Interview de Gaëlle Nohant : « Un roman, c’est la création d’une illusion »

Gaëlle Nohant auteure de La femme révélée

                                                ©Karine Fléjo photographie

En ce mois de janvier, les éditions Grasset publient le quatrième roman de Gaëlle Nohant, La femme révélée. Rencontre avec une auteure aussi passionnée que passionnante.

Faites-vous lire votre manuscrit en cours d’écriture ?

Je travaille avec des premiers lecteurs. Par exemple dans ce roman,  arrivés à la fin de la première partie, ce qui les intéressait, c’était ce qui allait arriver à Violet à son retour aux Etats-Unis, bien davantage que ce qu’elle avait vécu entre-temps en France. Si j’avais dû développer l’ellipse, cela aurait fait un livre de deux oui trois cents pages de plus.

Votre héroïne est une artiste, elle pratique la photographie. Parler de photographie peut vite devenir un peu ennuyeux, abstrait, trop technique. Or vous avez un tel sens de l’image, y compris dans vos écrits quand vous évoquez les décors, que cela passe très bien ici

Pour moi c’était intéressant de rentrer dans un autre regard artistique que le mien. Tout ce que voyait mon héroïne était encore plus visuel que ce que je vois, moi, quand j’écris des romans. Il fallait vraiment à chaque fois que je me dise : qu’est-ce qu’elle voit, elle ? Tout doit être image. Un regard de photographe, ce n’est pas tout à fait un regard d’écrivain. Et cela m’a amenée aussi à m’interroger sur tout ce qui peut guider un photographe : comment se passe cette relation entre ce qu’il photographie et lui ?

Gaëlle Nohant

                                                ©Karine Fléjo photographie

Justement, on visualise si bien vos personnages qu’on a le sentiment qu’ils existent vraiment

Un roman, c’est la création d’une illusion. C’est créer une illusion qui, si elle est réussie, comporte une forme de vérité. Ce qui n’était pas évident à faire sur un métier de photographe qui n’était pas le mien et à une autre époque en plus. Il s’agissait d’essayer d’attraper quelque chose d’authentiquement américain. J’ai complètement inventé Violet, elle n’a pas existé. Je ne suis pas partie comme dans Légende d’un dormeur éveillé, d’une personne existante – Robert Desnos en l’occurrence.

A travers Violet, vous parlez de ce qu’est la création

Oui, il y a un mouvement vers l’extérieur dans la création, mais aussi la nécessité de descendre profondément en soi dans l’écriture même. Et cette femme exprime une vision du monde que je partage donc il ne m’était pas compliqué de me glisser dans sa peau concernant cette vision du monde.

Quelle a été la plus grande difficulté alors, concernant Violet ?

Ce qui était très compliqué pour moi au début, c’était d’incarner une femme qui laisse son enfant derrière elle. Cette idée me tourne autour depuis des années, mais j’avais un gros blocage impossible à dépasser : me glisser dans la peau d’une femme qui laisse son enfant. Le déclic s’est fait quand j’ai imaginé non pas qu’elle partait de la France vers l’Amérique, mais qu’elle se réfugiait en France. Là, je suis parvenue à me glisser dans sa peau. Et il était compliqué de faire en sorte que le lecteur soit attaché à Violet dès le début, sachant qu’elle a laissé son enfant.

Violet incarne les mêmes valeurs que son père, ce désir d’égalité des droits pour tous quelle que soit la couleur de peau, ce respect de la différence

Oui, son père, sociologue, est allé dans les ghettos avec elle. Ce n’est pas juste ce qu’il lui a dit, c’est surtout ce qu’il lui a montré, ce qu’il incarnait. Ce qui construit les enfants, c’est d’abord l’exemple de ce que l’on est, avant ce qu’on leur dit.

Pourquoi avoir choisi Chicago ?

C’est une ville très paradoxale car elle est le cœur d’une Amérique radicale avec toutes sortes de luttes progressistes et à coté de cela c’est une ville démocrate. C’est une ville dure. Tout y est mêlé, mais c’est ce qui est fascinant. Avant de commencer ce livre je ne connaissais rien à Chicago. J’ai alors beaucoup lu sur l’histoire de la ville et m’y suis rendue.

