Citation du jour

Prendre son temps est un moyen de ne pas le perdre, et nous accorde de vivre l’instant présent de manière à le capter pleinement et le stocker dans sa mémoire comme un écureuil le ferait pour ses provisions hivernales, les savourant dans la durée et les transfigurant en souvenir fécond.

Michel Simonet – Une rose et un balai (Pocket éditions)

une rose et un balai Michel Simonet

©Karine Fléjo photographie

 

 

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Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez (Pocket)

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Franck Thilliez et son roman – ©Karine Fléjo photographie

Quand le maître du thriller, Franck Thilliez, évoque l’histoire d’une reine du thriller dont la fille a disparu, cela donne une mise en abyme aussi fascinante que machiavélique.

Une enquête sans corps et un cadavre sans visage

Nous sommes sur la côte d’Opale chère à l’auteur, là où Léane Morgan, reine du thriller, connue sous le pseudonyme d’Enaël Minaure, a établi sa résidence d’écriture. Jusqu’à la disparition tragique de sa fille Sarah, quatre ans plus tôt. L’enquête n’a jamais permis de déterminer ce qui est arrivé à la jeune joggeuse, pas plus que de retrouver son corps. Certes, un serial-killer a été mis sous les verrous et revendique le meurtre de Sarah au même titre que celui de ses précédentes victimes, mais il ne donne ni le mobile, ni le lieu où serait caché le cadavre. Léane et son mari Jullian ont géré chacun ce drame à leur manière. Léane, en s’investissant à corps perdu dans l’écriture. Son mari, quant à lui, en mettant toute son énergie à mener sa propre enquête.

Une épreuve qui a fait exploser leur couple. Installée à Paris, au calme, Léane rédige son nouveau thriller, Le manuscrit inachevé, tandis que son mari s’épuise dans la quête de la vérité près de Berck. Jusqu’au jour où elle reçoit un appel de l’hôpital : Jullian a été agressé et est devenu amnésique. Elle se rend aussitôt à son chevet : son agression a-t-elle un lien avec son enquête sur la mort de Sarah ?

En parallèle, une autre enquête est menée, à priori sans aucun lien avec la première, à des centaines de kilomètres de là : Vic et Vadim, deux policiers de Grenoble, découvrent un cadavre sans visage dans le coffre d’une voiture volée. Quel est donc ce psychopathe qui mutile les corps ainsi ?

Enquêtes sans aucun rapport ? Le talent de Franck Thilliez est justement de relier avec subtilité des éléments à priori étrangers, de semer très judicieusement des indices, pour transformer le lecteur lui-même en enquêteur. Au lecteur d’identifier les liens, afin de ne pas laisser le mystère, à l’image du manuscrit, inachevé.

Un thriller au suspens implacable et machiavélique à souhait

L’angle sous lequel Franck Thilliez aborde ce roman, Le manuscrit inachevé, est absolument original : une succession de mises en abyme, comme autant de poupées russes. La vie de Léane est digne des romans qu’elle écrit. Le drame de la disparition de sa fille, l’agression de son mari, l’homme séquestré qu’elle trouve dans le fort, sont autant de rebondissements qui auraient pu naître de sa plume. Sauf qu’il s’agit de la réalité et non d’une fiction. Une mise en abyme renforcée par le prologue : le roman que le lecteur tient entre les mains est en effet le manuscrit inachevé d’un auteur de thriller, trouvé par son fils dans son grenier à son décès. So titre? Le manuscrit inachevé. Tiens, tiens…

Si imaginer une telle histoire, truffée de rebondissements, avec une construction sans faille, un rythme soutenu, une tension croissante, des indices distillés à point nommé et une fin impossible à anticiper, dut être indiciblement complexe à imaginer et à mettre en place pour Franck Thilliez, sa lecture est d’une fluidité parfaite. Les chapitres courts s’enchaînent, tandis que le lecteur devient le prisonnier consentant d’une lecture diablement addictive. Ne vous laissez pas impressionner par les 600 pages, arrivé à la fin vous en redemanderez!

