Glissez Laurence Peyrin dans votre poche!

Une toute petite minute Pocket

La plume si viscéralement humaine de Laurence Peyrin au service d’une bouleversante histoire de rédemption.

Une vie qui bascule

Estrella et Madeline sont les meilleures amies du monde, toutes deux âgées de 17 ans. D’ailleurs, pour sceller cette amitié, elles ont décidé en ce 31 décembre 1995 de se faire tatouer chacune une petite étoile sous le sein gauche. Et de se rendre ensuite chez un ami commun fêter comme il se doit la Saint-Sylvestre.

Passage à la nouvelle année et passage brutal à une autre vie. Une autre dimension. Que s’est-il passé lors de ce réveillon, tandis que les deux amies étaient enfermées dans la salle de bain ? Il a suffi d’une minute, de 60 pauvres petites secondes, pour que la vie des deux adolescentes bascule tragiquement.

Vingt ans plus tard, on retrouve Madeline à sa sortie de prison. Une peine qu’elle a souhaité purger jusqu’à son terme, refusant toutes les demandes de remise en liberté conditionnelle. Mais sortir de prison est-il pour autant synonyme de liberté retrouvée ? Quand la culpabilité vous écrase, quand vous devenez vous-même votre propre bourreau, vous transportez votre prison partout…

La possible rédemption

J’avais adoré Les jours brûlants ICI et LA) et me suis donc plongée avec impatience dans le nouveau roman de Laurence PeyrinUne toute petite minute, aux éditions Pocket. Cette fois encore, la romancière choisit des personnages féminins forts, à un moment charnière de leur vie. Ce moment où leur trajectoire bifurque soudainement, les fait sortir de la route toute tracée pour eux. Peut-on se pardonner le crime de sa meilleure amie ? Peut-on s’autoriser à vivre heureuse, quand on a détruit la vie d’une autre ? A-t-on le droit au bonheur après avoir purgé sa peine en prison ou toute la vie ne suffit-elle pas ?

Avec beaucoup de sensibilité, de justesse, Laurence Peyrin se glisse dans la tête de la criminelle, une jeune femme comme vous et moi, que rien ne prédestinait à commettre un acte aussi violent. Elle fait de nous les témoins de son combat intérieur, pendant son séjour en prison et à sa sortie. Car sortir après avoir été coupée du monde plus de la moitié de sa vie, c’est devoir tout réapprivoiser, c’est découvrir tardivement les relations amoureuses, c’est tout réapprendre. C’est marcher sur des œufs : faut-il taire ou évoquer son passé, au risque de faire fuir les gens ? La société est-elle prête à accorder une deuxième chance à une ancienne détenue ?

Pas à pas, on suit Madeline dans sa lente progression vers la renaissance. Telle une fleur qui éclot aux rayons du soleil de printemps, après une longue hivernation, et offre sa beauté, son parfum, sa grâce gratuitement en partage. C’est terriblement émouvant, profondément humain. Un livre dont les personnages et tout particulièrement la touchante Madeline, vous hantent longtemps…

Une magnifique et poignante histoire de rédemption.

Informations pratiques

Une toute petite minute, Laurence Peyrin – éditions Pocket, mars 2022 – 7,70€ -416 pages

La fille de Joyce aux éditions Pocket

La fille de Joyce Pocket

L’histoire passionnante et terrifiante d’une femme, Lucia Joyce, fille de James Joyce, dont la vie et la passion pour la danse ont été sacrifiées par ses proches. Un roman biographique fascinant et brillant.

Dans l’ombre de James Joyce

Nous sommes à Paris au début des années 30. A 21 ans, Lucia Joyce vient de faire un tabac au théâtre des Champs-Elysées. Dans les journaux, on crie au génie, en parlant de cette jeune femme, pionnière de la danse contemporaine. Son spectacle époustouflant fait la fierté de son père surnommé Babbo, tandis qu’il ne recueille qu’indifférence de la part de sa mère. Cette dernière n’a en effet d’yeux que pour son fils Giorgio.