Retrouvez en un clic la chroniquer que j’ai consacrée à La femme révéléeChronique du roman

Gaëlle Nohant et Karine Fléjo

                                                ©Karine Fléjo photographie

Rencontre avec Mathieu Menegaux : « Le fait divers, c’est le grand méchant loup des contes de notre enfance »

Mathieu Menegaux

©Karine Fléjo photographie

En ce mois de janvier, les éditions Grasset ont publié le quatrième roman de Mathieu Menegaux : Disparaître. Rencontre avec un auteur aussi chaleureux que talentueux.

Dans vos romans, vous partez souvent d’un fait divers

Je trouve que le fait divers est fascinant. Le fait divers exerce un degré de fascination incroyable sur tous, parce que c’est le grand méchant loup des contes de notre enfance, parce que c’est la pire chose qui existe. Regardez l’émotion suscitée par l’affaire Dupont de Ligonnès, c’est incroyable.

Quel a été le point de départ de ce roman ?

Il s’agit d’une vieille affaire qu’on m’avait racontée, il y a 15 ans, sur une stagiaire et un cadre d’une grande banque parisienne qui sortaient ensemble alors qu’il était marié. Et quand il avait annoncé à sa maîtresse vouloir rompre avec elle pour rester avec sa femme, elle s’était défenestrée et était tombée à ses pieds.  Mais cela ne faisait qu’une nouvelle, il me fallait une autre histoire à laquelle la raccrocher. Quand j’ai entendu parler de l’affaire Peter Bergmann, j’ai tenu la deuxième partie de mon sujet.  Cet homme, qui se faisait appeler Peter Bergmann, était descendu dans un hôtel irlandais et pendant quelques jours, avait fait de multiples allers-retours mystérieux, avant d’être retrouvé noyé, sans que jamais on ne parvienne à l’identifier. Derrière le fait divers, il y a beaucoup de nous. Et ce qui m’amuse, c’est de prendre un fait brut et d’essayer de comprendre ce qui a pu se passer en amont pour conduire à cela.

La jeune femme de votre roman, en entamant une relation avec son supérieur, va droit dans un mur

Ce qui me fascine dans les histoires de ce type-là, c’est l’absence complète d’effet d’expérience de l’humanité dans les relations amoureuses. Là, Esther discuterait avec n’importe qui de censé, elle saurait que son histoire est vouée à l’échec. Mais elle, elle pense que pour elle ça va marcher, de la même façon qu’il y a un gagnant du loto sur 14 millions. Les animaux se transmettent des savoir-faire, or l’homme, lui, n’apprend rien dans les relations amoureuses.

Disparaître peut être un fantasme, pour tout recommencer ailleurs

Ici, lui ne cherche pas à disparaître, pour redémarrer autre chose ailleurs. Il veut n’avoir jamais existé.

Disparaître de Mathieu Menegaux chez Grasset

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Vous avez un travail extrêmement prenant, comment trouvez-vous le temps pour écrire ?

Je n’écris pas très rapidement. Cela me prend six mois à construire le roman dans ma tête et ensuite de six à neuf mois d’écriture. Je crois que comme je suis dans un environnement professionnel où je suis pressé, j’essaye de le retranscrire dans mes romans, dans le fait de me dire « je ne veux pas de temps mort ». Et j’essaye de me débarrasser de tout ce qui peut être superflu, de type digressions ou choses qui ne feraient plaisir qu’à moi. J’essaye de beaucoup concentrer. Cela dit c’est assez discriminant, car il y a des gens qui dans la littérature cherchent des choses beaucoup plus longues, ont envie d’une longue promenade avec les personnages. Moi, j’ai envie qu’on me lise en une ou deux fois, pas en une semaine. Si je ne travaillais pas, je n’aurais pas cette urgence-là.

Vous évoquez souvent la fragilité des êtres dans vos écrits

Oui, car c’est cathartique. J’évacue tout un tas d’angoisses, de peurs ancestrales, en écrivant. Je me dis : « c’est à eux que cela arrive, pas à moi. »

Dans vos romans vous vous penchez souvent sur les moments de bascule, les points de rupture

Ce qui est central chez moi, c’est le point de basculement, le grain de sable qui va tout faire dérailler. J’aime beaucoup travailler sur la fragilité des situations, sur le fait qu’il n’y a pas grand-chose qui soit acquis. Et ce sera aussi le cas de mon prochain roman.

