I am, I am, I am, Maggie O’Farrell

I am, I am, I am

©Karine Fléjo photographie

L’auteure explore dix-sept parties du corps où elle a frôlé la mort. Un récit fort, authentique, celui d’une femme et mère. Ou comment se reconstruire plus forte, plus loin. 

Maternité, violence, amour, féminisme, quand le corps parle

Quand la mère de l’auteure lui demande sur quel projet d’écriture elle travaille en ce moment, cette dernière lui répond qu’elle essaye de raconter la vie de quelqu’un, mais uniquement à travers ses expériences avec la mort.

Sauf que ce quelqu’un, c’est elle-même. C’est sa vie qu’elle retrace, ou plutôt les 17 fois où elle a failli la perdre. Les 17 parties de son corps qui ont flirté avec la mort. Accident, mauvaises rencontres, maladies, épreuves de la vie, son corps a combattu. Souvent. A survécu, toujours. Même s’il en garde les stigmates, non pas comme des cicatrices, mais comme des balafres réussies.

Comme ce cou sur lequel se sont serrées les mains d’un violeur en Ecosse.

Comme ces poumons qui brûlent tandis qu’elle manque de se noyer en relevant un défi.

Comme cette colonne vertébrale percutée par une voiture tandis que fillette, avide de liberté, difficilement contrôlable, elle lâche la main de sa mère et traverse la rue.

Comme ce ventre qui n’a pas pu garder les neufs mois requis l’enfant qu’elle portait…

Un à un, avec beaucoup de sincérité, une puissance émotionnelle rare, Maggie O’Farrel égrène ces accidents de la vie, ces 17 petites morts préludes à 17 résurrections.

« Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare ; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment ou à un autre, peut-être sans même le savoir. (…). Prendre conscience de ces moments vous abîme. Vous pouvez toujours essayer de les oublier, leur tourner le dos, les ignorer : que vous le vouliez ou non, ils vous ont infiltré et se logeront en vous pour faire partie de ce que vous êtes, comme une prothèse dans les artères ou des broches qui maintiennent un os cassé. »

Un récit sincère, atypique et électrique

L’écriture de Maggie O’Farrel vous frappe comme un uppercut en plein cœur. Pas de fioritures, pas de formules ampoulées ou de métaphores, elle vise le cœur, portée par l’élan de la sincérité. Et ne rate jamais sa cible. Sa plume habille les pages de mots et la met à nu devant le lecteur. Fausses couches, maternité, manque d’empathie des personnels de santé, agressions, mal de vivre, sentiment de ne pas être à sa place dans ce monde, elle se livre sans détours, quitte à ce que cela remue, dérange. Elle n’est pas là pour plaire. Elle est. Point.  Sa vie est tout sauf commune, riche en épreuves et rebondissements incroyables, en blessures inouïes. Et pourtant, il y a dans ses témoignages une part d’universalité, un tronc commun avec nos vies, avec nos corps blessés. Mais surtout, il y a cette vie plus forte que tout, à l’image de la force inouïe de son écriture. Une écriture à l’os qui fait frissonner l’âme.

« L’être humain fait ce qu’il doit faire pour survivre ; nos ressources face à l’adversité sont multiples. »

 

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