Glissez Tatiana de Rosnay dans votre poche !

Célestine du bac de Rosnay Pocket

Une magnifique histoire d’amitié entre deux êtres que tout semble opposer : un jeune homme de bonne famille et une SDF sans âge rongée par l’alcool.

Une rencontre improbable

Depuis le décès accidentel de sa mère alors qu’il n’était âgé que de deux an, Martin Dujeu vit seul avec son père, les conquêtes de ce dernier et son inséparable chien Germinal. En terminale dans une boite à bac réputée, lui autrefois excellent élève s’apprête encore à redoubler. Car la préoccupation de Martin, ce grand rêveur et amoureux de Zola, n’est absolument pas de décrocher son bac. Mais de terminer l’écriture de son premier roman, roman qu’il rédige en cachette de son père. Un père avec lequel la communication est d’ailleurs réduite aux formules de politesses.

Alors qu’il promène dans le quartier, il remarque une SDF d’un âge indéfinissable, assise sous un porche. Elle dit se prénommer Célestine du Bac. Quelques mots échangés à chaque passage. Un peu d’argent déposé à son intention la fois suivante. Des vêtements et des couvertures à l’arrivée du froid. Ce rituel devient important pour Martin, qui contre toute attente s’attache à la femme rongée par l’alcool, le froid et la dureté de la vie dehors. Une femme qui partage visiblement avec lui la passion pour l’écriture. Que consigne-t-elle dans son cahier ? Un mystère que Martin aimerait bien percer, à l’image de celui qui entoure la disparition de sa mère.

Un roman lumineux

Tatiana de Rosnay a écrit ce roman, Célestine du Bac en 1990. Puis l’a laissé dormir pendant 30 ans. On ne peut donc que se réjouir qu’elle l’ait retrouvé à la faveur d’un déménagement. Cette histoire d’amitié est en effet si belle, si bouleversante, et Martin comme Célestine si attachants, qu’il eût été dommage de ne pas les rencontrer.

C’est la rencontre entre deux univers opposés, celui du milieu bourgeois de Martin et celui du dépouillement le plus total de la rue. Mais c’est aussi la rencontre de deux belles âmes, de deux êtres viscéralement humains, animés par la passion de l’écriture. Si en apparence tout les séparent, en profondeur leurs valeurs humaines les rassemblent. Alors chacun va aider l’autre à avancer, à mettre du soleil dans son existence. A faire du reste de sa vie la plus belle partie de son existence.

Un roman lumineux, bienveillant, qui met du soleil dans les esprits à défaut de le voir briller dans le ciel de Paris ce moi de mai !

Informations pratiques

Célestine du bac, Tatiana de Rosnay – éditions Pocket, mai 2022- 7,70€- 352 pages

Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

La datcha Lugand Pocket

Et si les lieux modelaient notre existence, comme les mains d’un potier invisible? Il y a des endroits où l’on se sent immédiatement bien, apaisé, confiant. La datcha fait partie de ces lieux-là.

Renaître

Hermine avait mis un terme à trois années d’errance, de faim et de froid, en se posant en ces lieux 20 ans plus tôt, alors âgée de 21 ans. Abandonnée par sa mère et placée en foyer, elle avait eu l’irrépressible besoin de la retrouver à la majorité. En vain. Jusqu’à ce qu’un couple lui propose l’hospitalité en l’échange d’un travail dans leur hôtel, La Datcha, au cœur du Lubéron.

La Datcha, c’est le nom donné à cet hôtel par Jo, en l’honneur de l’amour indéfectible qui le lie à Macha, son épouse russe. C’est un lieu plein de vie, de rires, de bienveillance et d’amour où le personnel comme les clients aiment à se retrouver. Un lieu à l’image du couple. Une famille de cœur.

Mais quand Jo décède, ce bel équilibre vacille. Pour tous. Les lieux vont-ils survivre à la disparition de ceux qui leur ont donné leur âme ? Que va devenir Hermine, elle qui doit tout à cet endroit et à leurs occupants, elle qui y a enfin trouvé un équilibre, une sérénité, un amour inconditionnel et gratuit ? Et que va décider Vassili, fils de Macha et Jo et héritier de la Datcha, concernant l’avenir de l’hôtel et de ceux qui y travaillent avec tant de passion ? Face à ces incertitudes, chacun tremble.