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Rentrée littéraire : Disparaître, Mathieu Menegaux

Disparaître Mathieu Menegaux

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Après « Je me suis tue », « Un fils parfait » et « Est-ce ainsi que les hommes jugent ? », Mathieu Menegaux nous revient avec « Disparaître ». Un roman brillant, impossible à lâcher.

Qu’est-ce qui pousse une personne à disparaître ?

Dans le quartier des Abbesses, c’est l’effroi. Une jeune femme de 25 ans vient de chuter de la fenêtre en poussant un cri déchirant. Le corps disloqué sur les pavés attise la curiosité malsaine des passants. Les policiers dépêchés sur place constatent que son appartement était fermé de l’intérieur. Elle n’a donc pas été poussée par la fenêtre, mais s’est suicidée. Comment en arrive-t-on à vouloir mettre fin à ses jours quand on est dans la pleine fleur de l’âge ?

Quelques jours plus tard, à Nice, un sportif en pleine séance d’entrainement sur la plage découvre le corps d’un homme sans vie, les poumons gorgés d’eau et le bout des doigts comme limé, rendant impossible l’identification par empreintes digitales. Noyade accidentelle ? Assassinat ? Suicide ? La seule chose qui préoccupe le maire est que ce corps soit évacué avant que les médias ne s’emparent de l’affaire et n’effraient les touristes.

Y a-t-il un lien entre ces deux morts ? Pourquoi peut-on désirer faire disparaître un corps ou se faire disparaître ? S’il est une certitude, c’est que pour le savoir vous allez disparaître de la circulation pour pouvoir lire en apnée ce roman !

Quête de performances et burn-out

Mathieu Menegaux nous montre une fois encore son talent rare et son exceptionnelle acuité pour analyser les problèmes de société. Il s’immerge ici dans le monde de l’entreprise, une société bancaire aux exigences draconiennes envers ses employés. Entre le discours qui se veut respectueux du bien-être des employés, et les exigences toujours plus fortes à leur endroit, c’est le grand écart. Sollicitations 24h sur 24 par mails et SMS, objectifs de performance toujours plus hauts à respecter, primes et promotions à mériter, l’entreprise exige beaucoup. Et souvent beaucoup trop. Aussi, quand l’adrénaline ne suffit plus, quand l’humiliation d’apparaître publiquement en bas du tableau devient insurmontable, ou quand à contrario le prestige d’être sur le tableau d’honneur ne compense plus les moments volés à la vie privée ni la fatigue physique et nerveuse ressentie, c’est l’épuisement professionnel ou burn-out. Dans de tels moments de vulnérabilité, toute main tendue est perçue comme celle du messie. C’est ce qui arrive à la nouvelle recrue Esther Goetz. Aussi, quand suite à son burn-out, Etienne Sorbier, ce managing director dont elle admire tant la réussite, s’inquiète de son sort, elle est indiciblement touchée. Et même davantage. Mais mêler amour et travail est rarement un mariage heureux… Feront-ils exception ?

Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée. La tension narrative va crescendo et l’habileté de la construction ménage le suspens jusqu’à la chute finale, vertigineuse. Pas de phrases ni même de mots superflus dans l’écriture de Mathieu Menegaux : l’auteur va à l’essentiel et touche sa cible à chaque fois, redoutablement juste et efficace.

Vous l’aurez compris, Disparaître est un ÉNORME coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Rentrée littéraire : La femme révélée, Gaëlle Nohant

La femme révélée, Gaëlle Nohant aux éditions Grasset

©Karine Fléjo photographie

De Chicago à Paris : la fuite

Qu’est-ce qui peut bien pousser une femme à quitter son enfant, son mari, sa vie fastueuse et à se réfugier sous une fausse identité à Paris ? C’est là le secret de Violet Lee, nom d’emprunt d’Eliza Donneley, que nous retrouvons dans un hôtel miteux de la capitale en 1950. Seuls liens avec son passé : une photo de son cher petit garçon Tim et un appareil photo. Mais à peine arrivée en France, elle se fait cambrioler et perd les maigres ressources qu’elle avait arrachées dans sa fuite.