Dans la famille Joyce, Julia est en passe de se faire un prénom, de sortir de l’ombre de son père, auteur du célèbre et controversé Ulysse. Elle danse du matin au soir, ne vit que pour et par la danse. Quand elle ne danse pas avec sa troupe, elle prend des cours de danse, ou danse seule chez elle devant Babbo, imagine des chorégraphies audacieuses, réalise des costumes inédits. Et elle se révèle non seulement être une danseuse au talent exceptionnel, avant-gardiste, mais elle est de surcroit très intelligente, parle quatre langues couramment. Autrement dit, elle semble promise à un brillant avenir. Mais y-a-t-il de la place pour deux génies dans la même famille ?

C’est sans compter sur les relations pathologiques que sa famille entretient avec elle, lui brisant sans cesse les ailes, jalouse de son aura, jalouse de l’ombre et du tort qu’elle pourrait leur faire à tous. Car il y a des secrets de famille qu’il vaut mieux taire, sous peine de susciter l’opprobre et la honte. Et les parents de Lucia, mais aussi et surtout son frère Giorgio, entendent bien museler Lucia, dussent-ils pour cela lui arracher sa raison de vivre, ce qui la fait vibrer, exulter : la danse.

Dussent-ils briser sa vie.

Une danseuse de génie

La plume de la romancière Annabel Abbs, aussi auteure de Frieda, m’a fascinée dans ce roman biographique La fille de Joyce, paru aux éditions Hervé Chopin. Une plume tout en finesse, en délicatesse, en sensibilité. Un roman richement documenté, vivant, vibrant, qui fait découvrir la vie terrifiante imposée par la famille et la société de l’époque à la talentueuse Lucia.

Avec une alternance de chapitres où Lucia, en psychanalyse, révèle au docteur Jung son passé, et de chapitres passés au sein de la famille Joyce, Annabel Abbs nous plonge au cœur de la vie de la danseuse. Une jeune femme avant-gardiste, aux talents multiples (danseuse, chorégraphe, créatrice de costumes), sur le point d’éclore. Mais à chaque fois que l’oiseau s’apprête à prendre son envol, à concrétiser un projet de ballet, une nouvelle chorégraphie, l’enseignement de cours de danse, sa famille brise son élan, la met en cage. Et dans ses amours, elle ne connait pas davantage l’envol. Entière, passionnée, candide, elle se donne entièrement aux hommes qu’elle aime, dont le futur prix Nobel de littérature Samuel Beckett. Mais ces derniers jouent de sa naïveté et lui brisent les ailes autant que le cœur.

James Joyce est un homme jaloux, possessif, exclusif envers Julia. Giorgio veut briller en tant que chanteur lyrique et reléguer sa sœur dans l’ombre, et surtout, la faire taire. Quant à la mère de Lucia, elle est indifférente au sort de sa fille, ne se préoccupe que de l’avenir de son fils. Lucia tait pourtant un secret qui pourrait tous les faire plonger. Avec effroi, on assiste aux moyens inhumains auxquels la famille a recours pour brimer Lucia, la réduire au silence et à la nuit. Ce n’est pourtant pas faute pour Lucia d’avoir essayé, encore et encore. De s’être relevée souvent, grâce à la danse. mais quand on lui enlève aussi la possibilité de danser…

Un roman édifiant, un portrait puissant. Celui d’une femme qui se consume de ne pas pouvoir exprimer son talent pour son art. Un destin qui n’est pas sans rappeler celui de Camille Claudel.

A lire absolument !

Informations pratiques

La fille de Joyce, Annabel Abbs- éditions Pocket, juin 2022 – 462 pages

Thriller : Le poison du doute

le poison du doute messemackers

Imaginez qu’un policier frappe à votre porte et vous dise que votre mari a tué femme et enfants il y a quelques années, avant de s’enfuir puis de réapparaître sous une fausse identité pour refaire sa vie…avec vous. Angoissant, non ? Qui croire, le policier ou votre mari?

