Le petit roi du monde, Philippe Amar

Le petit roi du monde
©Karine Fléjo photographie

Quand Victor, un petit orphelin de 12 ans, décide de choisir lui-même sa maman au lieu d’accepter celle désignée par l’Aide Sociale à l’Enfance. Un joyau de tendresse, qui pétrit le cœur d’une indicible émotion.

Se choisir une maman

Victor est un petit orphelin de 12 ans passionné de violon, de baby-foot et très attaché à Tatie (la femme qui l’a accueilli il y a 8 ans), ainsi qu’à sa bande de copains, musiciens comme lui. Seulement voilà, ce cocon de douceur qui l’abrite depuis l’âge de 4 ans ne peut plus l’accueillir : Tatie est très malade et ne peut plus s’occuper de son protégé. Maïa, son éducatrice, l’informe le cœur serré que l’Aide Sociale à l’Enfance va devoir lui chercher une nouvelle famille. Dans l’attente, il sera placé dans un foyer.

Le monde de Victor alors s’écroule. Finie la vie avec la si attentionnée et aimante Tatie, finies les répétitions de musique avec ses potes, leurs parties de babyfoot acharnées chez Momo, fini le collège avec eux! Mais après le choc de l’annonce, Victor, petit garçon plein de ressources, courageux et malicieux, décide de prendre sa vie à bras le corps. Et une idée de germer dans son esprit en voyant une publicité pour un site de rencontres : et s’il s’inscrivait sur ce genre de site pour se chercher une maman, à l’image des hommes qui y cherchent une femme? Une démarche qui nécessite de se créer un profil d’adulte, d’adopter un langage adulte, de trouver de quoi payer l’abonnement, mais ce sont là des obstacles mineurs au regard de la détermination qui l’anime. Et d’associer ses amis à son entreprise pour trouver une maman. Car il en est certain :  » Chacun a son ciel, il faut apprendre à le regarder. »

Parviendra-t-il à trouver sur ce site une femme qui réponde à tous ses critères? Mais surtout, si cette femme existe, acceptera-t-elle de devenir sa maman adoptive? Une « maman pour toute la vie »?

Une tendresse infinie

Le petit roi du monde est un joyau de sensibilité, de tendresse, d‘amour, offert dans un écrin de talent. Impossible de ne pas s’attacher au petit Victor, impossible de ne pas l’adopter dans son cœur de lecteur. Ce petit garçon est lumineux, plein d’humour, porteur d’espoir toujours, malgré les épreuves qu’il traverse. Du haut de son jeune âge, il a déjà compris que s’il veut que sa vie change, il doit en prendre les commandes, agir au lieu d’attendre que la vie s’en charge, être acteur et non spectateur. Le ton de Philippe Amar est si juste, son écriture si belle, qu’il parvient à donner de la chair à son personnage, à le rendre si vivant qu’on en oublie que Victor est un personnage de fiction.

Vous dire que j’ai aimé ce roman est un euphémisme. Lisez-le! Offrez-le! Adoptez Victor et ses amis dans votre bibliothèque! Ce petit roi du monde a tout d’un Grand.

Une merveille.

Informations pratiques

Le petit roi du monde, Philippe Amar – éditions Pocket, juin 2020 – 462 pages – 7,95€

Une famille comme il faut, Rosa Ventrella

Une famille comme il faut
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Une auteure italienne à suivre absolument, qui réussit le tour de force de nous livrer un roman lumineux et grave à la fois. Un magnifique destin de femme.

Dans ce village de pêcheurs de Bari, région italienne des Pouilles, Maria semble destinée à ne pas faire d’études poussées et à épouser un pécheur du coin. Comme les autres filles du village. Comme sa mère, une femme effacée, soumise, à la beauté fanée, aux prises avec un mari d’une humeur exécrable et violent.

Mais justement, Maria n’est pas comme les autres filles du coin. Son teint foncé comme une prune bien mûre, son caractère rebelle, sa détermination, mais aussi sa grande intelligence, en font une fillette à part. Indomptable. Ne la surnomme-t-on pas à ce titre « Malacarne », ce qui signifie « mauvaise graine »? Peu lui importe ce que l’on dit ou pense d’elle.