Il lui faut alors repartir de zéro dans cette ville inconnue. Mais Violet n’est pas femme à se laisser abattre, elle n’a pas parcouru ces milliers de kilomètres pour abandonner à la première difficulté. Avec son Rolleiflex, elle capture des visages, des scènes de vie, des instants d’émerveillement dans le lasso de son objectif. Un appareil photo qui est à la fois une protection et une ouverture, un pont vers les autres et une cachette des autres. Une arme et une armure. C’est ainsi qu’elle se lie d’amitié avec une jeune prostituée, Rosa, dont elle a tiré le portrait dans la rue. Émue par son sort, Rosa trouve un foyer où l’héberger. Tandis qu’une autre amie lui trouve un travail comme nurse. Violet peut dès lors jeter les bases d’une nouvelle vie, loin de la violence despotique d’Adam. Loin de cet homme dont elle a découvert le vrai visage, les vraies valeurs.  Redémarrer oui, mais à quel à quel prix ? La culpabilité la ronge aussi efficacement qu’une armée de termites, tandis qu’elle pense à son petit Tim séparé d’elle par un océan. Et puis, Adam n’entend pas la laisser en paix, dût-elle se croire à l’abri loin de lui…

Un exil de 20 ans. Vingt longues années après lesquelles elle peut enfin retrouver Chicago, la ville de son fils. Une ville agitée par l’assassinat de Martin Luther King, les manifestations contre la guerre du Vietnam. Femme engagée, déterminée, Violet sait qu’il lui reste un combat ultime à mener : retrouver son fils et obtenir son pardon. Quitte à prendre tous les risques.

Le destin d’une femme courageuse

C’est une fresque incroyablement romanesque que nous offre Gaëlle Nohant avec La femme révélée. De Chicago à Paris, la petite histoire rejoint la grande. Violet, femme résolument moderne, tente de se libérer de son couple passé, tandis qu’ailleurs des hommes se battent pour leur liberté, celle de naître libres et égaux en droits quelle que soit leur couleur de peau. Des combats passionnants, bouleversants, foisonnant de couleurs, de parfums, d’odeurs, d’images. Car ce nouveau roman de Gaelle Nohant, à l’instar de La part des flammes, est incroyablement visuel. Le lecteur est transporté aux côtés de l’attachante Violet/Eliza, tremble avec elle, s’émerveille avec elle, ému d’assister à sa renaissance : celle d’une artiste, femme et mère épanouie. Celle d’une femme en accord avec ses convictions et ses besoins. Un magnifique roman !

Rentrée littéraire : Le consentement, Vanessa Springora

Le consentement de Vanessa Springora chez Grasset

©Karine Fléjo photographie

Un récit remarquable de lucidité et de courage sur la manipulation psychologique dont l’auteure a été victime à 14 ans. Ou quand un écrivain germanopratin célèbre jouit en toute impunité de ses penchants pédophiles et de son emprise destructrice sur les jeunes filles vierges.

Manipulation psychologique et emprise affective

A l’âge de six ans, la maman de Vanessa Springora se sépare de son mari. Plus de cris, plus de scènes de jalousie ni de violence. La fille et la mère vivent désormais au calme, dans un petit appartement sous les toits. Pour fuir le chagrin dans lequel l’abandon de son père la laisse, la jeune Vanessa se réfugie dans les livres. Un jour, à une soirée où elle accompagne sa maman, Vanessa, 13 ans, croise G., un auteur quinquagénaire célèbre. Elle n’imagine pas un seul instant que ces regards échangés sont la porte ouverte vers l’enfer.