Connait-on vraiment l’Autre ?

Margaux Novak est une femme heureuse : son mari Philippe, qu’elle chérit, un fils adorable, un métier d’infirmière libérale dans lequel elle s’épanouit et une jolie maison dans la baie de Somme. Le tableau du bonheur. Un tableau auquel un courrier de la gendarmerie destiné à son mari vient apporter une première touche sombre.

Le motif de cette convocation à la gendarmerie serait une série de cambriolages dans la région au cours desquels la voiture de Philippe aurait été aperçue par des témoins. Pour Margaux comme pour Philippe, il s’agit d’une dramatique erreur, erreur qui va forcément être mise à jour et l’innocence de Philippe clamée.

Mais c’est tout l’inverse. Dans ce petit village, chaque nouvelle se répand comme une trainée de poudre. La rumeur enfle. Philippe ne devient plus soupçonné mais désigné comme coupable de cambriolages par les villageois. La vie de Margaux devient un cauchemar. On la fuit comme la peste. Et la descente aux enfers continue quand sa collègue lui apprend que la convocation de Philippe n’avait pas pour unique but les cambriolages. Il y a 15 ans, un homme a tué femme et enfants et a disparu. La police, et plus précisément l’inspectrice en charge du dossier, s’interroge sur le passé de Philippe : pourrait-il être ce tueur ? Pourquoi a-t-il subi une opération de chirurgie faciale ? Est-ce réellement à cause d’un accident forestier ? Pourquoi n’a-t-il aucun témoin de sa vie d’avant, tandis qu’il vivait en Hongrie ? Et pourquoi n’a-t-il rien dit à Margaux sur les soupçons de meurtre qui pèsent sur lui s’il n’a rien à se reprocher et donc rien à cacher ?

Margaux est assailli par un doute térébrant : qui croire, la police ou son mari ?

Un thriller magistralement mené

C’est un thriller magistral que nous offre Julien Messemackers avec Le poison du doute, paru aux éditions Pocket. L’auteur joue avec les nerfs du lecteur, crée entre lui et Margaux une intimité si grande, que le lecteur vit au diapason de la femme les émotions qui la traversent. Et de frissonner avec elle. Et de douter avec elle. Et d’espérer à nouveau avec elle. Et d’avoir peur avec elle. De Philippe. De la policière. De tout et de tous. Qui et que croire ? Philippe a réponse à tout, peut expliquer chaque point d’ombre de sa vie. Alors ?

Tandis que l’auteur alterne deux temporalités, nous fait vivre en parallèle aux côtés de la femme assassinée 15 ans plus tôt, Marianne, puis aux côtés de Margaux aujourd’hui, le doute s’instille dans l’esprit du lecteur. Les certitudes explosent. A peine le temps de se forger une intime conviction qu’elle est déjà balayée par les nouveaux rebondissements de l’histoire.

C’est un thriller fascinant, impossible à lâcher, qui peut faire penser à l’affaire Dupont de Ligonnès dans laquelle ce dernier aurait refait sa vie. Quant à la chute, elle est vertigineuse!

Un énorme coup de cœur.

Informations pratiques

Le poison du doute, Julien Messemackers- éditions Pocket, mars 2022- 405 pages

Rupi Kaur : Home body

Home Body de Rupi Kaur

Home body est le troisième recueil de poésie, illustré par ses soins, de Rupi Kaur. Des textes courts, profonds, magnifiques, qui vont des ténèbres à la lumière. Un bijou paru aux éditions Pocket en ce mois de mars.

Un recueil de poésie magnifique

Difficile de décrire la plume de Rupi Kaur tant elle est inclassable, singulière. Une sensibilité à fleur de mots, une exploration de l’intime à vocation universelle, une justesse chirurgicale dans l’expression des émotions, une mélodie du texte incomparable.