Très vite, en voyant le respect et l’admiration qu’inspire le frère de sa copine Maddalena, un des rares enfants du village à avoir poussé relativement loin ses études, Maria sait qu’avec de brillants résultats scolaires, elle pourra peut-être échapper à sa triste condition et changer le cours de son destin.

Et puis, elle peut compter sur Michele, son camarade et indéfectible soutien. Une amitié amoureuse qui se doit d’être clandestine cependant, car Michele est le fils d’une famille détestée dans tout le village. Deux enfants pointés du doigt, au ban. Deux solitudes qui se comprennent.

 » C’était peut-être cela le secret de notre amitié. Nous étions tous les deux invisibles et l’un donnait de la consistance à l’autre ».

Mais tout comme Maria refuse de se résigner à sa condition modeste, elle refuse de se plier aux attentes de sa famille quant à ses fréquentations.

Parviendra-t-elle à sortir du sentier qu’on a tracé pour elle et à cheminer vers une vie qu’elle se sera choisie? Comment poursuivre ses rêves sans avoir le sentiment de trahir les siens, ses origines, ses valeurs?

Un magnifique destin de femme

Je découvre avec bonheur Rosa Ventrella, auteure italienne talentueuse, dont les éditions Pocket publient Une famille comme il faut, tandis que simultanément paraît son nouveau roman aux éditions Les escales : La liberté au pied des oliviers.

C’est un véritable voyage en Italie, au bord de la mer adriatique, que nous offre la romancière. Parfums, couleurs, odeurs, accent chantant, la puissance évocatrice du roman est exceptionnellement forte. On suit la jeune « Malacarne » dans son apprentissage de la vie, on admire son courage et sa détermination sans faille, on se prend d’une irrépressible affection pour cette enfant désireuse de prendre son destin en main contre vents et marées.

Un roman dense, touchant, grave et lumineux à la fois, véritable ode à l’amour et à l’amitié. Un livre qui trouve son écho dans ces propos de Nelson Mandela : « Lorsque les gens s’élèvent au dessus des circonstances de leur vie et se servent de leurs problèmes pour s’obliger à se surpasser, ils accèdent à la grandeur. »

Informations pratiques

Une famille comme il faut, Rosa Ventrella – éditions Pocket, mai 2020 – 332 pages –

Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

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En 2014, on découvrait Agnès Martin-Lugand avec « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Six années et 3 millions d’exemplaires vendus plus tard, elle nous revient avec un sixième roman extrêmement touchant : Une évidence. S’il est une évidence, c’est que ce roman va vous transporter ! Et bonne nouvelle, il sort en poche 🙂

Secret autour de la maternité

Reine élève seule Noé, son fils âgé de 17 ans. Avec lui, elle forme un duo fusionnel. Au point que depuis sa naissance, elle n’a jamais envisagé de refaire sa vie, de se vivre comme une femme et pas seulement comme une mère. Entre son travail passionnant en binôme avec soin associé Paul, et sa vie de maman, sa vie est bien remplie. Et épanouie. Aussi, à la perspective que son fils prenne son envol du nid après le baccalauréat, Reine s’inquiète. Ce bel équilibre qu’elle a eu tant de mal à acquérir pourrait bien se rompre. Noé est le centre de son monde, le centre de sa vie. Son tout.

Pour la distraire de ses préoccupations, Paul lui propose de s’occuper d’un chantier très accaparant : il s’agit de monter un plan de communication pour une boîte d’import/export de thé et de café : Des quatre coins du monde. Une entreprise basée à Saint-Malo et tenue par deux associés. Quand Reine rencontre le premier associé, Pacôme, elle tombe sous le charme. Et est sidérée de constater à quel point elle se sent libre à ses côtés, légère, déchargée l’espace de quelques heures et pour la première fois en 17 ans, de son rôle de mère. S’était-elle oubliée jusqu’alors sans s’en rendre compte ?