L’âme des lieux

Avec son huitième roman, La Datcha, publié aux éditions Pocket en ce mois de mars, Agnès Martin-Lugand nous emmène en Provence, dans un lieu où d’emblée on se sent accueilli, chez soi, en confiance. Un lieu qui agit comme un baume lénifiant sur les blessures, qui apaise, rassure, nourrit. Car les lieux ont une âme, imprègnent leurs murs de la joie et de l’amour de leurs habitants et en dispensent à leur tour. Ils vivent. Tandis qu’Hermine n’a jamais eu de racines, de cocon à elle, cet hôtel lui offre un refuge. Pour se reconstruire. Pour apprivoiser enfin le bonheur et l’amour.

C’est un roman très touchant et viscéralement humain que nous offre Agnès Martin-Lugand. On a envie de se mettre en route immédiatement pour la Datcha et d’y poser ses valises. Avec beaucoup de finesse dans l’analyse psychologique des personnages, l’auteure nous interroge sur l’impact des blessures passées sur nos vies actuelles. Peut-on dépasser le passé ? Renoncer à vouloir le changer et enfin l’accepter ? Pardonner ? Peut-on faire confiance quand on a été trahi, s’abandonner à quelqu’un et à soi quand on a été abandonnée dans son enfance ?

Un roman enveloppant comme une douce étole, dont on n’a pas envie de quitter ni les lieux ni les personnages.

Informations pratiques

La Datcha, Agnès Martin-Lugand – éditions Pocket, mars 2022 – 348 pages – 7,70€

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo

du miel sous les galettes Pocket

Le portrait inoubliable d’une femme du Burkina Faso qui n’a jamais baissé les bras pour élever seule ses sept enfants et obtenir justice, tandis que son mari est emprisonné à la suite d’une erreur judiciaire.

Erreur judiciaire

Fada N’Gourma est un village du Burkina Faso où vivent modestement Hamado Sankaké , sa femme et leurs sept enfants. Pour améliorer les revenus de son mari, fonctionnaire, Djelila revend des articles qu’elle achète sur le marché, la petite dernière harnachée dans son dos.

Mais la vie harmonieuse de la famille bascule quand le père est arrêté. Il y a eu un cambriolage au service des finances. Tout l’argent destiné aux salaires des fonctionnaires de la région a disparu, sans qu’il n’y ait de traces d’effraction. Alors, comme Hamado détient la clé des lieux, il fait un coupable tout trouvé.

Jeté en prison, Hamado laisse Djelila et les sept enfants seuls, sans revenus, à la maison. Dans le village, on parle de la famille comme s’ils étaient des bandits, on se détourne d’eux. Qu’à cela ne tienne, Djelila, femme forte, courageuse et combative, ne capitule pas. Elle est prête à remuer ciel et terre pour dénoncer l’injustice dont est victime son mari et obtenir sa libération. Même s’il lui faut se battre contre l’administration et les fonctionnaires corrompus jusqu’aux os. Et pour subvenir aux besoins essentiels de sa famille, Djelila cuisine des galettes, qu’elle vend sur le pas de sa porte. Bientôt tout le monde se les arrache.

Le combat d’une femme et mère

Avec Du miel sous les galettes, paru en ce mois de mars aux éditions Pocket, Roukiata Ouedraogo nous offre un voyage au cœur du Burkina Faso, pays où les terribles sécheresses succèdent aux pluies diluviennes, où la corruption fait rage. Un voyage empli de soleil, de parfums, de couleurs, d’odeur de miel et de galettes, de solidarité, d’amour, de traditions, de rires d’enfants. De vie. C’est le portrait d’une femme indiciblement courageuse, opiniâtre, droite, qui pas un seul instant n’entend se plier devant l’injustice des hommes, portée par l’amour qu’elle voue à son mari, à ses enfants. Une femme prête à soulever des montagnes, tandis que son mari a perdu foi en la justice de son pays et foi en l’homme tout court.

Ce roman viscéralement humain, montre que c’est quand il n’y a plus d’espoir, qu’il ne faut désespérer de rien. Car l’amour permet de triompher de tout. Ou presque.

Un très beau premier roman.

Informations pratiques

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo – éditions Pocket, mars 2022 – 235 pages- – 7,10 €

Glissez Fabrice Midal dans votre poche!

Fabrice Midal hypersensible Pocket
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Fabrice Midal vous invite à vous interroger : êtes-vous ou non hypersensible ? Car identifier son hypersensibilité est un facteur de libération et de propulsion dans la vie. Loin d’être un handicap, transformez votre hypersensibilité en atout !

Définir l’hypersensibilité

Derrière ce terme, ce mot-valise, on met un peu tout et n’importe quoi. Or que recouvre l’hypersensibilité ? Quelles sont les manifestations de l’hypersensibilité qui vous permettent de l’identifier ? Partant de son expérience personnelle d’être hypersensible, Fabrice Midal vous donne des clés pour repérer ce que vous associez peut-être à de l’hyperémotivité, à une gêne en public, à une sollicitation permanente et excessive de pensées et réflexions, à une trop forte empathie. A trop. A trop de tout. C’est donc à la fois une forte sollicitation des sens, des émotions et des réflexions. Le sentiment d’être submergé. Or si beaucoup ont tendance à refouler cette hypersensibilité, la considérant comme un fardeau, ce faisant ils se coupent de leur nature profonde. Deviennent étrangers à eux-mêmes, ce qui est source d’une grande souffrance.

Fabrice Midal vous propose donc au contraire de prendre conscience de votre hypersensibilité dans un premier temps, puis d’en faire votre alliée. De l’accepter. De l’habiter. Pour le meilleur!

L’hypersensibilité est une bénédiction

Dans son livre très complet, intitulé Etes-vous hypersensibleparu aux éditions Pocket, Fabrice Midal bouscule une idée reçue : non, l’hypersensibilité n’est pas une malédiction. C’est même carrément une chance ! Inutile donc – voire même dangereux – de la refouler, de la rejeter. S’appuyant sur les constats de scientifiques, de philosophes, d’historiens, de psychanalystes et hypnothérapeutes, Fabrice Midal vous montre comment exploiter au mieux ce don. Chaque court chapitre s’achève sur un exercice d’application très simple, lequel va vous permettre d’identifier votre hypersensibilité, de vous familiariser avec elle et de la transformer en atout.

Informations pratiques

Suis-je hypersensible? Fabrice Midal – éditions Pocket, avril 2022 – 268 pages – 7,70€

Rien ne t’efface, Michel Bussi

Rien ne t'efface, Michel

Le portrait indiciblement émouvant d’une mère convaincue d’avoir retrouvé son fils, disparu 10 ans plus tôt. Un roman au suspens implacable. Envoûtant.

Quand son enfant disparait

Il y a dix ans, Maddi, médecin généraliste, a été confrontée au pire des drames : la disparition de son fils de dix ans, Estéban, sur la plage de Saint-Jean de Luz. Quand, dix ans plus tard, elle revient sur cette même plage et croise le sosie d’Estéban, même âge, même short de bain avec une baleine en écusson, elle est en état de choc. C’est comme si le temps s’était figé. Ce petit vacancier, qui répond au prénom de Tom, pourrait être le jumeau d’Estéban. Si dix années ne les séparaient pas.

Dès lors, Maddi n’a plus qu’une idée en tête. Plus qu’une obsession : découvrir qui est Tom, ce petit auvergnat. Comment une telle ressemblance physique peut-elle s’expliquer ? Pourquoi porte-t-il les mêmes vêtements qu’Estéban le jour de sa disparition ? Plus frappant encore : comment expliquer que tous deux aient la même tâche de naissance, la même passion pour la lyre, la même connaissance de la langue basque ? Aussi cartésienne soit-elle, Maddi s’interroge : pourrait-il s’agir de réincarnation ?Est-elle en train de devenir folle?