Dans ce nouveau recueil, ses mots empruntent le chemin des ténèbres vers la lumière, accompagnent une femme violée dans son enfance sur le chemin de la reconstruction et de la renaissance. L’acceptation de soi, de son corps, de sa personnalité, de sa féminité, l’amour inconditionnel, sont au cœur de ses nouveaux textes en prose.

Le sol étendait ses membres

Et disait  » détends-toi« 

Les arbres disaient « nous allons te donner de la vie »

L’air disait « Respire-moi »

La terre disait

« Prends soin de ce qui prends soin de toi »

Et nous leur avons tournée le dos à tous.

Trahison.

L’acceptation de soi

Home Body est le troisième recueil de Rupi Kaur, jeune dessinatrice et poétesse d’origine indienne. Ses deux premiers recueils, Lait et miel et Le soleil et ses fleurs, ont été des best-sellers vendus dans le monde entier et traduits en plus de 40 langues.

Dans Home Body, l’auteure nous offre des textes courts, intenses, dont la sobriété des illustrations cadre merveilleusement avec l’épure du texte. Il se décline en quatre parties : esprit, cœur, repos, éveil. Tel un voile qui se déchire et chasse l’obscurité pour ouvrir sur la lumière et l’espoir, Rupi Kaur sonde le cœur et l’âme pour nous en offrir la quintessence.

Des textes d’une telle beauté, d’une telle justesse, que Rupi Kaur convertit même les plus réfractaires à la poésie ! A mettre entre toutes les mains.

« Je veux quelqu’un qui soit

Inspiré par mon rayonnement

Et non menacé par lui. »

Le soleil et ses fleurs

Le précédent recueil de poésie de Rupi Kaur est lui aussi un bijou de sensibilité, d’humanité. Un joyau d’émotion dans toutes ses acceptions. Retrouvez la chronique consacrée à cet ouvrage en cliquant sur son titre : Le soleil et ses fleurs.

Informations pratiques

Home Body, Rupi Kaur – éditions Pocket, mars 2022 – 192 pages

Suis-je hypersensible? Fabrice Midal

Suis je hypersensible Fabrice Midal

Fabrice Midal vous invite à vous interroger : êtes-vous ou non hypersensible ? Car identifier son hypersensibilité est un facteur de libération et de propulsion dans la vie. Loin d’être un handicap, transformez votre hypersensibilité en atout !

Définir l’hypersensibilité

Derrière ce terme, ce mot-valise, on met un peu tout et n’importe quoi. Or que recouvre l’hypersensibilité ? Quelles sont les manifestations de l’hypersensibilité qui vous permettent de l’identifier ? Partant de son expérience personnelle d’être hypersensible, Fabrice Midal vous donne des clés pour repérer ce que vous associez peut-être à de l’hyperémotivité, à une gêne en public, à une sollicitation permanente et excessive de pensées et réflexions, à une trop forte empathie. A trop. A trop de tout. C’est donc à la fois une forte sollicitation des sens, des émotions et des réflexions. Le sentiment d’être submergé. Or si beaucoup ont tendance à refouler cette hypersensibilité, la considérant comme un fardeau, ce faisant ils se coupent de leur nature profonde. Deviennent étrangers à eux-mêmes, ce qui est source d’une grande souffrance.

Fabrice Midal vous propose donc au contraire de prendre conscience de votre hypersensibilité dans un premier temps, puis d’en faire votre alliée. De l’accepter. De l’habiter. Pour le meilleur!

L’hypersensibilité est une bénédiction

Dans son livre très complet, intitulé Etes-vous hypersensibleFabrice Midal bouscule une idée reçue : non, l’hypersensibilité n’est pas une malédiction. C’est même carrément une chance ! Inutile donc – voire même dangereux – de la refouler, de la rejeter. S’appuyant sur les constats de scientifiques, de philosophes, d’historiens, de psychanalystes et hypnothérapeutes, Fabrice Midal vous montre comment exploiter au mieux ce don. Chaque court chapitre s’achève sur un exercice d’application très simple, lequel va vous permettre d’identifier votre hypersensibilité, de vous familiariser avec elle et de la transformer en atout.