Mais une surprise plus grande encore l’attend, quand elle rencontre le deuxième associé, Nicolas. Un homme qui lui est tout sauf inconnu. Et si le passé n’était pas dans son dos mais lui faisait face ? Et si son univers, construit sur de mensongères fondations depuis 17 ans s’effondrait ? Impossible d’avancer, impossible de reculer. Reine est prise au piège. Pour se libérer du passé, devra-t-elle aussi se libérer du mensonge qu’elle entretient depuis la naissance de son fils ? Mais si le secret est levé, ne risque-elle pas de perdre l’amour de celui pour qui elle donnerait sa vie, Noé ? Un mensonge par amour peut-il être pardonné ?

Un roman touchant, d’une grande finesse d’analyse

Ce qui me frappe cette fois encore dans l’écriture d’Agnès Martin-Lugand, c’est à la fois sa capacité à nous faire entrer dans son univers en quelques mots et son analyse psychologique extraordinairement fine des personnages. Il lui suffit à chaque roman de quelques lignes pour que le lecteur franchisse le seuil de l’histoire, se sente désireux d’entrer pour faire connaissance avec les personnages. Juste quelques lignes pour d’emblée créer une atmosphère, introduire une tension narrative, susciter la curiosité et l’envie d’en découvrir davantage. Juste quelques lignes lues pour ne plus reposer le livre avant la dernière page. Ici, Agnès Martin-Lugand nous interroge sur le poids du mensonge : peut-on réellement avancer, laisser son passé derrière soi, quand on a bâti son histoire sur des bases fausses ? Toute vérité est-elle bonne à dire pour autant ? Mensonge par amour, mensonge par désir de protection, mensonge par omission, mensonge par jeu, mensonge pernicieux, il existe différentes formes de mensonge et toutes n’ont pas le même degré de gravité. L’aveu peut-il susciter le pardon, quand l’amour et le désir de protection ont poussé à dissimuler la vérité ?

Informations pratiques

Une évidence, Agnès Martin-Lugand – Editions Pocket, mai 2020 – 408 pages – 7,60€

Le soleil et ses fleurs, Rupi Kaur : superbe!

Le soleil et ses fleurs de Rupi Kaur

©Karine Fléjo photographie

Vous étiez plus de 3 millions à lire son précédent recueil « Lait et miel ». La talentueuse Rupi Kaur nous revient avec « Le soleil et ses fleurs », un recueil de poèmes d’une déchirante beauté. Ne passez pas à côté de ce bijou !

Des poèmes épurés absolument sublimes

Dans ce deuxième recueil de poèmes, la jeune Rupi Kaur, auteure canadienne née en Inde, nous offre des textes accompagnés de dessins d’une grande épure, sur des thèmes aussi divers que le deuil, l’abandon de soi, l’importance d’honorer ses racines, l’amour, la volonté de s’aguerrir. Des textes tirés de son expérience particulière, de celle de ses parents déracinés qui ont dû quitter l’Inde et se sont exilés au Canada, textes particuliers qui ont pourtant un caractère universel. Car c’est là toute la force de Rupi Kaur, écrire de façon simple, limpide, touchante et si juste, ce qui nous parle à tous, fait partie de notre intimité, de nos combats, de nos espoirs réalisés ou déçus, de nos expériences heureuses ou moins heureuses.

C’est juste magnifique…

Des textes organisés en cinq chapitres : se faner, tomber, pourrir, se redresser, fleurir. Car ainsi va le cycle de la vie, à l’image de celui de la nature :

« c’est la recette de la vie
disait ma mère
lorsqu’elle me tenait dans ses bras quand je pleurais
pense à ces fleurs que tu plantes
dans le jardin chaque année
elles vont t’apprendre
que les gens eux aussi
doivent se faner
tomber
pourrir
se redresser
pour fleurir »

Ou encore

Tu es un miroir

Si tu continues de te priver d’amour

Tu ne rencontreras que des gens qui t’en priveront aussi

Si tu te baignes dans l’amour

L’Univers va te donner ceux

Qui t’aimeront aussi

Une simple équation mathématique

Rupi Kaur, une auteure à part

Dessin de Rupi Kaur

Illustration de Rupi Kaur

Lorsque j’ai reçu le livre de Rupi Kaur en service de presse, je me suis dit qu’il y avait peu de chances que je le lise en réalisant qu’il s’agissait de poésie. Car la poésie n’est pas ma tasse de thé je vous l’avoue. Eh bien, deuxième aveu : j’aurais eu tort! Mille mercis donc aux éditions Pocket d’avoir attiré mon attention sur ce petit bijou. A mon tour d’avoir envie que votre regard se pose sur lui.