Quelques jours plus tard, une lettre à l’encre bleu turquoise, signée G. et destinée à Vanessa, lui est remise par sa gardienne. A présent que G. a repéré sa proie, il lui faut la ferrer. Vanessa, férue de littérature, se sent flattée que cet homme de lettres pose le regard sur elle. Les missives se succèdent, de plus en plus passionnées. G. veut rencontrer Vanessa. Elle accepte, sans imaginer ce qu’il attend d’elle, juste fascinée par son érudition et son talent. Leur relation commence, pas complètement clandestine, puisque la mère de Vanessa est au courant et ne s’y oppose pas vraiment, du moins pas avec les barrières qu’une mère responsable devrait ériger. Vanessa a 14 ans. G. en a 50. Vanessa est vierge de toute expérience amoureuse. G. loue son expériences avec des vierges. Car pour G., seule l’intéresse la satisfaction de ses désirs. Et leur transposition dans un livre.

Le piège se referme.

Célébrité = Immunité ?

Le consentement est un témoignage précieux et courageux.

Précieux, car Vanessa Springora analyse avec beaucoup de finesse psychologique, de l’intérieur, ce qui rend l’emprise affective possible, les failles qui lui préparent le terrain. Père absent, admiration pour une personne célèbre et érudite, protection défaillante des parents, faim d’amour, manque d’estime de soi. Autant de brèches dans lesquelles le prédateur s’infiltre, s’enracine, conscient qu’il va pouvoir y asseoir sa force. Le lecteur voit la toile se tisser et se refermer sur la jeune fille, sans qu’elle ne réalise ce qui est en jeu, aveuglée par son admiration et son amour. Heureuse d’exister dans un regard. Un amour qu’elle croit réciproque, alors que dans l’esprit pervers de l’écrivain quinquagénaire, la jeune fille n’est qu’un faire-valoir, un trophée de plus à sa collection. Ce prédateur sexuel ne se gêne d’ailleurs pas pour sortir avec plusieurs jeunes adolescentes à la fois. Une entreprise de démolition massive. Et quand la jeune Vanessa réalise le jeu pervers qui se trame, la culpabilité naît : car, amoureuse, elle y a consenti, n’a rien vu venir, aveuglée par l’habile stratège qu’est G.

Courageux, car à l’heure des scandales du photographe David Hamilton ou de Harvey Weinstein, pour ne citer que ces exemples, on peut penser, à tort, que les prédateurs ne sont plus en odeur de sainteté. Eh bien si ! Le célèbre écrivain G., aujourd’hui octogénaire, continue à sévir en toute impunité. Mais peut-être ignore-t-on ses pratiques avec de jeunes garçons thaïlandais ou de jeunes adolescentes vierges ? Même pas ! Et pour cause, G. s’en vante dans ses livres, allant même jusqu’à publier ses journaux intimes avec force de détails, ainsi que des photos de certaines de ses très jeunes conquêtes sur son site officiel. Ou quand côtoyer des jeunes vierges fait se prendre pour Dieu. Vanessa Springora s’interroge sur cette immunité totale de l’écrivain G. : la célébrité et le talent « excuseraient-ils » tout ? Monsieur Toutlemonde aurait-il pu continuer à mettre des petits garçons dans son lit et à déflorer des adolescentes sans que la justice n’y mette un frein ?

Vanessa Springora, par sa magnifique écriture, sa sensibilité et sa capacité d’analyse, donne sa voix aux victimes de cet homme qui elles, n’ont pas ce talent pour l’écriture ou (ni) cette lucidité. Mais pas seulement. Elle nous montre aussi que la justice et la société ont encore bien du chemin à effectuer…

A lire absolument !

La nuit de Kim Kardashian, Pauline Delassus

la nuit de Kim Kardashian, Pauline Delassus

©Karine Fléjo photographie

Si vous vous dites comme moi « les Kardashian, les bimbos siliconées et la télé-poubelle, cela ne m’intéresse pas, ce livre n’est pas pour moi », alors comme moi vous changerez d’avis. Car la démarche journalistique de l’auteur est ici particulièrement intéressante. Elle nous raconte le choc de deux mondes, la France de Michel Audiard contre l’Amérique d’Hollywood.