Informations pratiques

Suis-je hypersensible? Fabrice Midal – éditions Pocket, mai 2022 – 7,70€

D’amour et de guerre, Akli Tadjer

La seconde guerre mondiale vécue par un soldat colonial. Un roman envoûtant, une histoire d’amour vibrante, où le meilleur de l’homme côtoie le pire.

La seconde guerre mondiale vue par un soldat colonial

Nous sommes en 1942, dans les montagnes kabyles. Du haut de ses 20 ans, Adam, jeune berger algérien, a des rêves plein la tête. Il est fou amoureux de Zina avec laquelle il envisage de se marier. Pour abriter leur amour, il construit lui-même leur maison. Mais une lettre du ministère de la Défense nationale va faire exploser en vol tous ses projets : tout comme son père en 14/18, Adam est réquisitionné. Or il s’était juré sur le lit de mort de son père de ne jamais combattre, traumatisé par le spectacle de la déchéance de son père, rentré brisé intérieurement du front, amputé d’un pied, hanté jour et nuit par les horreurs auxquelles il a assisté. Fidèle à sa promesse de ne jamais tomber pour la France, il décide de fuir et d’emmener Zina avec lui.

Mais les gendarmes les rattrapent. Zina est renvoyée chez son père. Adam est enrôlé de force pour défendre l’honneur de la France envers laquelle son peuple est censé avoir une dette. Lui qui pensait avoir connu l’enfer avec la colonisation, va découvrir le véritable enfer avec la guerre : « La guerre tue les rêves de jeunesse. »

Adam va-t-il survivre aux combats, à l’internement en stalag ? Son amour avec la belle Zina survivra-t-il à la guerre et à l’éloignement ?

Un roman historique et une histoire d’amour fascinants

En ce mois de mai, les éditions Pocket publient le premier tome de la trilogie dAkli Tadjer : D’amour et de guerre. Un roman impossible à lâcher, où l’histoire d’un berger, de sa bien-aimée Zina, de ses copains Tarik et Samuel, de l’instituteur Mr Grandjean, va rejoindre la grande Histoire. Si nombreux sont les livres à évoquer la seconde guerre mondiale, peu de romans choisissent de l’évoquer du point de vue d’un soldat colonial. Comment peut-il faire sien le combat pour défendre la liberté de la France, alors que lui-même n’est pas libre dans son propre pays ? Comment accepter de se sacrifier pour un pays qui ne lui donne pas les mêmes moyens ni ne le traite pareillement que les autres combattants, français de souche ? Et que reçoivent-il comme reconnaissance en retour de leur fidélité et de leurs sacrifices à la France ? Rien.

Avec une écriture d’une grande sensibilité, une humanité qui transparait dans chaque page, Akli Tadjer nous embarque dans son histoire. Et nous invite à réfléchir, en nous glissant dans la peau d’un homme dont le pays est colonisé, sur les sacrifices énormes consentis par ces soldats coloniaux. Et plus largement, sur les ravages de la guerre. Pas d’apitoiement ni de misérabilisme ici : les personnages d’Akli Tadger sont des battants, des personnes avec des idéaux, bons ou mauvais, mais bien décidés à les atteindre. Des êtres indiciblement attachants.

On ressort bouleversé, transporté, ému, chahuté de ce roman, impatient de découvrir la suite, D’audace et de liberté, qui vient de paraitre aux éditions Les escales fin mai 2022.

A découvrir absolument !

Informations pratiques

D’amour et de guerre, Akli Tadjer – éditions Pocket, mai 2022 – 335 pages – 7,70 €

Ce livre fait partie de la sélection du Grand prix des lecteurs 2022

Rencontre avec Akli Tadjer

Cette semaine, Akli Tadjer fait l’objet d’une double actualité : la parution de son roman « D’amour et de guerre », aux éditions Pocket. Et sa suite « D’audace et de liberté », aux éditions Les escales. Rencontre avec un homme aussi chaleureux que talentueux.

Des personnages qui sont parties prenantes de l’Histoire

Akli Tadjer : Ce qui m intéresse, c’est de raconter l’histoire des gens que l’on croise dans la rue et qui s’inscrit dans la grande  machine de l’Histoire. . Soit ils font avec, sont passifs, soit ils se transcendent et décident d’être acteurs de l’Histoire. L’intérêt du romancier, c’est de rendre tous ses personnages acteurs de l’Histoire, qu’ils soient bons ou mauvais, mais qu’ils soient investis.

Votre ambition à travers D’amour et de guerre

Mon ambition, c’ est de raconter la période de la guerre 39-45, mais du point de vue d’un soldat colonial. Il y a beaucoup d’ouvrages, de romans sur la seconde guerre mondiale, mais ils sont peu nombreux à adopter cet angle de vue. Le regard est ici différent : ces soldats vont défendre une liberté qui n’est pas la leur et qu’ils n’ont pas davantage chez eux comme ils sont colonisés. En plus, ils combattent, avec des moyens qui ne sont pas ceux des soldats français (vieilles armes, équipements hors d’âge…).

Ces deux guerres mondiales ont eu un impact important et particulier sur les soldats coloniaux, comme le montre ce roman D’amour et de guerre

Au sortir de seconde guerre mondiale, le monde n’était plus pareil. A la fois car la géographie avait changé, mais aussi et surtout, parce que le regard de ceux qui ont combattu avait changé. Les soldats coloniaux sont revenus avec un autre état d’esprit.

…, avec l’idée qu’ils pouvaient prendre leur destin en main, combattre pour défendre leur propre cause aussi.  

Oui, en l’espace de quelques mois, quelques années, ils ont pris 20 ans, ils ont vécu 50 vies.

De guerre, certes, mais d’amour aussi

Oui, il est aussi question d une histoire d amour

..un peu impossible

Oui,  car ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, c’est d’un intérêt limité (rires).

Vos personnages féminins sont libres et modernes

Oui, surtout dans le tome deux D’audace et de liberté (éditions les escales, mai 2022). Ce sont les audacieuses du roman. .

Dans le tome deux de votre trilogie, les personnages deviennent acteurs de l’Histoire, alors que dans le premier tome, ils subissent cette dernière

Oui, Adam cesse de subir dès la fin du premier tome, quand il s’évade du Frontstalag . Il croyait jusque là que la colonisation c’était l’enfer, mais il découvre que ce n’était rien à côté de ce qu’il endure en tant que prisonnier des nazis. Et il va continuer et devenir encore plus acteur dans le tome deux.

La voie d’Adam semblait en effet toute tracée, avec sa maison construite, Zina qu’il allait épouser. Et la guerre l’a dévié de sa trajectoire.

Oui, Adam subit la guerre au départ. Mais vient un moment où il refuse ce destin et décide de s’évader du camp. Adam n’est pas un personnage qui suscite la pitié, il n’y a pas de misérabilisme. C’est un homme qui agit.

Si vous souhaitez vibrer, vous immerger dans l’Histoire avec un regard neuf, être l’otage d’une lecture en apnée, être transporté, bouleversé, alors plongez sans plus attendre dans ces deux livres : D’amour et de guerre (éditions Pocket, mai 2022) et sa suite D’audace et de liberté. Deux romans d’une vibrante humanité et d’une sensibilité à fleur de plume.

Glissez Tatiana de Rosnay dans votre poche !

Célestine du bac de Rosnay Pocket

Une magnifique histoire d’amitié entre deux êtres que tout semble opposer : un jeune homme de bonne famille et une SDF sans âge rongée par l’alcool.

Une rencontre improbable

Depuis le décès accidentel de sa mère alors qu’il n’était âgé que de deux an, Martin Dujeu vit seul avec son père, les conquêtes de ce dernier et son inséparable chien Germinal. En terminale dans une boite à bac réputée, lui autrefois excellent élève s’apprête encore à redoubler. Car la préoccupation de Martin, ce grand rêveur et amoureux de Zola, n’est absolument pas de décrocher son bac. Mais de terminer l’écriture de son premier roman, roman qu’il rédige en cachette de son père. Un père avec lequel la communication est d’ailleurs réduite aux formules de politesses.

Alors qu’il promène dans le quartier, il remarque une SDF d’un âge indéfinissable, assise sous un porche. Elle dit se prénommer Célestine du Bac. Quelques mots échangés à chaque passage. Un peu d’argent déposé à son intention la fois suivante. Des vêtements et des couvertures à l’arrivée du froid. Ce rituel devient important pour Martin, qui contre toute attente s’attache à la femme rongée par l’alcool, le froid et la dureté de la vie dehors. Une femme qui partage visiblement avec lui la passion pour l’écriture. Que consigne-t-elle dans son cahier ? Un mystère que Martin aimerait bien percer, à l’image de celui qui entoure la disparition de sa mère.

Un roman lumineux

Tatiana de Rosnay a écrit ce roman, Célestine du Bac en 1990. Puis l’a laissé dormir pendant 30 ans. On ne peut donc que se réjouir qu’elle l’ait retrouvé à la faveur d’un déménagement. Cette histoire d’amitié est en effet si belle, si bouleversante, et Martin comme Célestine si attachants, qu’il eût été dommage de ne pas les rencontrer.

C’est la rencontre entre deux univers opposés, celui du milieu bourgeois de Martin et celui du dépouillement le plus total de la rue. Mais c’est aussi la rencontre de deux belles âmes, de deux êtres viscéralement humains, animés par la passion de l’écriture. Si en apparence tout les séparent, en profondeur leurs valeurs humaines les rassemblent. Alors chacun va aider l’autre à avancer, à mettre du soleil dans son existence. A faire du reste de sa vie la plus belle partie de son existence.

Un roman lumineux, bienveillant, qui met du soleil dans les esprits à défaut de le voir briller dans le ciel de Paris ce moi de mai !

Informations pratiques

Célestine du bac, Tatiana de Rosnay – éditions Pocket, mai 2022- 7,70€- 352 pages

Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

La datcha Lugand Pocket

Et si les lieux modelaient notre existence, comme les mains d’un potier invisible? Il y a des endroits où l’on se sent immédiatement bien, apaisé, confiant. La datcha fait partie de ces lieux-là.

Renaître

Hermine avait mis un terme à trois années d’errance, de faim et de froid, en se posant en ces lieux 20 ans plus tôt, alors âgée de 21 ans. Abandonnée par sa mère et placée en foyer, elle avait eu l’irrépressible besoin de la retrouver à la majorité. En vain. Jusqu’à ce qu’un couple lui propose l’hospitalité en l’échange d’un travail dans leur hôtel, La Datcha, au cœur du Lubéron.

La Datcha, c’est le nom donné à cet hôtel par Jo, en l’honneur de l’amour indéfectible qui le lie à Macha, son épouse russe. C’est un lieu plein de vie, de rires, de bienveillance et d’amour où le personnel comme les clients aiment à se retrouver. Un lieu à l’image du couple. Une famille de cœur.

Mais quand Jo décède, ce bel équilibre vacille. Pour tous. Les lieux vont-ils survivre à la disparition de ceux qui leur ont donné leur âme ? Que va devenir Hermine, elle qui doit tout à cet endroit et à leurs occupants, elle qui y a enfin trouvé un équilibre, une sérénité, un amour inconditionnel et gratuit ? Et que va décider Vassili, fils de Macha et Jo et héritier de la Datcha, concernant l’avenir de l’hôtel et de ceux qui y travaillent avec tant de passion ? Face à ces incertitudes, chacun tremble.