J’ai commencé à le feuilleter, une page, deux pages, trois pages…et suis tombée sous le charme inouï de l’écriture épurée de Rupi Kaur, de la sagesse de ses textes (l’auteure n’a pas trente ans et pose un regard si mature, si lucide, si sage sur l’existence!), de la sensibilité et de la profondeur de ses mots. Ses réflexions sur l’existence, oscillent entre philosophie, développement personnel, spiritualité et sagesse  bouddhiste. D’une formule percutante, d’une phrase, elle éclaire nos questionnements et nos doutes. Et nous touche. A chaque fois.

Laisse les choses aller

Laisse les choses partir

Laisse les choses se produire

Rien

Dans ce monde

Ne t’était promis

Ni ne t’appartenait

Tu ne possèdes que toi-même

Alors, même si la tentation est grande de vous recopier les 255 pages toutes plus belles les unes que les autres du recueil, je vous invite vivement à vous y plonger, à laisser fleurir un sourire sur votre visage et briller du soleil dans votre regard grâce à ses mots.

Informations pratiques

Le soleil et ses fleurs, Rupi Kaur – Traduction de Sabine Rolland – Editions Pocket, mars 2020 – 252 pages – 7,30€

L’homme qui aimait trop les livres, Allison Hoover Bartlett

L'homme qui aimait trop les livres

©Karine Fléjo photographie

Jusqu’où iriez-vous pour mettre la main sur le livre de vos rêves? Mieux encore, jusqu’où iriez-vous pour avoir une bibliothèque remplie de vos livres préférés? 

La traque entre un libraire passionné et un voleur de livres anciens

Imaginez un homme qui décide de se constituer une bibliothèque remplie de ses livres préférés. Jusqu’ici, rien d’étrange, et vous êtes peut-être vous-même un amoureux des livre qui chérissez votre bibliothèque. Sauf que l’américain John Gilkey, lui, n’a pas l’intention de se rendre dans une librairie ou dans un salon du livre pour acheter ces ouvrages. Non, il s’y rendra mais… pour les voler.

La ALAA (Association des libraires de Livres Anciens d’Amérique) identifie à ce titre différents types de voleurs : « le kleptomane qui ne peut s’empêcher de voler, celui qui vole pour le profit, celui qui agit par colère et enfin celui qui vole pour son usage personnel. » C’est à cette dernière catégorie que la journaliste Allison Hoover Bartlett s’est intéressée. Avec en filigrane cette interrogation : qu’est-ce qui peut pousser un passionné de livres, un collectionneur, à voler des livres, à franchir la ligne rouge? Un franchissement devenu familier à John Gilkey, qui, depuis sa prison, accepte de partager son expérience avec elle. John Gilkey, un homme fasciné par les livres et surtout, par ce que ces livres, alignés dans sa bibliothèque, renvoient comme image de lui. C’est pourquoi ses livres ne reflètent en rien ses goûts, ses centres d’intérêts, mais visent à susciter l’admiration des autres. Pour ne pas se tromper, il recherche les livres déjà plébiscités, reconnus de qualité et listés par la Modern Library. Et en les volant, il leur apporte une valeur ajoutée, celle du risque pris, celle de l’adrénaline ressentie lors du vol. Et n’allez pas croire que cet homme les vole pour les lire! Un collectionneur aime le livre non pas pour la qualité de l’histoire, non pas pour la beauté du texte, mais pour le bonheur de le contempler, de passer sa main sur sa reliure, comme on admirerait la robe et la fragrance d’un grand vin.