La rencontre improbable de deux mondes : Hollywood versus Paris

Quand un soir d’octobre 2016, Kim Kardashian, de passage à Paris, est braquée à son hôtel par Omar, un vieux lascar du grand banditisme et ses compères, c’est la rencontre improbable de deux univers. Omar fils d’émigrés algériens, est né à Sarcelles. Il a toujours rêvé de vivre de l’autre côté du périph, s’est toujours refusé de se contenter de la vie de ghetto de ses parents , de sa famille et de ses amis. Il veut la fortune. Il l’aura. De petits larcins en cambriolages plus importants, Omar devient un meneur de bande, dur, déterminé. Un nom dans le grand banditisme. La prison, la cavale, il connaît. En Octobre 2016, il a d’ailleurs la soixantaine et est en cavale sous une fausse identité. Mais la cavale, ça coûte cher. Alors il tente un dernier vol. Le vol de trop. Sa victime : une certaine Kim Kardashian dont il n’avait jusqu’alors jamais entendu parler. Une femme d’une autre planète.

Kim Kardashian : l’autre visage

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre, c’est la démarche journalistique de l’auteure : elle évoque le parcours de ces deux personnes, Kim Kardashian et Omar le papi braqueur, jusqu’à ce jour du vol de bijoux. Car Pauline Delassus va chercher au-delà des apparences, des préjugés, des images médiatiques, qui est Kim Kardashian, comment la fille d’une famille bourgeoise méconnue de Los Angeles s’est retrouvée propulsée au-devant de la scène médiatique. Que sait-on vraiment de cette femme au final ? Qu’elle soit sans cesse poursuivie par les paparazzis, filmée dans son intimité, suivie par 230 millions de personnes sur les réseaux sociaux, donne l’illusion de la connaître. Née à la célébrité en vendant sa sex-tape et restée depuis au sommet en négociant à prix d’or tout ce qui est vendable (sa vie privée, sa famille, son corps, ses produits dérivés…), Kim Kardashian ne s’arrête pas à n’être qu’une bimbo siliconée. Le cas échéant, sa gloire n’eût été qu’éphémère. On découvre une redoutable femme d’affaires, travailleuse, ambitieuse, déterminée. Une femme qui, avec les autres femmes de la famille, a bâti un empire sur la futilité. « Elles (Kim et ses sœurs et mère) capitalisent sur leurs corps sans être des femmes objets, elles sont indépendantes, cheffes d’entreprise et productrices de leur émission autant que de leur vie. » Engagée politiquement anti-Trump, elle n’est plus seulement un corps mais aussi désormais une voix. Et une avocate en devenir.

Un livre très intéressant et très vivant, qui se lit comme un roman et nous fait voyager entre les bas-fonds de Paris et les collines de Los Angeles

 

15 livres à offrir pour Noël : ma sélection

décoration de Noel cinemagraph

Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe. C’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle! Voici ma sélection de 15 livres parus ces six derniers mois.

NB : il vous suffit de cliquer sur le titre du livre pour pouvoir lire sa chronique. Elle n’est pas belle la vie? 🙂

🎄Pour un Noël parfait 🎄

Mon coup de cœur absolu ❤ de ces six derniers mois, c’est ce livre profond, sensible, d’un humour absolument jubilatoire : Feel Good, de Thomas Gunzig aux éditions Le Diable Vauvert . Attention ce n’est pas un feel good, mais un roman savoureusement drôle, qui, à travers ses attachants personnages, et un humour féroce, se révèle être une satire de notre société en général et du milieu de l’édition en particulier. A lire ABSOLUMENT. Et à offrir, forcément!

🎄Pour un Noël solidaire 🎄

13 à table, Collectif aux éditions Pocket. Un livre acheté 5€ =4 repas offerts. Pour la 6ème année, les éditions Pocket et leur directrice éditoriale Charlotte Lefèvre, s’associent aux restos du cœur en publiant un recueil de nouvelles, intitulé 13 à table, rédigé par 17 talentueux auteurs, dont les bénéfices sont reversés intégralement aux Restos du cœur. Les auteurs : Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI

🎄Pour un Noël plein de rires 🎄

Daddy gaga, de Julien Chavanes, aux éditions Plon. Comment endormir votre bout de chou alors que Pimpinou le doudou lapin, quelque peu décati et charriant des bactéries non encore identifiées par la science, a fugué loin de son tortionnaire mâchouilleur d’oreilles? Comment habiller ce petit ange le matin, alors qu’à 10 minutes de la sonnerie de l’école, il est encore en slip et le dentifrice plein les cheveux au milieu du salon? Si vous avez envie de passer un moment de lecture jubilatoire, entre couches, biberons et bain du petit dernier, alors plongez-vous dans Daddy gaga, ou les tribulations hilarantes d’un jeune papa. Un pur bonheur!

