La mère d’Eva, Sylvia Ferreri

la mère d'Eva Pocket

L’amour maternel dans toute sa puissance, sa beauté. Ou quand une mère doit faire face au changement de sexe de son enfant. Profond. Authentique. Un roman qui interpelle.

Un amour maternel inconditionnel

Serbie. La mère d’Eva attend seule à quelques pas du bloc opératoire. A l’intérieur, sur la table d’opération, sa fille de 18 ans, Eva. Ou plutôt son fils en devenir, Alessandro.

Comment devenir la mère d’un garçon quand on a été pendant 18 ans celle d’une fille ? La mère d’Eva devra renaitre en même temps que son fils. Tout réapprendre. Le contact sera-t-il aussi immédiat que lorsqu’on lui a posé le bébé sur le ventre 18 ans plus tôt ? Seront-ils aussi proches ? Elle tremble.

Tandis qu’elle se torture à se demander si elle a fait le bon choix (mais avait-elle vraiment le choix ?), si Eva ne regrettera pas ces opérations irréversibles, si son enfant sera enfin épanoui et heureux, elle rembobine le film de sa mémoire. Elle tente en vain de retrouver le moment où leur bonheur sans faille à tous les trois a vrillé. Et de culpabiliser. Qu’a-t-elle fait de mal en tant que mère, pour avoir un enfant dans une telle souffrance ?

Elle balaie ces années, les signes annonciateurs à l’âge de 4 ans, leur sidération, le déni, la colère, les épreuves, le chantage, l’espoir, l’acceptation. Et l’amour, toujours. Inconditionnel. Absolu. Car la seule certitude de la mère d’Eva en cet instant est qu’elle ne cessera jamais d’aimer son enfant. Fille ou garçon.

Changer de sexe

La mère d’Eva est le premier roman de Silvia Ferreri, paru aux éditions Pocket. Et quel roman ! Sans voyeurisme, sans complaisance, avec une infinie justesse, elle nous immerge dans le quotidien d’une famille dont l’enfant est en grande souffrance, né garçon dans un corps de fille. Ce sujet de société est traité avec beaucoup d’intelligence et une grande pudeur.

La dysphorie de genre ou transsexualité peut se manifester dès la maternelle. C’est le cas d’Eva ici, qui pour Noel à 4 ans demande un corps d’homme. Un mal-être qui s’installe, grandit, à mesure que l’enfant se sent étrangère au sexe qu’elle affiche.  Et pour les parents, une torture : que faire, accompagner son enfant dans son désir de transition vers un autre sexe ? Ou faut-il ignorer ses plaintes et croiser les doigts en espérant que ça lui passe ? Faut-il s’opposer fermement à lui ? Les parents d’Eva ne savent pas, ne savent plus quelle attitude adopter face à leur fille.  Tout ce qu’ils savent, c’est qu’ils aiment éperdument Eva et souhaitent la voir heureuse, épanouie, bien dans sa peau. Or elle ne l’est pas. Le sera-t-elle davantage dans un corps de garçon ou se berce-t-elle d’illusions ? Et ces opérations douloureuses et périlleuses, cette réassignation génitale, peuvent-ils accepter qu’elle les tente et mette sa vie en péril ?

C’est un roman splendide sur l’acceptation, l’amour parental, la responsabilité d’une mère et d’un père. Car au final, devenir parent, c’est s’adapter à l’enfant qu’on n’attendait pas. C’est l’aimer inconditionnellement. Et l’accompagner. Jusque dans les épreuves extrêmes.

Un roman MAGNIFIQUE, qui invite le lecteur à se demander : qu’aurais-je fait, comment aurais-je réagi à la place de la mère ou du père d’Eva?

Informations pratiques

La mère d’Eva, Sylvia Ferreri- Editions Pocket, juin 2021 – 253 pages -6,95€

Donne-moi la main Menino, Aurélie Delahaye

Donne moi la main Menino

Le combat d’une bande d’amis, pour sauver Lisbonne et ses habitants d’une politique immobilière désastreuse. Un roman engagé, touchant, humain. Une invitation à nous battre pour les causes qui nous tiennent à cœur. Superbe!