Un excellent thriller.

Citation du jour

Je remarque que la lenteur, qui n’est pour moi rien d’autre que le rythme fondamental de l’humanité, est devenue un luxe paradoxalement nécessaire et vital par les temps qui courent, qui nous entraînent plutôt qu’ils ne nous portent. On perd en teneur ce que l’on gagne ne vitesse, et cette vitesse que l’on atteint semble actuellement beaucoup plus intéressante que la direction que l’on prend. Pourtant, le cheminement compte tout autant que la destination, et la méthode que la formule finale.

Michel Simonet – Une rose et un balai – Pocket éditions

une rose et un balai Michel Simonet

©Karine Fléjo photographie

 

Rencontre avec Franck Thilliez : « Pour moi, l’écriture d’un roman, c’est comme un Vendée Globe »

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Ce jeudi 20 juin, les éditions Pocket organisaient une rencontre exceptionnelle avec le talentueux Franck Thilliez, sur les lieux de son nouveau roman paru chez Pocket: Le manuscrit inachevé. Rendez-vous pris au Touquet-Paris-Plage, pour une journée inoubliable avec le maître du thriller français.

Un roman dense comme Le manuscrit inachevé demande combien de temps de préparation, d’écriture ?

En général mes romans sortent au mois de mai et je les ai terminés au mois d’octobre/novembre précédent. Donc à partir du mois de novembre, sans repartir directement dans l’écriture, je réfléchis à ce que sera le prochain,  comment vont évoluer les personnages. Et après, il y a une partie recherche et documentation, je creuse le sujet, c’est une période qui dure six mois. Puis au bout de six mois, quand j’ai mon histoire en tête, je commence à écrire.

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Et lorsque la phase d’écriture commence, avez-vous en tête très précisément les diverses étapes de votre roman, savez-vous exactement quelle sera la destination finale ou cela s’élabore-t-il au fil de l’écriture ?

C’est un peu comme un Vendée globe. C’est-à-dire que vous savez que vous allez d’un point à l’autre, en connaissant les étapes, en sachant qu’à tel endroit cela va être compliqué,. Donc j’ai un peu cette vision là de mon histoire.Parfois les vents me poussent un peu en dehors de la route prévue, mais j’essaye toujours de revenir au chemin initial parce que j’ai un cap en tête à garder.

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En amont, lors de la phase de préparation de votre roman, faites-vous des fiches sur vos personnages, ou avez-vous tous en tête ?

J’utilise en fait un logiciel,  cela s’appelle le Mind Mapping. Au lieu d’avoir ma documentation dispersée partout, de perdre du temps à la retrouver, j’ai toute ma documentation répertoriée dans ce logiciel sous forme d’arborescence. Cela permet de représenter visuellement le chemin de la pensée. J’y mets mes personnages, mes lieux, mes idées et cela crée des arborescences. Comme j’écris des choses très complexes et très documentées, cela m’est très utile. Cela me prend du temps mais me permet ensuite d’avancer plus vite dans la phase d’écriture et de ne pas bloquer ou de ne pas avoir le syndrome de la page blanche.

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Quand vous écrivez, vous rédiger toute la journée, ou vous arrivez à complètement couper de votre roman et à faire autre chose ? Car quand on vous lit, les histoires sont tellement denses, tellement intenses, tellement complexes, qu’on se demande comment vous arrivez à vous en extraire ?

J’écris en journée, mais  pas beaucoup d’heures chaque jour. Car l’écriture est très étalée dans le temps. Après, cela ne me pose aucun problème de passer à autre chose dans la journée. La preuve, je suis avec vous aujourd’hui alors que je suis en phase d’écriture.

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Lisez-vous d’autres auteurs de thrillers contemporains? Ce-faisant avez-vous peur d’être influencé ? 

Dans mon dernier roman, Lucas, il est question d’intelligence artificielle. Alors je vois Bernard Minier, six mois avant que mon roman ne sorte,  on discute de ce que chacun écrit et là Bernard Minier me dit qu’il écrit un roman sur l’intelligence artificielle. Et moi aussi. Cela nous a fait peur, mais heureusement nos livres n’ont absolument rien à voir, l’approche est très différente. Mais d’une manière générale, non, je n’ai pas peur d’être influencé.

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Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

à la lumière du petit matin de Agnès Martin Lugand chez Pocket

Points forts :

  • Des personnages indiciblement attachants
  • Une analyse très fine de la psychologie des personnages
  • Un talent narratif indéniable
  • Un suspense magistralement entretenu

Peut-on être heureux quand on se ment à soi-même ? Ou quand une épreuve vous conduit à faire le point et à vous recentrer sur vos besoins et vos priorités. Un roman touchant, viscéralement humain et… addictif !

Hortense est une jeune femme bientôt quadra, en apparence épanouie. Elle exerce avec passion son métier de professeur de danse, dans une école parisienne qu’elle gère avec Bertille et Sandro. Et aime tout aussi passionnément Aymeric. Sa vie semble donc être un ballet parfaitement aérien. Jusqu’au jour où, faute d’avoir écouté les signaux de détresse de son corps, elle se blesse gravement à la cheville.

Une pause s’impose. Pendant deux mois, elle doit tirer sa révérence.

Cette convalescence l’oblige alors à se regarder en face : depuis le décès de ses parents, quels choix de vie a-t-elle fait ? A-t-elle d’ailleurs vraiment choisi, ou s’est-elle passivement contentée d’aller là où on l’attendait, tant professionnellement que personnellement ? Certes, la danse est sa passion, mais les choix que Bertille et Sandro veulent prendre pour faire évoluer l’école correspondent-ils à sa vision de l’enseignement ? Par ailleurs, elle éprouve une attirance folle envers Aymeric, ne vit que pour les moments qu’ils passent ensemble. Mais justement, ces rares moments lui suffisent-ils ? Etre depuis trois ans la maitresse d’un homme marié et père de famille, être en permanence dans l’attente, dans le manque, a-t-il un sens ? Est-ce sa conception de l’amour ?

Elle décide de prendre un peu de distance et part dans la bastide provençale héritée de ses parents. Histoire de mettre un (grand) écart entre les tourbillons de sa vie parisienne et elle-même. Histoire d’émerger de la chorégraphie du chaos qu’interprète sa vie actuelle.

Une fois encore, force est de constater qu’Agnès Martin-Lugand excelle à explorer l’âme humaine, à décrire des situations et des personnages à ce point justes, que le lecteur vit l’histoire plus qu’il ne la lit. Elle nous interroge sur nos choix de vie, nos priorités, nos besoins, lesquels sont souvent révélés à l’occasion d’un drame : sommes-nous acteur ou spectateur de notre existence ? Peut-on durablement se mentir sans passer à côté de sa vie ? Avec beaucoup de sensibilité, de grâce, elle nous invite à interpréter le ballet de notre vie et non à nous glisser dans les pas des autres. Un roman addictif, qui vous prend en otage dès les premières lignes et ne vous délivre qu’à la dernière page.

Une rose et un balai, Michel Simonet

une rose et un balai Michel Simonet

©Karine Fléjo photographie

J’ai reçu ce livre et serais passée vraisemblablement à côté de ce petit bijou de poésie, de sagesse et d’humanité, sans l’adorable attention des éditions Pocket. Je l’ai dévoré aussitôt, subjuguée par le style poétique comme par la profondeur des propos. A lire !