🎄Pour un Noël passionnant 🎄

Honoré et moi, de Titiou Lecoq aux éditions de L’iconoclaste : Vous pensiez tout savoir sur Balzac ? Vous l’avez pris en grippe lors de vos années au lycée ? Les biographies académiques vous ennuient ? Alors ce livre est fait pour vous ! Balzac, comme vous ne l’avez jamais vu, jamais lu, sous la plume jubilatoire de Titiou Lecoq.

On ne meurt pas d’amour, de Géraldine Dalban-Moreynas, aux éditions Plon : Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Khalil, de Yasmina Khadra, aux éditions Pocket : Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Une bête au paradis, de Cécile Coulon aux éditions de l’Iconoclaste : Le roman de deux générations de femmes littéralement possédées par leurs terres. Un roman envoûtant, ensorcelant. Magistralement écrit.

🎄Pour un Noël sous le signe du suspens 🎄

Ne t’enfuis plus, de Harlan Coben aux éditions Belfond : Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Pour un Noël en enfance

Jules César, de Anne-Dauphine Julliand, aux éditions Les arènes : Après « Deux petits pas sur le sable mouillé » et le film documentaire « Et les mistrals gagnants », Anne-Dauphine Julliand, journaliste, signe son premier roman. Un roman aussi lumineux que bouleversant, dans lequel l’auteure nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant ?

Le rêve de la baleine, de Ben Hobson, aux éditions Rivages. Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

🎄Pour un Noël viscéralement humain🎄

Le cœur battant du monde, de Sébastien Spitzer, aux éditions Albin Michel : Médecin, il n’en peut plus d’aider ces femmes à avorter. Cette fois, il va sauver la vie du bébé. En secret. Or cet enfant n’est autre que le fils adultérin de Karl Marx. Un roman passionnant, émouvant, magnifique, sur le parcours d’un enfant qui doit se construire en l’absence de racines.

Les guerres intérieures, de Valérie Tong Cuong aux éditions Jean-Claude Lattès: Valérie Tong Cuong nous offre un roman fascinant et une analyse d’une grande justesse sur ces guerres intérieures que nous menons contre notre culpabilité, notre mauvaise conscience, nos regrets et remords. Un coup de cœur pour la lumineuse plume de Valérie!

La dernière fois que j’ai vu Adèle, Astrid Eliard, aux éditions Mercure de France : Après Danser, roman que j’avais plébiscité en 2016, c’est avec ferveur que je vous recommande La dernière fois que j’ai vu Adèle, le nouveau roman d’Astrid Eliard. Un roman sur la double sidération d’une mère, quand elle apprend la disparition de son enfant et découvre qu’elle s’est embrigadée. Percutant, captivant, admirablement traité.

Je ne suis pas seul à être seul, de Jean-Louis Fournier aux éditions JC Lattès : Un livre délicat, sensible et facétieux sur la solitude. Ou quand Jean-Louis Fournier excelle à nous faire sourire de ce qui est grave, à nous émouvoir d’une phrase, d’un mot, d’un silence.

Les victorieuses , de Laetitia Colombani aux éditions Grasset : Après l’immense succès de La tresse, Laetitia Colombani nous offre un deuxième roman tout aussi viscéralement humain, Les victorieuses. Un roman qui donne la parole à ces femmes malmenées par la vie, courageuses et généreuses, recueillies par l’Armée du salut au Palais de la femme. Un véritable hymne à la solidarité.

🎄Pour un Noël riche en découvertes🎄

Méditer, le bonheur d’être présent, de Fabrice Midal aux éditions Philippe Rey : Un roman graphique passionnant, sur ce qui a amené Fabrice Midal à la méditation et en quoi elle lui a sauvé la vie. Le partage d’une expérience riche, superbement scénarisé et illustré. Ou la méditation vue de l’intérieur.

Entre ombre et lumière, de Stéphane Allix, aux éditions Flammarion : Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde.