Une fille de passage, Cécile Balavoine

Une fille de passage, Isabelle Balavoine

©Karine Fléjo photographie

Une autofiction, peinture délicate de la relation particulière entre l’auteure et son illustre professeur de lettres à New-York : Serge Doubrovsky.

Amour ou amitié

Quand son professeur de lettres parisien avait évoqué le grand critique Serge Doubrovsky et ses textes devenus des références, Cécile, jeune étudiante, avait pensé que l’auteur en question était mort. Or quelques années plus tard, tandis qu’elle cherche à intégrer une université américaine, elle découvre que non seulement Serge Doubrovsky est bien vivant, mais qu’il y enseigne. Elle se précipite donc sur son œuvre. Et de découvrir qu’il raconte sa vie dans ses œuvres, qu’il est en fait le pape de l’autofiction. Quant à ses écrits, ils lui font l’effet d’une gifle magistrale.

De là à imaginer que quelques mois plus tard, non seulement elle assisterait à ses cours à l’université de New-York, mais aussi qu’elle vivrait dans son appartement de Manhattan, il y a un pas qu’elle n’imaginait pas un instant franchir.

Et pourtant. Pourtant, quand Serge Doubrovsky a cherché à louer son appartement new-yorkais pendant son absence, Cécile n’a pas hésité. Seule « contrainte » : lui faire suivre son courrier à son adresse parisienne. Des courriers auxquels peu à peu, se mêlent des petits mots plus intimes. Et Cécile de guetter les lettres comme une femme amoureuse un signe de l’être aimé.

« L’attente de ces lettres contenait, comme toute forme d’attente, une joyeuse espérance. Mais j’y sentais aussi un arrière-goût marécageux, limoneux. C’était un sentiment qui me tourmentait parfois et qui se mesurait au fait que je ne parlais jamais de cette correspondance. »

Amitié ? Relation paternaliste ? Amour ? Quand l’auteur rentre à New-York, la jeune femme de 25 ans et le septuagénaire se retrouvent régulièrement à l’appartement, au restaurant, entretiennent des rapports ambigus de l’ordre de l’amitié amoureuse ou de l’amour platonique.

Jusqu’au jour où Serge Doubrovsky désire aller plus loin et la demande en mariage. S’est-il fait des idées sur la nature des sentiments de Cécile ? Son amour pour celle qui pourrait être sa petite-fille, est-il partagé, réciproque ?

Une écriture très délicate

Après Maestro, Cécile Balavoine nous revient avec un deuxième livre sur l’amour : Une fille de passage. Avec délicatesse, touche par touche comme sur une toile de Seurat, elle évoque toutes les nuances de cette relation entre elle et son illustre professeur, à la fois pygmalion et figure paternelle, ami et amour, confident et mentor.

« Je comprenais maintenant que s’il n’avait été ni un amant ni vraiment un ami, ni un grand-père ni tout à fait un confident, que s’il n’existait pas de mot pour qualifier ce lien qui nous avait unis et qui continuerait probablement de nous unir, Serge était devenu un repère de ma vie. »

En voyant en lui davantage un ami qu’un amant, se leurre-t-elle ? Ce qui est certain, c’est que si elle ne fut que de passage dans son appartement, elle ne le fut pas dans sa vie. Et inversement.

Informations pratiques

Une fille de passage, Cécile Balavoine – Editions Mercure de France, mars 2020, 240 pages – 17€

 

2 réflexions sur “Une fille de passage, Cécile Balavoine

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