Un suspense haletant

Avec Rien ne t’efface, paru en ce mois de février aux éditions Pocket, attendez-vous à ce que Michel Bussi efface tout ce qu’il y a en dehors de la lecture de votre roman. Plus rien n’existera autour de vous. A l’image de Maddi, la mère d’Estéban, vous n’allez avoir qu’une obsession : découvrir la vérité, en tournant frénétiquement les pages, en avançant dans l’histoire au fil des multiples rebondissements. L’intrigue est diablement bien construite, la tension narrative constante, les personnages bien campés, avec un twist final saisissant et impossible à anticiper.

Michel Bussi s’amuse avec le lecteur, multiplie les pistes, le tient en haleine, l’embarque dès les premières lignes aux cotés de Maddi, pour ne plus le lâcher jusqu’à la toute dernière page. C’est saisissant de vérité, au point qu’on en oublie qu’il s’agit d’une fiction et de personnages. Au point qu’on n’a plus envie de les quitter.

Une réussite!

Informations pratiques

Rien ne t’efface, Michel Bussi- Editions Pocket, février 2022 – 519 pages

Glissez Imbolo Mbue dans votre poche !

puissions nous vivre longtemps

Après « Voici venir les rêveurs », Imbolo Mbue nous revient avec un roman magnifique, fort, bouleversant. Quand les multinationales exploitent les terres des peuples d’Afrique et détruisent tout, y compris les vies humaines. Roman d’une jeune génération qui a décidé de ne plus subir.

Pollution pétrolière en Afrique

Nous sommes dans le village de Kosawa en Afrique de l’Ouest, village dans lequel une multinationale américaine, Pexton, est venue exploiter du pétrole. Non seulement nombre de villageois ont été chassés purement et simplement de leurs terres, mais ces derniers temps les habitants sont décimés par une étrange maladie. Peu à peu, ils en découvrent avec horreur la cause : l’eau est polluée par les rejets toxiques de Pexton. Pire : les sols et l’air sont eux aussi devenus très dangereux pour la population locale. Et les préparations médicinales transmises depuis des générations n’y peuvent rien. Pas plus que les incantations des chamans.

Les villageois réalisent alors combien ils ont été trompés. On leur avait promis une vie meilleure avec ce forage pétrolier, l’accès à « la civilisation ». On leur offre la mort et la misère. Les plus jeunes décident d’agir : assister aux réunions de la multinationale, essayer de parler calmement aux autorités locales et aux industriels comme le font es anciens n’aboutit à rien. Pendant ce temps, des gens meurent. De plus en plus. Dans l’indifférence générale. Il faut taper plus fort. Il en va de leur survie. Une poignée d’entre eux se soulèvent alors. Mais cette insurrection se termine dans un bain de sang.

Mais Thula, une jeune fille du village, brillante élève, refuse de se résigner. Elle entend bien sauver son peuple de l’exploitation et de la mort grâce à l’accès à des études supérieures. Elle part donc étudier aux Etats-Unis et se fait la promesse de revenir d’ici quelques années, forte de ses connaissances pour mener la révolution.

Un roman engagé

Puissions-nous vivre longtemps est un roman très engagé, qui interroge le lecteur sur les dérives du capitalisme et du colonialisme. Sur les liens de domination régissant les rapports entre les pays occidentaux et l’Afrique. Que pèsent les vies de ces villageois face à la perspective des mirobolants profits de l’exploitation de leurs terres ? Que pèsent leurs voix face aux multinationales ? Imbolo Mbue nous offre un magnifique et poignant voyage. Elle nous immerge dans la culture africaine, ses traditions, ses croyances et nous embarque aux côtés d’une jeune femme au courage extraordinaire, d’une combativité hors-normes, la jeune Thula . Le lecteur prend alors part à son combat, tremble avec elle, se révolte avec elle, retenant son souffle jusqu’à la toute dernière page pour découvrir si son entreprise sera couronnée ou non de succès.