Avis d’expulsion et harcèlement immobilier

A Lisbonne, dans le quartier d’Alfama, le vieux Zé est une figure connue et appréciée des jeunes et des moins jeunes. Il a vécu son enfance et son adolescence dans les ruelles d’Alfama et se sent ici chez lui. A quelques rues de là, Menimo, que Zé aime comme un fils, Joséphine la thésarde française et Nuno, se partagent une colocation.

Un jour, Zé reçoit une lettre d’expulsion. Il a un mois pour quitter ce logement certes délabré mais qui représente toute sa vie. Pierre, promoteur immobilier, a bien l’intention de lui faire quitter les lieux, quitte à le harceler. Mais c’est sans compter le formidable élan de solidarité qui se met en place autour de Zé. Vont-ils laisser des promoteurs peu scrupuleux vider Lisbonne de son âme, substituer à ses habitants des touristes de passage et des investisseurs étrangers? Aussi démesuré paraisse le combat, ils n’entendent pas laisser tomber leur ami.

Se mobiliser pour faire changer les choses à Lisbonne

Après le magnifique Embrasser l’inconnu, Aurélie Delahaye nous revient avec un roman tout aussi fort et vibrant : Donne-moi la main Menino, aux éditions Pocket. C’est un roman passionnant à bien des égards. Tout d’abord, il offre au lecteur un regard différent sur la magnifique ville de Lisbonne. Une ville chère au cœur des touristes et trop chère pour les finances des lisboètes. Inaccessible même. Les mesures successives en matière de logement ont conduit à une explosion du montant des loyers, un abandon de l’entretien de nombreux immeubles et à la destruction pure et simple de certains d’entre eux. Des immeubles neufs, des complexes luxueux ont poussé à la place. Quant aux habitations typiques restantes, elles ont été acquises par des étrangers. Moralité, les lisboètes ont dû s’exiler, expulsés de chez eux sans ménagement ni solution de relogement. Et Aurélie Delahaye de s’interroger :  » Pourquoi les étrangers ne voient-ils pas que l’authenticité de Lisbonne s’érode, que sa mémoire et son identité sont mises à mal, eux qui précisément viennent en quête de celles-ci ?« 

Le vieil homme Zé fait les frais d’un de ces avis d’expulsion. Paniqué, lui qui a toujours vécu dans ces murs, il résiste pourtant, aidé de cette formidable bande d’amis. Une résistance qui lui vaut d’être harcelé, malmené. Mais plus la bande d’amis voit Zé attaqué, plus grandit sa détermination à l’aider. Ce roman, c’est aussi un formidable élan de solidarité, d’amitié, de combattivité. Une invitation à se mobiliser et à défendre une cause qui nous parait juste. Sans jamais céder au découragement. Sans jamais renoncer. On a envie de se joindre au mouvement, de soutenir le vieux Zé, tant ces personnages sont attachants, tant l’auteure a su leur donner de la densité. Tant la cause nous parait noble. Et il ne sera plus possible de se rendre à Lisbonne sans changer de regard sur ces habitations fantômes, achetées par des étrangers, louées ponctuellement par Airbnb, vidées de leurs lisboètes.

Un roman vibrant d’authenticité, édifiant, émouvant.

Nouveauté Pocket : Les roches rouges

Les roches rouges Pocket

Un roman bouleversant, viscéralement humain, dont les personnages nous hantent longtemps. Magnifique!

Drames familiaux

A 18 ans, à un âge où l’on fourmille de projets, d’envies, de rêves, il a au contraire le sentiment d’avoir la vie derrière lui. Depuis le drame qui s’est déroulé il y a 18 mois, son passé n’est plus dans son dos : il lui fait face, de jour comme de nuit, l’écrase sous une chape de culpabilité suffocante. Etudes, stage, il a tout envoyé valsé et a trouvé refuge dans la picole et les joints, squatte chez ses parents dans une banlieue d’un mortel ennui. Sa sœur Lise ne lui adresse plus la parole, ce qu’il comprend et accepte au regard de ce qui s’est passé. Il doit payer, expier. Tout juste si à ses yeux il mérite de vivre.