Face à ces vols de livres anciens qui se multiplient, les libraires décident de se regrouper et de s’organiser, sous la houlette du plus déterminé d’entre eux : Ken Sanders.

Une histoire tirée d’un fait divers

Le livre d’Allison Hoover Bartlett est directement inspiré d’un fait divers qui a secoué les amoureux du livre aux Etats-Unis : les vols faramineux de livres rares et anciens par un Arsène Lupin bibliophile des temps modernes : John Gilkey. Son butin a en effet atteint la somme considérable de 200 000 dollars. Heureusement, il a eu à ses trousses le tenace libraire Ken Sanders, bien décidé à mettre fin à ses méfaits.

La journaliste Allison Hoover Bartlett part à la rencontre des protagonistes de cette affaire et essaye de comprendre ce qui pousse ces personnes à courir ainsi après des livres, qu’ils soient libraires, collectionneurs, voleurs ou grands lecteurs. L’occasion d’explorer la relation intime, complexe que chacun entretient avec les livres.

Et vous, jusqu’où iriez-vous pour vous procurer le livre de vos rêves?

Ciao Bella, de Serena Giuliano chez Pocket

Ciao Bella Serena Giuliano

©Karine Fléjo photographie

Vous avez envie d’un livre aussi tendre qu’émouvant ? Aussi dynamisant que drôle ? Un roman qui vous fasse voyager au soleil de l’Italie ? Alors ne manquez surtout pas Ciao Bella !

Déracinement et reconstruction

Anna attend son deuxième enfant et approche du terme. Entre son premier accouchement qui s’est mal passé avec un bébé prématuré né à 28 semaines et ses peurs multiples au quotidien, elle sent qu’elle a besoin d’aide. Et se tourne vers une psy pour tenter d’apaiser ses angoisses. En fait, Anna n’a pas peur. Elle est la peur : peur du chiffre 4, peur d’attraper une maladie, peur d’aller à la piscine, peur de conduire sur l’autoroute, peur de quitter ses repères. Peur, peur, peur. Mais elle est la première à se moquer d’elle-même. Elle a d’ailleurs ouvert un blog dans lequel, avec un humour délicieux, elle partage son quotidien de femme stressée.

Au fil des échanges avec sa psy, le lecteur comprend combien Anna a toujours dû se battre pour rester debout, pour évoluer dans un univers fait d’incertitudes, de peurs, de déracinement. De violence aussi.  A douze ans, elle a dû être arrachée à sa terre patrie, son Italie chérie, son amour de grand-mère, ses amies, la dolce vita. Tout ce qui nourrissait sa vie jusqu’alors. Et elle a appris qu’on peut tout perdre du jour au lendemain. Que rien n’est jamais acquis, pas même ce qu’on croyait indestructible.

Cette femme qui se pense fragile est en réalité une résiliente. Une fragilité forte. Un être que l‘on a envie de serrer dans ses bras et d’aimer…

Un roman lumineux qui fait un bien fou

Ce qui m’a séduite dans « Mamma  Maria » le nouveau roman de Serena Giuliano et que je retrouve dans ce premier roman « Ciao Bella », c’est l’humour inénarrable et la verve de l’auteur. Serena Giuliano vous fait passer du rire aux larmes, de la légèreté à la gravité en une respiration. Peintre des émotions, elle déploie dans son texte toute la palette des couleurs. Capable d’autodérision, Anna se moque de ses travers, de ses peurs tous azimuts. Avec délicatesse, elle évoque ses blessures, touche par touche, suffisamment pour nous faire prendre la pleine mesure de ce qui se trame mais sans jamais verser dans le pathos ou dans un tableau noir. Elle met de la lumière, partout, toujours. Elle nous entraîne dans son Italie natale, auprès de cette si chère grand-mère, dans les allées gorgées de soleil de la côte amalfitaine et nous insuffle sa formidable énergie, son incroyable appétit de vivre.

Un roman qui vous donnera furieusement envie de voyager en Italie et de dire aux êtres qui vous sont chers combien vous les aimez.