Informations pratiques

Puissions-nous vivre longtemps, Imbolo Mbue – Editions Pocket, février 2022 – 544 pages

Glissez Philippe Besson dans votre poche!

le dernier enfant

S’il est communément entendu que les enfants doivent quitter le nid familial un jour, il existe un fossé entre l’idée admise de leur envol et le ressenti déchirant de leur départ le jour J. C’est ce séisme du départ pour un cœur de maman, que nous relate la si délicate et si sensible plume de Philippe Besson.

Quand les enfants quittent la maison

Anne-Marie et Patrick sont les heureux parents quinquagénaires de trois enfants, dont deux ont déjà quitté le nid familial. Cela fait déjà trente ans qu’ils vivent dans ce pavillon. Une maison qui a vu grandir les enfants. Une maison qui les a vu partir l’un après l’autre aussi. Ne reste plus avec eux que leur fils Théo. Mais aujourd’hui, c’est le grand départ. Leur dernier enfant prend son envol et va s’installer dans un studio à une poignée de kilomètres de là, pour faire ses études à la fac.

Rien que de très normal en soi. Rien que de très prévisible.

Et pourtant. Pourtant, pour Anne-Marie, cette dernière journée partagée avec Théo à la maison provoque un cataclysme intérieur. Quand Julien et Laura, les deux ainés, sont partis, elle a éprouvé un pincement au cœur mais rien de comparable à cette terreur et ce vide incommensurable que le départ imminent de Théo génère en elle. « Théo est le petit dernier et perdre le petit dernier est tout bonnement une dévastation. Un anéantissement. »

Alors qu’ils entassent les bagages de Théo dans la Kangoo, qu’il prend son dernier petit déjeuner avec eux, elle se remémore ces années passées ensemble. Sur l’écran de son esprit, elle repasse les parenthèses enchantées qu’étaient ces moments où Théo se blottissait contre elle devant la télévision, cette naissance non désirée, la frayeur de son accident de vélo, ses goûts musicaux, tout ce qu’ils ont partagé et ne partageront plus.

Repenser sa vie

Le dernier enfant est le vingtième roman de Philippe Besson. On retrouve l’extrême délicatesse de sa plume, laquelle dissèque l’âme humaine avec une précision chirurgicale.

Dans ce livre, l’auteur nous invite à partager 24 heures de la vie d’une mère dont le dernier enfant quitte la maison. Si l’envol des enfants est prévisible, naturelle, incontournable, elle se révèle terrible pour Anne-Marie. « J’ai passé presque 30 ans à protéger mes enfants, à m’inquiéter pour eux, à les écouter. Et c’est fini. Fini. A quoi vais-je servir maintenant? » Anne-Marie se trouve brutalement confrontée à la réalité, celle d’une vie de couple sans les enfants, d’une maison vide, d’un emploi du temps qui n’est plus rythmé par les petits. Après s’être effacée derrière leurs envies, leurs besoins, elle doit identifier quelles sont ses envies à elle, ses besoins essentiels, comment réinventer son couple.

Informations pratiques

Philippe Besson, Le dernier enfant – Editions Pocket, janvier 2022 – 6,50€

La deuxième femme, Louise Mey

la deuxième femme Louise Mey

Un thriller psychologique magistralement mené, qui nous plonge dans le mécanisme de l’emprise et de la violence conjugale. Comment se sortir du piège d’une relation toxique ?

Emprise et violence psychologique

Sandrine est bourrée de complexes. Elle ne supporte pas son corps trop enrobé, son visage trop fade, son incapacité à s’exprimer en public sans bafouiller. Alors au travail elle s’isole, fuit la pause déjeuner avec ses collègues.

Mais un jour, elle croise un père éploré, dont la femme a disparu et finit par être considérée comme morte. Touchée par sa détresse, par le petit garçon mutique qui lui tient la main, elle est encore plus bouleversée par l’attention que cet homme lui porte en retour, par ce regard non méprisant qu’il porte sur elle. Elle n’est soudain plus ce passe-muraille dans le regard des autres. Pour cet homme, elle n’est plus transparente mais devient aimable au sens digne d’amour. Auprès du père et de son petit garçon, Sandrine semble enfin avoir trouvé une place. Sa place.

Et de se plier en quatre pour rendre la vie plus douce à l’homme et à son fils, pour leur témoigner sa reconnaissance d’être acceptée par eux.