Jusqu’au jour où il croise Leila, une femme de 8 ans de plus que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Sa vie prend alors un sens, une consistance. Seulement voilà, Leila est mariée. Et à un homme violent de surcroit. Mais sans travail, avec un petit garçon à charge, elle se sent prisonnière de son couple.

Deux drames familiaux, deux êtres blessés par la vie dont la rencontre va peut-être bouleverser le cours de leur existence. Et si rien n’était jamais perdu? Et si aider autrui nous permettait de nous aider nous-même? Et s’il était possible de pardonner, de se pardonner?

Prendre son destin en main

Les roches rouges d’Olivier Adam est un roman qui vous prend aux tripes, vous secoue comme la mer quand il y a du ressac et laisse sur vous le sel de sa magnifique histoire. Violence conjugale, culpabilité, amour, entraide sont les principaux thèmes de ce bouleversant roman, dont les personnages vous hantent longtemps après la fin de la lecture. Des êtres touchants, attachants, courageux, qui décident d’unir leurs forces pour ne plus subir la vie. Pas de pathos ici, mais une peinture très fine et très juste de notre société et une magnifique luminosité dans l’écriture. Car la vie n’est pas que remous, fracas contre les rochers, elle peut aussi se montrer furieusement belle.

Un énorme coup de cœur!

Informations pratiques

Les roches rouges, Olivier Adam – éditions Pocket, mai 2021 – 6,95€

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau

Je ne veux pas être jolie

Un livre bouleversant, qui résonne avec l’actualité #MeToo. Ou quand le silence des mères réduit l’enfant à une insondable solitude.

Libérer la parole

Georgia, alias Jo, est informée du décès de sa mère à l’hôpital. Pendant des années, elle a espéré de cette dernière une explication, une forme de reconnaissance, des excuses, une demande de pardon. En vain. Alors quand elle apprend sa mort, aucune larme ne lui vient.

Tandis qu’elle retourne pour les obsèques à l’hôtel du bord des vagues, hôtel appartenant à son oncle Franck, son passé lui explose au visage. Ces blessures infligées l’année de ses 8 ans, tandis qu’elle avait séjourné seule chez son oncle et sa tante, se ravivent avec force. Pendant des années, Jo les avait refoulées pour tenter de se reconstruire, d’avancer. Malgré l’humiliation. Malgré la honte. Malgré l’horreur.

Mais le retour sur les lieux du cauchemar fait tout ressurgir. Georgia sent qu’elle n’a pas d’autre choix que de verbaliser ce qui s’est passé. De partager avec ses frère et sœur, le drame qu’elle a vécu enfant, à un âge où on n’avait de cesse de louer sa beauté. Elle qui n’aurait pas voulu être jolie mais juste respectée. Protégée.

Mais ses proches sont-ils prêts à entendre la vérité ? la famille va-t-elle accepter le séisme de ses révélations ? Car les aveux de Jo vont remettre en cause l’équilibre familial, faire voler les apparences en éclats…Et d’ailleurs, Jo est-elle la seule à porter un lourd secret ? Pourquoi sa mère, témoin indirect du drame, ne l’a-t-elle pas protégée ?

Secrets de famille et silence des mères

Je découvre Fabienne Périneau à l’occasion de la parution de son roman Je ne veux pas être jolie aux éditions Pocket. Un roman qui m’a bouleversée. Avec beaucoup de sensibilité, la romancière montre combien il est difficile de parler, de libérer la parole, d’autant plus difficile quand le courage de parler se heurte à la non-volonté de l’entourage d’écouter, de voir et/ou de croire. Pour la victime, c’est alors la double peine.

Un roman très contemporain, à une époque où la libération de la parole est devenue le credo de chacun. Parce que mettre des mots sur ses maux, parce que témoigner, oser parler, c’est déjà se reconstruire un peu.

Informations pratiques

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau-éditions Pocket, avril 2021 – 220 pages

Glissez Lea Wiazemski dans votre poche!

comme si tout recommencait

Un roman intergénérationnel, qui place l’humain au cœur, et montre que le bonheur et l’amour sont possibles à tout âge.

Rêves et désillusions

Depuis son plus jeune âge, Barbara a développé une conviction : celle que le bonheur serait à sa portée. Elle en a fait sa quête, son but ultime, la destination à atteindre. Mais les désillusions sentimentales se sont succédé et l’ont déviée de sa route. La dernière en date lui a porté le coup de grâce. Avec Victor, elle avait cru en effet pouvoir se poser, passer le reste de sa vie, fonder une famille. Son désir d’enfant chevillé au corps n’avait cependant pas trouvé d’écho immédiat en lui. Il repoussait sans cesse l’échéance, jusqu’à conclure finalement qu’il lui ferait un enfant pour ses quarante ans. Alors elle a patienté.

Mais juste avant ses quarante ans, il l’a quittée pour une autre.

Décomposée, Barbara trouve du réconfort auprès de Julie, sa meilleure amie, laquelle prend les choses en mains : Barbara doit prendre un nouveau départ, changer de vie, changer de ville. Un poste de responsable de maison de retraite est à pourvoir dans le sud, pourquoi ne tenterait-elle pas sa chance ?

Quand Barbara débarque dans la maison de retraite, l’ambiance est sinistre. Les pensionnaires sont tristes, esseulés, les activités pour les distraire quasi inexistantes, le manque de personnel lancinant, la nourriture infâme. Mais somme toute, ce chantier colossal qui s’ouvre à elle la distraira de ses idées sombres. S’occuper des autres, se rendre utile, donnera un peu de sens à sa vie.

Un roman lumineux, empreint de tendresse

Dans ce troisième roman, Lea Wiazemsky revient à un thème qui lui est cher : celui de la fuite inexorable du temps, des liens entre les générations. Avec beaucoup de douceur, sans mièvrerie, elle met des couleurs dans la grisaille de l’existence de ses personnages, leur insuffle de l’espoir.  Car s’il y a une leçon à retenir ici, c’est qu’il ne faut jamais désespérer de rien. La vie est riche en rebondissements et l’être humain en ressources insoupçonnées. Le lecteur se laisse alors porter par cet élan d’humanité et d’optimisme, s’attache aux personnages au fil des pages et referme le livre ému, le sourire aux lèvres . Un roman qui offre un rayon supplémentaire à la journée de celui qui le lit!

Informations pratiques

Comme si tout recommençait, Léa Wiazemski – éditions Pocket, mai 2021 – 272 pages – 6,95€

Nouveauté Pocket : Les fleurs de l’ombre

Les fleurs de l'ombre Pocket

Nous sommes dans un futur proche, dans ces maisons et appartements connectés, dans lesquels l’intelligence artificielle rivalise avec celle de l’homme. Progrès ou menace pour notre intimité ?

Progrès technique ou perte de liberté ?

Clarissa doit trouver un logement au plus vite après la découverte de la liaison qu’entretient son mari. Certes, jusqu’alors, il lui avait déjà été infidèle, mais une liaison de cette nature, jamais. Impossible de rester un seul jour de plus sous le même toit. Aussi, quand elle entend parler d’une résidence d’artistes flambant neuve, CASA, elle dépose sa candidature. En tant qu’écrivain franco-britannique, elle est en effet tout à fait éligible.

Et d’être retenue, pour sa plus grande joie. Une joie de courte durée cependant. N’a-t-elle pas agi de façon trop précipitée ? Car elle qui a toujours accordé une si grande importance aux lieux, qui a toujours sondé leur âme, s’est jetée sur cet appartement sans vraiment le respirer, le ressentir, l’écouter.

Certes l’appartement offre une vue imprenable sur l’hologramme de la Tour Eiffel, tour détruite dans un des nombreux attentats qui ont marqué le monde ces dernières années. Certes, il est vaste, lumineux, avec un loyer très attractif et tout le confort. Certes, il est équipé des dernières technologies et son assistante virtuelle, une certaine Mrs Dalloway, répond à ses moindres demandes. Mais.

Mais elle se sent oppressée en ces lieux, cauchemarde, entend des bruits étranges, voit des pans entiers de son douloureux passé refaire surface. Même son chat, Chablis, réagit étrangement, comme apeuré. Sur la défensive. Fragilisée par un deuil quelques décennies plus tôt, son entourage la considère encore fragile. Aussi, quand elle partage son malaise avec sa fille Jordan, cette dernière pense qu’elle fait une rechute dans la dépression. Sans compter qu’en tant que romancière, Clarissa a une imagination débordante : ce sentiment d’être constamment épiée ne sortirait-il pas tout droit de son imagination ?

Seule sa petite fille, Andy, semble ne pas la prendre pour une folle.

Alors, paranoïa ou menace fondée ? Qu’est devenu Jim Perrier, l’autre résident à partager ses craintes ? Quelles sont les réelles intentions du docteur Dewinter, médecin très intrusif qui suit les habitants de la résidence ? Et toutes ces caméras dans l’appartement, visent-elles vraiment à assurer sa sécurité ou à épier ses moindres faits et gestes? Que cherchent-ils à apprendre d’elle?

Paranoïa ou réelle menace ?

Parmi les thèmes de prédilection de Tatiana de Rosnay, il y a la mémoire des murs, la façon dont les lieux influencent la vie de ceux qui s’y succèdent. Et Les fleurs de l’ombre ne font pas exception. La romancière fait monter le malaise au fil des pages, crée une atmosphère inquiétante, joue avec les nerfs du lecteur. Qui doit-il croire : Clarissa ou sa fille ? De quel côté doit-il pencher : paranoïa ou réelle menace ?

Le monde a changé, La planète a fait les frais des excès de l’homme : canicule, inondations, ouragans se sont succédé. Les attentats ont détruit les lieux les plus remarquables à travers la planète. L’homme s’est adapté, a imaginé des espaces de vie dans lesquels la technologie a pris une place de plus en plus grande. Trop grande ? Quel est le prix à payer pour plus de confort, plus de rapidité dans l’assouvissement de nos besoins ? Quels sont les dangers du tout connecté ? Quel est le coût du,progrès technologique pour l’homme?

Un roman au suspens savamment entretenu, envoûtant, dans lequel Tatiana de Rosnay offre à ses lecteurs un cadeau que son héroïne Clarissa aurait perçu comme un luxe : la liberté. Celle de trancher.

Informations pratiques

Les fleurs de l’ombre, Tatiana de Rosnay – éditions Pocket, mai 2021 – 7,60e – 362 pages

Nouveauté Pocket : C’est arrivé la nuit

C'est arrivé la nuit éditions Pocket

Quand neuf jeunes « Robin des Bois » des temps modernes décident de mettre leur génie informatique au service du Bien. Les puissants, politiquement, économiquement, ont du souci à se faire…

Neufs hackers au service du Bien

Le « Groupe », c’est une entité secrète qui compte neuf génies en informatique, disséminés aux quatre coins du globe. Des personnes qui ne se sont jamais rencontrées, ne connaissent que les prénoms des membres et le son de leur voix. Mais des êtres mus par le même souci de justice et d’équité, les mêmes valeurs, les mêmes objectifs, les mêmes codes de conduite. Des êtres virtuoses de l’informatique, devenus de véritables amis au fil du temps, auxquels aucun système de sécurité ou presque, ne résiste durablement.

Des groupes pharmaceutiques peu scrupuleux, qui s’entendent de manière illicite pour faire flamber le prix de certains traitements, au risque que nombre de patients ne puissent plus se soigner. Des hommes politiques extrémistes, prêts à tout pour attiser la haine contre les migrants en particulier et la haine des l’étrangers en général, afin de s’attirer des voix aux élections. Les combats ne manquent pas. Les dangers non plus. Car de tels puissants ne se laissent pas détrôner ni démasquer aussi facilement. L’enjeu économique, l’enjeu de pouvoir est si grand, qu’ils ne lésineront pas sur les moyens à mettre en œuvre pour éliminer ces jeunes hackers.

Ces neuf petits génies feront-ils le poids face à des oligarques qui contrôlent les medias, les ressources agro-alimentaires et pharmaceutiques, les réseaux sociaux et autres moyens de communication? Ou se sont-ils montrés cette fois trop ambitieux?

La collecte d’informations sur le net

Dans C’est arrivé la nuitMarc Lévy nous offre un roman ancré dans l’actualité : concentration des médias mondiaux dans les mains d’un petit nombre, ententes illicites entre grands groupes, utilisation massive des réseaux sociaux dans l’information et la désinformation, l’auteur s’intéresse ici à la corruption à grande échelle. Et à ceux qui luttent dans l’ombre contre elle : les Grey Hat, autrement dit des hackers qui œuvrent secrètement pour instaurer un monde plus juste. Et qui risquent gros, alors que les criminels qu’ils poursuivent restent souvent impunis. Un livre très documenté sur le piratage informatique, tout en restant très accessible. Mais surtout, un roman qui se distingue nettement des précédents ouvrages de Marc Lévy, qui surprend ici ses lecteurs en prenant des risques. Pour le meilleur.

Un roman qui se lit d’une traite, comme un thriller.

Informations pratiques

C’est arrivé la nuit, Marc Lévy – éditions Pocket, mai 2021 – 416 pages – 7,95€

Le courage des autres en version poche!

Des portraits croqués sur le vif lors de trajets de métro. Des êtres comme vous et moi, avec leurs côtés émouvants, énervants, héroïques mais aussi lâches parfois. Un livre très original et vraiment touchant.

Radioscopie de l’être humain

Hugo Boris est âgé de vingt-sept ans et vient de décrocher avec succès sa ceinture noire de karaté. Un art martial qu’il pratique depuis dix ans suite à une agression à laquelle il a échappé de peu. De quoi désormais savoir se défendre en cas de besoin. Du moins le pense-t-il. Mais quand le lendemain de cet examen de karaté, il est témoin d’une agression dans le RER, sa ceinture noire ne lui est d’aucun secours. Tétanisé, il est en état de sidération. Si la veille sur le tatamis il simulait l’agressivité du combat, aujourd’hui la menace est réelle mais le combat absent. Il parvient seulement à tirer la sonnette d’alarme avant de fuir de la rame.

« La ceinture sonne maintenant comme un mensonge impardonnable, et cette imposture s’élargit brusquement, dans ma détresse, à tout ce qu’on m’a appris et que je ne sais pas faire. »

Ce qui aurait pu rester une impression fugace, un événement sans lendemain, s’inscrit au contraire chez l’auteur comme un traumatisme.

« J’ai la maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. Ma propre réaction me terrorise, me dévirilise, me tend mon reflet authentique (…) Si lâche, si friable. »

Dès lors, à chaque fois qu’il prend les transports en commun, Hugo Boris se met à observer le comportement des autres voyageurs, à guetter s’il y a chez eux le courage qu’il n’a pas eu. Sur des bouts de papier, des coins de carnet, des tickets de métro, tout ce qui peut servir de support à des écrits, il prend des notes sur ce dont il est témoin : la beauté des échanges, le courage de certains, la tendresse de certaines situations, l’agressivité d’autres. Pendant 15 années, il va ainsi prendre la température de la société, brassée dans les métros et RER, bus et train, et se constituer un amas de notes, véritable herbier dont il décide de faire un livre : Le courage des autres.

