Celui qui reste, Rhiannon Navin

celui qui reste

Fusillades dans les écoles. Comment dépasser le traumatisme, pour les enfants témoins du carnage, comme pour les parents ? Comment trouver sa place dans une famille endeuillée, quand on est l’enfant survivant ? Un roman poignant sur un sujet d’actualité.

Fusillade et violence à l’école

Zach, six ans, est en classe quand il entend un bruit de fusillade. Sa maîtresse entraîne aussitôt la classe dans une cachette tandis que les déflagrations continuent. Quand le silence revient enfin, après quelques minutes qui ont paru une éternité, Zach et ses camarades sont évacués. Ce qui suppose de passer par des couloirs jonchés de corps, retentissant de cris. Les enfants sont conduits dans l’église voisine où les parents arrivent, paniqués, les recueillir. Mais à l’appel, Andy, le grand-frère de Zach, manque. Après des heures d’attente et de recherches angoissantes dans les hôpitaux voisins, la terrible nouvelle tombe : Il est mort pendant la fusillade.

Sur le coup, Zach réalise que jusqu’à cette minute, il n’avait pas pensé à l’absence de son frère à ses côtés. Pire, il ressent même un certain soulagement. Andy, enfant hyperactif, est très difficile, colérique et monopolise toute l’attention et l’énergie de ses parents, particulièrement de sa mère, à la maison. Peut-être qu’avec Andy décédé, ce sera plus calme à la maison ?

Mais il est très vite rattrapé par la culpabilité d’avoir eu de telles pensées. Et par la tristesse d’avoir perdu ce grand-frère agité. Quant au calme, il n’a pas intégré la maison. Au contraire. Ses parents vivent très différemment l’un et l’autre la perte de leur enfant. Tandis que la mère se lance à corps perdu dans une bataille contre les parents du tueur, désireuse d’obtenir réparation, d’être en quelque sorte vengée, le père aspire à temporiser, à vivre le deuil dans le calme. Le couple, endeuillé, se déchire. Et en oublie presque que dans la maison, il reste un enfant, victime du drame lui aussi, lequel a besoin de ses parents, de tout leur amour. Et non de leurs déchirements.

Se reconstruire quand on est l’enfant survivant

Ce roman, brillamment mené, est extrêmement poignant. L’auteur se glisse en effet avec brio dans la tête d’un enfant de six ans, qui a survécu au drame, tandis que son frère est décédé. Une situation particulière, celle d’une fusillade, qui a cependant un caractère universel. Elle peut en effet être transposée à toute situation, attentat, guerre, accident ou maladie, dans laquelle un enfant de la fratrie meurt tandis que les autres survivent. Comment les parents, dévastés par la perte d’un enfant, peuvent-ils aider les enfants survivants, alors qu’ils peinent déjà à se porter eux-mêmes ? Comment ne pas passer à côté du désarroi de l’enfant survivant ? Comment, quand on est un enfant, se construire sur un champ de ruines et se défaire de la culpabilité d’avoir survécu ? L’analyse psychologique des personnages est saisissante de réalisme, de justesse. Le petit Zach n’a pas de blessure physique, mais des séquelles psychologiques aussi fortes qu’invisibles. Par tous les moyens, il va essayer d’apaiser ses angoisses, sa culpabilité envers son frère, en se réfugiant dans un placard-cachette dans lequel il ensile des trésors : une photo de lui et son frère, des feuilles de couleur qui représentent ses émotions du moment, sa lampe Buzz l’éclair et surtout, ses livres. Des livres aux personnages desquels il va s’identifier, pour essayer de terrasser ses fantômes, de semer le chagrin et de trouver la recette de ce bonheur qui l’a fui. Des livres qu’il va lire à Andy, pour continuer à partager des choses avec lui. Comme avant.

Ce roman invite aussi à s’interroger sur le port des armes, sur leur vente libre. Un débat d’une brûlante actualité aux Etats-Unis, qui nous concerne tous.

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