L’âme des lieux

Avec son huitième roman, La Datcha, publié aux éditions Pocket en ce mois de mars, Agnès Martin-Lugand nous emmène en Provence, dans un lieu où d’emblée on se sent accueilli, chez soi, en confiance. Un lieu qui agit comme un baume lénifiant sur les blessures, qui apaise, rassure, nourrit. Car les lieux ont une âme, imprègnent leurs murs de la joie et de l’amour de leurs habitants et en dispensent à leur tour. Ils vivent. Tandis qu’Hermine n’a jamais eu de racines, de cocon à elle, cet hôtel lui offre un refuge. Pour se reconstruire. Pour apprivoiser enfin le bonheur et l’amour.

C’est un roman très touchant et viscéralement humain que nous offre Agnès Martin-Lugand. On a envie de se mettre en route immédiatement pour la Datcha et d’y poser ses valises. Avec beaucoup de finesse dans l’analyse psychologique des personnages, l’auteure nous interroge sur l’impact des blessures passées sur nos vies actuelles. Peut-on dépasser le passé ? Renoncer à vouloir le changer et enfin l’accepter ? Pardonner ? Peut-on faire confiance quand on a été trahi, s’abandonner à quelqu’un et à soi quand on a été abandonnée dans son enfance ?

Un roman enveloppant comme une douce étole, dont on n’a pas envie de quitter ni les lieux ni les personnages.

Informations pratiques

La Datcha, Agnès Martin-Lugand – éditions Pocket, mars 2022 – 348 pages – 7,70€

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo

du miel sous les galettes Pocket

Le portrait inoubliable d’une femme du Burkina Faso qui n’a jamais baissé les bras pour élever seule ses sept enfants et obtenir justice, tandis que son mari est emprisonné à la suite d’une erreur judiciaire.

Erreur judiciaire

Fada N’Gourma est un village du Burkina Faso où vivent modestement Hamado Sankaké , sa femme et leurs sept enfants. Pour améliorer les revenus de son mari, fonctionnaire, Djelila revend des articles qu’elle achète sur le marché, la petite dernière harnachée dans son dos.

Mais la vie harmonieuse de la famille bascule quand le père est arrêté. Il y a eu un cambriolage au service des finances. Tout l’argent destiné aux salaires des fonctionnaires de la région a disparu, sans qu’il n’y ait de traces d’effraction. Alors, comme Hamado détient la clé des lieux, il fait un coupable tout trouvé.

Jeté en prison, Hamado laisse Djelila et les sept enfants seuls, sans revenus, à la maison. Dans le village, on parle de la famille comme s’ils étaient des bandits, on se détourne d’eux. Qu’à cela ne tienne, Djelila, femme forte, courageuse et combative, ne capitule pas. Elle est prête à remuer ciel et terre pour dénoncer l’injustice dont est victime son mari et obtenir sa libération. Même s’il lui faut se battre contre l’administration et les fonctionnaires corrompus jusqu’aux os. Et pour subvenir aux besoins essentiels de sa famille, Djelila cuisine des galettes, qu’elle vend sur le pas de sa porte. Bientôt tout le monde se les arrache.

Le combat d’une femme et mère

Avec Du miel sous les galettes, paru en ce mois de mars aux éditions Pocket, Roukiata Ouedraogo nous offre un voyage au cœur du Burkina Faso, pays où les terribles sécheresses succèdent aux pluies diluviennes, où la corruption fait rage. Un voyage empli de soleil, de parfums, de couleurs, d’odeur de miel et de galettes, de solidarité, d’amour, de traditions, de rires d’enfants. De vie. C’est le portrait d’une femme indiciblement courageuse, opiniâtre, droite, qui pas un seul instant n’entend se plier devant l’injustice des hommes, portée par l’amour qu’elle voue à son mari, à ses enfants. Une femme prête à soulever des montagnes, tandis que son mari a perdu foi en la justice de son pays et foi en l’homme tout court.

Ce roman viscéralement humain, montre que c’est quand il n’y a plus d’espoir, qu’il ne faut désespérer de rien. Car l’amour permet de triompher de tout. Ou presque.

Un très beau premier roman.

Informations pratiques

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo – éditions Pocket, mars 2022 – 235 pages- – 7,10 €