Un livre touchant et sincère

C’est sous un angle très original que l’auteur aborde la question du courage. Original et authentique aussi. En effet, Hugo Boris ne se cache pas d’être peureux, et de regretter que sa ceinture noire de karaté ne lui ait au final pas donné davantage de confiance en lui ni d’outils pour se défendre. Il se met à nu, indiciblement touchant, et évoque ses peurs, son admiration pour ceux qui osent dire, faire,  agir quand la situation le nécessite. Il décrit aussi ce courage qu’il s’est découvert en devenant papa : quand il prend le RER avec son fils Gabriel âgé de quelques mois, il se sent invincible :

 » Ses 9 kilos font passer en moi une vigueur qui ne vient pas de moi. Je suis invincible quand je voyage avec Gabriel. Si quelqu’un le touche, je le tue. Je le sais et tout le monde le sait. En me permettant d’émettre ce tendre rayonnement de sécurité moi aussi (…), il me fait entrevoir quelques instants le doux confort de la force. »

Un livre qui parle de l’auteur mais aussi de vous et moi, de toutes ces personnes qui prennent les transports en commun. Ne vous est-il jamais arrivé de ne pas parler, ou de ne pas agir, tétanisé de peur? Si certainement. Comme Hugo Boris dans ce métro. Et si son expérience particulière nous touche, c’est par sa vocation universelle. L’humanité entière se retrouve dans ces voitures du métro, et montre tantôt ce qu’elle a de plus lumineux, tantôt ce qu’elle a de plus sombre. C’est cette peinture contrastée que nous offre avec beaucoup de sensibilité et d’authenticité Hugo Boris ici.

Informations pratiques

Le courage des autres, Hugo Boris – éditions Pocket, mars 2021 – 5,95€ – 160 pages

Glissez Claire Norton dans votre poche!

ces petits riens qui nous animent

Un livre plein d’humanité, aux personnages indiciblement attachants, sur le pouvoir fabuleux de la solidarité, de l’amitié et de l’empathie. Ou quand l’union fait la force. Captivant et émouvant.

Hasard ou destin ?

Aude, Alexandre et Nicolas ne se connaissaient pas. Jusqu’à ce que leurs pas les amènent un jour de printemps au Parc des Buttes Chaumont, dans le nord-est parisien, pour évacuer dans cet océan de verdure leurs soucis respectifs.

Aude est tombée sur son mari accompagné d’une maîtresse et ne sait plus quelle suite donner à son couple. Alexandre est né dans une famille très conventionnelle et se trouve écartelé entre les attentes parentales et son choix amoureux.

Nicolas, quant à lui, est préoccupé par l’attitude de son frère auquel il est si soudé. Ce dernier a en effet annulé leur rendez-vous, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Chacun, perdu dans ses pensées, est alors interpelé par une jeune fille, suspendue dans le vide, qui menace de sauter. Impossible de rester simple spectateur à cet acte désespéré. Tous les trois émergent de leurs ruminations pour voler à son secours. Mais la jeune fille accepte de renoncer à sauter à condition que les trois inconnus consentent à remplir une étrange mission pour elle.  La vie de chacun prend alors un virage à 180 degrés. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Un roman impossible à lâcher

Après En ton âme et conscienceMalgré nous, Claire Norton nous revient avec un troisième roman parfaitement abouti : Ces petits riens qui nous animent. Un roman admirablement construit, qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, happé par l’histoire de ces êtres indiciblement attachants.

En portant assistance à la jeune fille, Aude, Nicolas et Alexandre vont s’aider eux-mêmes aussi, découvrir et dépasser leurs limites, apprendre à se respecter, à s’aimer tels qu’ils sont, à ne plus se soumettre au regard et aux attentes des autres. A exister, enfin. Ce que chacun hésitait à entreprendre seul, devient plus aisé grâce à l’amitié qui nait entre eux, à l’écoute bienveillante que chacun a envers l’autre, à l’énergie positive qui circule entre eux. Les montagnes deviennent dunes. Les obstacles ne le sont plus.

