Glissez Stéphanie Dupays dans votre poche!

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Brillante, Stéphanie Dupays

Editions J’ai lu, octobre 2017

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !

Brillante, Stéphanie Dupays (Mercure de France) : énorme coup de coeur!

Brillante, de Stéphanie Dupays

Éditions Mercure de France, janvier 2016

Rentrée littéraire.

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !

L’enquête, Philippe Claudel.

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L’Enquêteur est un individu lambda, qui arrive dans une ville hostile pour élucider une affaire de suicides au sein d’une entreprise. Or très vite, l’homme s’avère être dépassé par ce qu’il vit, voit, entend. Il se retrouve broyé par une mécanique invisible mais ô combien redoutable : l’Entreprise. Elle l’engloutit, lui vole ses repères, son identité. Le cauchemar commence pour lui, semblable à celui que vivent tous les êtres qu’il croise. Car ces personnes sont à son image : totalement désorientées. Tout comme il s’efforce de mener son enquête à terme scrupuleusement, chacun donne le meilleur de lui-même, exerce avec grand professionnalisme ses fonctions. Sans savoir pourtant ce qu’on attend réellement de lui. Sans cesser d’être épié. Sans que la pression ne soit relâchée.

Dans ce système, l’homme n’est plus traité comme un individu. Il obéit à des lois incompréhensibles, perd sa capacité de réflexion, d’initiative, de libre-arbitre. Il n’est plus qu’une non-identité au milieu des autres. Pas même de nom, mais une fonction pour qualifier chacun : l’Enquêteur, le Policier, le Guide, le Serveur, le Veilleur, le Responsable. L’individu se dilue dans la masse informe. Le monde est « un système impersonnel et asexué de fonctions, un mécanisme sans intelligence dans lequel ces fonctions et ces rouages interviennent et interagissent en vue de le faire fonctionner. » Un monde où il n’y a rien à comprendre. Juste à se soumettre. Subir.

Dès lors, l’enquête devient multiple. Sous la plume de Philippe Claudel, le lecteur réalise que ce n’est plus seulement la question des suicides qu’il faut élucider. Le spectre d’investigation s’élargit : quelle est notre place dans l’entreprise, dans la société, dans le monde d’aujourd’hui ?

Et de réaliser que ce cauchemar décrit dans le récit n’en est pas un, ou tout du moins pas seulement dans cette fiction. Il est le reflet de notre société.

L’auteur désirait bousculer nos consciences. Pari réussi.

Avec brio.