Mais un jour aux infos, on annonce que la première femme, présumée morte, a été retrouvée vivante. La première femme, celle qui était là avant elle. Celle qui a mis au monde l’enfant mutique. Celle à qui la place revient de droit au sein de ce foyer.

Un séisme qui va affecter non seulement Sandrine mais tous les proches de cette famille et faire s’effondrer les apparences de bonheur conjugal.

Un thriller psychologique magistral

Avec La deuxième femme, paru aux éditions Pocket, Louise Mey offre au lecteur une plongée saisissante et brillante au cœur du mécanisme de l’emprise. Peu à peu, le bonheur apparent vole en éclats. L’homme attentionné et aimant se révèle sous un jour plus sombre, cruel, alternant entre violence et douceur, tendresse et humiliations. Docteur Jekyll et Mister Hyde. Cette alternance d’amour et de violence a sur le cerveau de Sandrine un effet paralysant. En état de sidération, Sandrine ne sait plus comment réagir, évite de le contrarier, guette les moments où il redevient cet homme doux qui l’a attirait au début.

Avec un style incisif, une tension constante, Louise Mey prend le lecteur dans l’engrenage de son histoire, le piège dans une envie frénétique de tourner les pages. On est saisit par la justesse de l’analyse, glacé par la violence insidieuse qui se met en place, bouleversé par le sort de cette femme. Un roman nécessaire, d’une intensité inouïe, pour que cessent ces jugements hâtifs et lapidaires envers ces femmes qui ne parviennent pas à quitter leurs bourreaux, faute d’une compréhension réelle du mécanisme pervers de l’emprise.

Informations pratiques

La deuxième femme, Louise Mey- Editions Pocket, décembre 2021 – 345 pages – 7,60€

Glissez Oscar Lalo dans votre poche!

La race des orphelins

Avec une écriture infiniment belle et un angle très original, Oscar Lalo met en lumière une page mal connue de l’histoire : celle des enfants des « Lebensborn ». Un roman d’une puissance évocatrice rare. Magistral.

La fabrique d’enfants parfaits

C’est le journal d’Hildegarde Müller que nous livre ici l’auteur. Une femme analphabète qui, à 76 ans, demande à un scribe de coucher sur le papier son histoire et, à travers elle, celle des enfants des Lebensborn.

« J’ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’ils viennent de nulle part.« 

Hildegarde Müller a été élevée dans un Lebensborn. Ce lieu, imaginé par Himmler à partir de 1935, est une pouponnière dans laquelle les nazis entendaient élever des enfants parfaits, parfaits au sens parfaitement aryens. Victimes du troisième Reich, ces enfants étaient soit issus de la procréation entre un SS et une femme aryenne, soit enlevés à leur famille slave (famille répondant auxdits critères aryens).

Hildegarde n’a jamais connu ses parents. A t-elle été conçue dans un lebensborn ou enlevée à des parents de l’Est ? A travers son histoire, on découvre l’Histoire, celle de ces milliers d’enfants, symboles du nazisme, cette race supérieure censée remplacer la race inférieure vouée à être éliminée dans les camps de concentration. La race des orphelins en réalité, orphelins du Mal, abandonnés par le pouvoir à la fin de la guerre et rejetés par la population car enfants de SS. Des enfants doublement abandonnés.

Censés incarner la fierté arienne, ils représentent désormais la honte nazie.

« Je suis fille de SS. C’est écrit sur mon front. C’est cloué dans mon dos. A l’avant une autre pancarte : collabo. Collabo, ma mère. Je suis une fille sandwich, plaquée par la double infamie de mon ascendance.« 

Un devoir de mémoire

C’est un devoir de mémoire, un hommage à ces victimes oubliées de la guerre, que nous livre Oscar Lalo dans ce roman remarquable, La race des orphelins. Peu d’ouvrages d’histoire mettent en lumière ces enfants des Lebensborn, un des secrets les mieux gardés de la seconde guerre mondiale. On évoque les victimes de la Shoah, en omettant ces autres enfants victimes du nazisme eux aussi, cette race des orphelins. Justice et voix leur sont ici rendues, dans un livre au vocabulaire ciselé, à l’écriture magistrale. A l’émotion à fleur de plume.