 

 

Les 4 livres incontournables de ce mois de février


Chaque semaine, je vous ai présenté trois à cinq livres dans des registres très divers, pour adultes comme pour enfants. Voici en quelques lignes ceux qui ont été mes coups de coeur de ce mois de février 2020. Et pour retrouver la chronique que j’ai consacrée à chaque livre, il vous suffit de cliquer sur son titre. C’est simple comme un clic! 😊

  • Otages, de Nina Bouraoui, aux éditions JC Lattès : Nina Bouraoui nous offre le portrait extraordinaire d’une femme ordinaire. Une femme qui a encaissé les coups sans rien dire. Toute sa vie. Jusqu’au coup de trop. Un livre sur la libération. Un roman coup de poing pour une lecture coup de cœur.
  • Deux coeurs légers, de Sophie Simon, éditions Anne Carrière : Un roman émouvant, viscéralement humain, sur les combats contre la haine raciale aux Etats-Unis. Mais aussi un roman sur la passion de la musique, avec des personnages que l’on ne peut pas oublier.
  • Se réjouir de la fin, Adrien Gygax, éditions Grasset : Dans ce roman, l’auteur se glisse dans la peau d’un vieil homme en fin de vie. Et le regard qu’il porte sur l’existence, sur ses joies, sur ses peines, sur ce qui est important ou accessoire, est tellement troublant de justesse, que l’on a vraiment le sentiment de lire les confidences d’un vieil homme sage. Mieux, on a envie d’aller lui rendre visite à la maison de retraite pour ajouter des rayons au soleil de sa vie, en remerciement des lignes lumineuses qu’il nous a confiées. Un texte poétique, émouvant et non dénué d’humour.
  • Suzanne, Frédéric Pommier, éditions Pocket : Un portrait de femme extraordinaire. Un concentré d’amour et de tendresse. Faites la connaissance de cette femme merveilleuse, courageuse, dont le mot d’ordre a toujours été SQM (sourire quand même) A lire absolument !

Glissez Olivier Adam dans votre poche !

La tête sous l'eau par Olivier Adam chez Pocket
©Karine Fléjo photographie

Les éditions Pocket publient en ce mois de janvier un nouvel opus d’Olivier Adam : La tête sous l’eau. Un roman qui se lit en apnée.

Déménagement Paris-Province : le bonheur…ou pas

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec Léa et Antoine, leurs enfants, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparaît brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin et du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme une barque en pleine tempête.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

La tête sous l’eau : une lecture en apnée

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

Informations pratiques

Olivier Adam, La tête sous l’eau – Editions Pocket, janvier 2020 – 218 pages.

Khalil, Yasmina Khadra : dans la tête d’un terroriste

Khalil par Yasmina Khadra

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Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Dans la peau d’un kamikaze

Khalil est né dans le quartier de Molenbeek en Belgique. Il est en chemin pour Paris, ce 13 novembre 2015. Dans la voiture avec lui, Driss, son meilleur ami d’enfance, ainsi que deux autres hommes. Depuis 5 semaines, ils se préparent et ne vivent que pour cette mission. Ils ont en effet été élus par le cheikh, pour aller se faire exploser au milieu de la foule au stade de France.

Se faire sauter pour la cause, l’acte de foi par excellence. Du moins l’imam Sadek le leur a-t-il affirmé. C’est donc « forcément » vrai. Le paradis leur est promis.

Mais rien ne se passe comme prévu. Sa ceinture d’explosifs ne se déclenche pas. Le détonateur ne fonctionne pas.

Au fil des pages, le lecteur accueille les confidences du kamikaze, remonte les mois, les années à ses côtés. Une enfance qui l’a meurtri, humilié. De mauvais résultats à l’école montrés du doigt par son père qui le traitait d’âne et le dédaignait. Du dédain de la part de la société belge vis-à-vis des étrangers comme lui, parqués dans ce quartier. Il ne se sent pas reconnu dans sa famille, pas intégré socialement, paumé, exclu. En perte d’estime de soi.

« L’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence, c’est mathématique. »

Aussi, quand son ami lui avait proposé d’aller écouter un prêcheur dans une mosquée, il l’avait suivi. Par désœuvrement plus que par conviction. Ce fut alors une révélation.

