivés à la fin de la première partie, ce qui les intéressait, c’était ce qui allait arriver à Violet à son retour aux Etats-Unis, bien davantage que ce qu’elle avait vécu entre-temps en France. Si j’avais dû développer l’ellipse, cela aurait fait un livre de deux oui trois cents pages de plus.

Votre héroïne est une artiste, elle pratique la photographie. Parler de photographie peut vite devenir un peu ennuyeux, abstrait, trop technique. Or vous avez un tel sens de l’image, y compris dans vos écrits quand vous évoquez les décors, que cela passe très bien ici

Pour moi c’était intéressant de rentrer dans un autre regard artistique que le mien. Tout ce que voyait mon héroïne était encore plus visuel que ce que je vois, moi, quand j’écris des romans. Il fallait vraiment à chaque fois que je me dise : qu’est-ce qu’elle voit, elle ? Tout doit être image. Un regard de photographe, ce n’est pas tout à fait un regard d’écrivain. Et cela m’a amenée aussi à m’interroger sur tout ce qui peut guider un photographe : comment se passe cette relation entre ce qu’il photographie et lui ?

Gaëlle Nohant

                                                ©Karine Fléjo photographie

Justement, on visualise si bien vos personnages qu’on a le sentiment qu’ils existent vraiment

Un roman, c’est la création d’une illusion. C’est créer une illusion qui, si elle est réussie, comporte une forme de vérité. Ce qui n’était pas évident à faire sur un métier de photographe qui n’était pas le mien et à une autre époque en plus. Il s’agissait d’essayer d’attraper quelque chose d’authentiquement américain. J’ai complètement inventé Violet, elle n’a pas existé. Je ne suis pas partie comme dans Légende d’un dormeur éveillé, d’une personne existante – Robert Desnos en l’occurrence.

A travers Violet, vous parlez de ce qu’est la création

Oui, il y a un mouvement vers l’extérieur dans la création, mais aussi la nécessité de descendre profondément en soi dans l’écriture même. Et cette femme exprime une vision du monde que je partage donc il ne m’était pas compliqué de me glisser dans sa peau concernant cette vision du monde.

Quelle a été la plus grande difficulté alors, concernant Violet ?

Ce qui était très compliqué pour moi au début, c’était d’incarner une femme qui laisse son enfant derrière elle. Cette idée me tourne autour depuis des années, mais j’avais un gros blocage impossible à dépasser : me glisser dans la peau d’une femme qui laisse son enfant. Le déclic s’est fait quand j’ai imaginé non pas qu’elle partait de la France vers l’Amérique, mais qu’elle se réfugiait en France. Là, je suis parvenue à me glisser dans sa peau. Et il était compliqué de faire en sorte que le lecteur soit attaché à Violet dès le début, sachant qu’elle a laissé son enfant.

Violet incarne les mêmes valeurs que son père, ce désir d’égalité des droits pour tous quelle que soit la couleur de peau, ce respect de la différence

Oui, son père, sociologue, est allé dans les ghettos avec elle. Ce n’est pas juste ce qu’il lui a dit, c’est surtout ce qu’il lui a montré, ce qu’il incarnait. Ce qui construit les enfants, c’est d’abord l’exemple de ce que l’on est, avant ce qu’on leur dit.

Pourquoi avoir choisi Chicago ?

C’est une ville très paradoxale car elle est le cœur d’une Amérique radicale avec toutes sortes de luttes progressistes et à coté de cela c’est une ville démocrate. C’est une ville dure. Tout y est mêlé, mais c’est ce qui est fascinant. Avant de commencer ce livre je ne connaissais rien à Chicago. J’ai alors beaucoup lu sur l’histoire de la ville et m’y suis rendue.

Retrouvez en un clic la chroniquer que j’ai consacrée à La femme révéléeChronique du roman

Gaëlle Nohant et Karine Fléjo

                                                ©Karine Fléjo photographie