Une captivante histoire d’amour et d’amitié, véritable ode à l’entraide et à l’empathie.

A lire absolument !

Informations pratiques

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton – éditions Pocket, avril 2021,- 448 pages – 7,95€

Glissez Laurence Peyrin dans votre poche !

Les jours brulants

Un magnifique roman, aux personnages attachants, sur un phénomène dont on parle peu : ces femmes qui, du jour au lendemain, choisissent de disparaître en abandonnant enfants, mari et travail.

Quitter mari, enfants et disparaître

Joanne est une femme bourgeoise, épanouie, une épouse et mère comblées. Installée dans la petite ville de Modesto en Californie, elle aime son rôle de maîtresse de maison, n’en déplaise à sa fille Brianna, féministe dans l’âme, pour laquelle être « simple épouse » est juste inconcevable. Une vie sereine qui semblait toute tracée, jusqu’à cette agression. Alors qu’elle rentre de la bibliothèque à vélo, un homme surgit et l’agresse pour s’emparer de son sac. Avant de s’enfuir avec, laissant Joanne sur le bitume, en sang.

Si en apparence, Joanne s’en tire avec seulement quelques égratignures qui lui vaudront une belle cicatrice, le traumatisme est en réalité bien plus grand. Même s’il est invisible à l’œil nu. Car jamais, en 37 années d’existence, Joanne n’a été confrontée à la violence, ni physique ni verbale. Jamais. Cette première exposition à la violence provoque donc en elle un véritable tsunami dont elle s’efforce de ne rien laisser émerger en surface.

« Les gens autour d’elle ne savaient pas qu’elle s’imaginait comme une maison en travaux. Les murs extérieurs bien scellés dans leurs fondations, le crépi frais; les murs intérieurs abattus. Joanne tentait de les rebâtir brique après brique, les recouvrant d’une nouvelle peinture ».

Mais l’entreprise de reconstruction est bien trop lourde pour ses frêles épaules. Elle commence alors à adopter des comportements déviants, au point de lire la peur que désormais elle inspire à ses enfants et à son mari dans leur regard.

Alors, écrasée par le poids de la souffrance psychique, elle décide de tout quitter. Mari, enfants, maison, amis, lieu de vie. Tout. Pourra-t-elle se reconstruire ailleurs? La fuite lui permettra-t-elle de se retrouver? Direction Las Vegas et ses jours brûlants.

Un magnifique roman

Je découvre Laurence Peyrin avec ce roman, Les jours brûlants, et n’ai qu’une seule envie : me précipiter sur les précédents. Le sujet abordé ici est passionnant : le moment où l’existence bascule, où un évènement conduit à changer complètement de trajectoire. Et à disparaître en abandonnant mari, enfants, maison, et travail. Les disparitions volontaires concernent environ 1000 femmes par an en France, âgées en moyenne d’une quarantaine d’années. Si la loi autorise chacun à disparaitre de son plein gré, la société est très critique vis à vis de ces femmes, surtout si elles sont mères. Laurence Peyrin propose donc, au lieu de les juger et de les condamner, d’essayer de comprendre ce qui peut les pousser à faire pareil choix. Voire à se demander si elles ont vraiment d’autre choix que de tout quitter.

Qu’est-ce qui fait qu’un jour, on sacrifie au désir inconscient de l’inconnu? Un mal-être profond, une situation d’échec, l’incapacité de gérer. Tous ces gens, inféodés à l’idéal de la réussite -professionnelle, familiale, financière, et dont un jour le « moi », selon la topique freudienne, chutait et s’éclatait ».

Je vous laisse découvrir ce magnifique roman, ses personnages tous plus attachants les uns que les autres, le message d’espoir sur un recommencement possible qu’il véhicule et attends avec impatience vos retours de lecture !

Ne passez pas à côté de ce roman!

Informations pratiques

Les jours brulants, Laurence Peyrin – éditions Pocket, avril 2021 – 7,60€ – 400 pages