« La mosquée, plus qu’un refuge, m’a recyclé comme on recycle un déchet. Elle a donné une visibilité et une contenance aux intouchables que nous étions. Elle nous a sortis du caniveau pour nous exposer en produits de luxe sur la devanture des plus beaux édifices. La mosquée nous a restitué le respect qu’on nous devait. »

Ou quand « les frères » récupèrent ces êtres perdus, sans repères, à l’image d’objets perdus que personne ne vient réclamer.  L’embrigadement peut commencer.

Une analyse brillante de Yasmina Khadra

Dans ce livre rédigé à la première personne, pour que le lecteur soit au plus près des pensées du kamikaze, Yasmina Khadra démonte les rouages qui conduisent un être ordinaire à la radicalisation. Une analyse brillante, pertinente. Essentielle.

J’ai lu parfois des reproches faits à Yasmina Khadra, car il s’est glissé dans la peau d’un terroriste, a été dans l’empathie avec lui, a tenté de le comprendre. Or au contraire, je pense que l’auteur a FONDAMENTALEMENT raison dans sa démarche ! Un, tenter de comprendre ne signifie pas excuser. Deux, on a trop tendance à montrer les criminels, les kamikazes, les terroristes, comme des monstres, au sens de non-humains. Or ce ne sont pas des espèces animales ni des êtres d’une autre planète, ce sont des hommes et des femmes ordinaires à la base, qui un jour sont complètement sortis de la route. Et pour comprendre comment il est possible de faire des choix si radicaux, il faut les considérer comme ce qu’ils sont, des personnes. L’être humain est capable de cruauté extrême, de torture, du pire. Comme du meilleur. Ce roman est essentiel, car il tente de donner des éléments aux lecteurs, pour que jamais la part ténébreuse en lui ne l’emporte sur la part lumineuse. Pour le meilleur. Contre le pire.

Un livre acheté = 4 repas offerts aux restos du coeur!

13 à table éditions Pocket

Pour la sixième année consécutive, les éditions Pocket s’associent aux restos du cœur avec la publication d’un livre, 13 à Table, dont les profits servent à financer des repas aux restos du cœur.

La pauvreté : une réalité mais pas une fatalité

Aujourd’hui, un français sur cinq ne mange pas à sa faim. Les restos du cœur ont ainsi distribué 133 millions de repas pour la saison 2018/2019,  dont 30 000 à destination de bébés de moins de un an.  Que les Restos du cœur aient accueilli 900 000 personnes, c’est à la fois magnifique et tragique… La participation de chacun est donc plus que nécessaire. Soulager la misère passe par la solidarité.

Patrice Blanc président des Restos du coeur

Patrice Blanc, Président des Restos du coeur / ©Karine Fléjo photographie

 

Un livre acheté 5€ = 4 repas offerts aux restos du coeur

Pour la 6ème année, les éditions Pocket et leur directrice éditoriale Charlotte Lefevre, s’associent aux restos du cœur en publiant un recueil de nouvelles, intitulé 13 à table, dont les bénéfices sont reversés intégralement aux Restos du cœur.

François Laurent et Charlotte Lefevre

François Laurent, directeur général de Univers Poche et Charlotte Lefevre  – ©Karine Fléjo photographie

Cette année, le thème retenu a été celui du voyage. Ce sont donc 17 nouvelles qu’on écrites 17 auteurs, offrant un merveilleux voyage à travers la langue, à travers les mots, aux lecteurs.

Grâce aux bénéfices de l’opération 13 à table, ces 5 dernières années, 5 millions de repas ont pu être distribués. Alors, n’hésitez pas : non seulement vous allez lire de magnifiques nouvelles rédigées par des auteurs de talent, mais pour tout livre acheté vous offrirez 4 repas. Un bonheur quintuplé.

Auteurs ayant écrit une nouvelle pour le recueil Treize à table édition 2019 : Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI

auteurs-13-a-table

©Karine Fléjo photographie

N’hésitez pas, n’hésitez plus! Achetez-le, offrez-le, faites-en un cadeau de Noël qui ait du sens !