Un autre regard sur le métier de balayeur de rue

Cantonnier, hygiéniste du trottoir, concierge de quartier, « mégoïste philanthrope », homme de ménage en plein air, vous croisez tous des balayeurs de rue au quotidien. Mais s’ils appartiennent à votre décor quotidien, connaissez-vous vraiment leur profession pour autant ? Que savez-vous de ce métier, du déroulement d’une journée type ?  Etes-vous convaincu qu’il ne peut pas s’agir d’un choix de vie mais d’un travail faute de mieux ?

Michel Simonet, balayeur de rue dont le chariot arbore toujours une jolie fleur pour mettre une note de poésie dans sa journée, vous propose de découvrir son métier de l’intérieur, de « balayer » les préjugés qui l’entoure.

Tout d’abord, ce métier pour Michel Simonet est un choix. Il a quitté son travail administratif pour celui de balayeur de rue, plus conforme à ses aspirations, son équilibre, ses besoins.

« C’est un travail ingrat, mais d’où la grâce n’est pas absente ; elle y affleure même à tout instant. Un métier sale, certes, mais pas un sale métier. »

Vous êtes étonné que ce métier puisse être source d’épanouissement ? Et pourtant l’auteur nous le prouve. Il lui procure bien des émerveillements. Tout est question de regard, de présence à l’autre, d’appréciation de l’instant présent.

« Ce ne sont jamais les merveilles qui manquent, mais plutôt la faculté de s’émerveiller par tous nos sens. »

Car Michel Simonet a cette sagesse rare-là. Ce recul sur le monde. Cette capacité à saisir le bonheur le plus infime à sa portée.

« La chance. La grâce. Le bonheur. J’ai rapidement su où était le mien. On peut trouver tout près ce que d’autres cherchent et découvrent très loin, et recevoir ici au lieu de partir à la conquête. »

Rencontres humaines chaleureuses, luxe de pouvoir prendre son temps dans un monde engagé dans une course perpétuelle, variété des journées (rencontres diverses, événements inattendus), indépendance, travail au grand air, nombreuses sont les occasions de se réjouir. D’éprouver de la gratitude pour son métier. Un métier qui lui a apporté de fortes amitiés, la paix du cœur, la vie au jour le jour et la grâce de l’instant présent.

Et puis, balayeur de rue, nous dit non sans humour l’auteur, ce sont plusieurs métiers en un ! Photographe pour les touristes, bagagiste pour les personnes âgées, employé à l’Office du tourisme quand il faut renseigner les promeneurs perdus, gendarme en cas d’accident de la circulation, éducateur quand il faut désamorcer les conflits de rue. Ce métier est tout sauf monotâche et monotone !

Un récit plein d’humour, de sagesse et de poésie

Ce petit livre est un concentré de poésie, de sagesse, de philosophie et d’humanité. L’auteur nous invite à nous recentrer sur l’essentiel, à savoir nous réjouir de ce que nous avons au lieu d’être d’éternels insatisfaits engagés dans la course du toujours mieux, toujours plus. Son regard aiguisé, sa présence au monde lui permettent d’être fin psychologue, de déceler les personnes au-delà des personnages, d’établir la part des choses entre opinion et émotion. Son style est fluide est d’une grande poésie. Son humour extraordinaire.

Cet homme redonne de la densité à ces balayeurs de rue, bien souvent transparents dans les regards. Un récit émouvant et magnifique, parsemé de poèmes si justes. Balayez tout ce que vous avez à faire et filez dans votre librairie acheter ce livre !

Traits d’union

Ciel : mon plafond transparent.

Avenue : murs d ma maison.

Macadam : mon tapis d’orient.

Lendemains de fête : mon chemin de croix.

Poubelles : mes stations.

Voitures, trains, passants : mes voyages.

Bancs publics : mes bistrots.

Neige : mon silence.

Pluie et vent : ma musique.

Chaud et froid : mon sauna.

Char-rose : la vie est belle.

Balai : ma béquille.

Papiers et mégots : voisins du dessous jamais absents.

Verre brisé : vies côtoyées.

Bruit et paix : une seule nature humaine.