Un livre pour ne pas oublier. Un livre pour ne plus jamais recommencer.

Informations pratiques

La race des orphelins, Oscar Lalo – éditions Pocket, septembre 2021 – 288 pages – 6,95€

François-Xavier Dillard : Prendre un enfant par la main

prendre un enfant par la main Dillard

Gros coup de cœur pour ce thriller magistralement mené, qui vous prend en otage dès les premières pages et fait de vous la victime consentante d’une lecture en apnée. Survivriez-vous à la perte de votre enfant ?

Disparition d’un enfant

Vous aimez la voile ? Si je vous propose une traversée sur un First 50 Bénéteau flambant neuf entre la Corse et le continent, vous embarquez ? Si je vous précise qu’une tempête est annoncée, vous m’accompagnez toujours ?

Quand Marc, sa femme Sarah et leurs deux enfants montent sur le voilier, seul Marc sait qu’une vague de mauvais temps est possible sur leur trajet. Au port de Calvi, l’employé de la Capitainerie lui a fortement déconseillé de prendre la mer. Mais son travail d’avocat l’appelle, il est pressé et prête une oreille peu attentive aux avertissements du corse.

Il aurait pourtant dû l’écouter. Au milieu de nulle part, leur bateau est pris dans une terrible tempête. Leur fille Clémentine, dix ans, disparait, tandis que les trois autres membres de la famille sont miraculeusement rescapés.

Comment faire le deuil de son enfant ? Comment survivre non seulement à la perte de la chair de sa chair, mais à la culpabilité d’avoir entrainé toute sa famille dans une traversée aussi dangereuse ? Chacun tente de combler le vide à sa façon, de garder l’équilibre. Mais quand de nouveaux voisins emménagent près de chez Marc et Sarah, et que leur fille Gabrielle s’avère ressembler furieusement à Clémentine, cumulant de surcroit le même âge et la même date anniversaire que leur fille, ce fragile équilibre se rompt…

Un thriller fascinant

Avec un titre qui évoque autant de tendresse, François-Xavier Dillard s’amuse déjà avec le lecteur. Et ce n’est que le début ! Dès les toutes premières pages, l’auteur vous prend par la main. A peine la lui avez-vous tendue que c’est le bras qu’il vous prend. Puis vous tout entier. Vous n’êtes plus là pour personne, sauf pour ses personnages, glissant vos pas dans les leurs, le cœur battant. Au fil de l’intrigue, vous vous forgez une intime conviction sur le ou la coupable. Et les indices habilement essaimés vous confortent dans votre position. Oui, c’est certainement lui, elle. Et… non ! Par un twist machiavéliquement orchestré, le romancier balaie d’un coup d’un seul toutes vos certitudes et jubile de vous avoir réservé une chute vertigineuse. Jubilation partagée par la lectrice que je suis.

Pas de profusion d’hémoglobine ici, de cadavres en décomposition ou autre scène glauque. Non, François-Xavier Dillard nous prend aux tripes de façon beaucoup plus subtile, en jouant sur nos peurs viscérales : celle de perdre un proche, celle de perdre son enfant. On suit divers personnages comme autant de pièces dont on ignore si elles appartiennent à un seul et unique puzzle. Avec une construction remarquable, une extrême fluidité, un rythme soutenu, les pièces s’emboitent, les liens s’ébauchent. Mais le dessin final du puzzle est impossible à deviner avant la pause de la pièce finale. Un véritable tour de force.

J’ai adoré me laisser embarquer par l’histoire, happée par la tension narrative croissante, par les rebondissements multiples qui jalonnent l’histoire. J’avais hâte de connaitre le dénouement tout en n’ayant pas envie de refermer le livre.

Pour info, l’auteur vient de sortir un nouveau roman aux éditions Plon : L’enfant dormira bientôt.

Informations pratiques

Prendre un enfant par la main, François-Xavier Dillard – éditions Pocket, septembre 2021- 353 pages – 7,60€